«L'enfant ne peut pas savoir tout seul»

Psychologue et auteure française, Virginie Dumont a sorti un livre qui donne, avec ­beaucoup ­d’humour, des pistes pour éduquer ses enfants. Il est agrémenté de dessins de l’illustratrice Carlotta.


Coopération. Pourquoi avoir choisi l’ironie dans votre livre «Comment rater l’éducation de ses enfants?», qui s’adresse aux parents?
Virginie Dumont. C’était un processus assez long. J’ai moi-même écrit des livres d’experts très sérieux il y a quelques années. Et j’ai vu se développer dans ce monde d’experts tout un mouvement qui considère les parents comme des incapables. Pour eux, l’éducation se résumerait à un mode d’emploi… Ces dérives m’ont profondément agacée. Par exemple, le concept de démission parentale: je ne connais aucun parent démissionnaire. Je ne vois que des parents débordés! Ensuite, quand on regarde la masse de littérature existante sur l’éducation, je me suis demandé ce que l’on pouvait faire d’autre. Je crois beaucoup en l’humour dans ce domaine. Il permet de prendre du recul, de se regarder en tant que parent.

Quel est votre message principal?
On doit redonner confiance aux ­parents et croire en leurs compétences d’édu­cateurs. On n’est pas obligé de faire ce qu’on nous dit. Il ne faut pas oublier de garder son bon sens. On vit dans une société qui nous entraîne dans des dérives qu’on n’imagine même pas. Avec ce livre, j’ai essayé de toucher le public le plus large possible, en n’utilisant aucun terme technique. La seule restriction: il faut avoir de l’humour pour m’entendre.

Les parents d’aujourd’hui veulent-ils trop tout maîtriser? Quelles conséquences sur l’enfant?
Oui, mais nous sommes dans une ­société de la maîtrise. Les conséquences de ce type de comportement parental peuvent être variées. Si l’enfant va bien, il va essayer de se défiler et éventuellement avoir des conduites à risques. S’il ne va pas très bien, il ne va pas vouloir grandir, puisque les parents essaient de tout maîtriser à sa place. Mais il faut se rappeler que nous sommes parents en fonction de l’enfant qu’on a été et de l’éducation qu’on a reçue. Et la génération des parents actuels n’a pas appris à gérer la masse d’informations que la société nous livre, nous devons donc inventer des stratégies.

Vous dénoncez une surstimulation des enfants tout petits déjà…
Un enfant n’a pas besoin d’écran avant 3 ans, il a besoin d’explorer le monde, de toucher, de démonter, d’observer. Il est important qu’il ait des temps de respiration, des moments où rien n’est prévu, où on peut le laisser rêvasser. On vit dans une société dont le dynamisme s’appuie sur l’excitation pulsionnelle permanente. Et ce niveau d’excitation est incroyable! La curiosité doit être sollicitée sans cesse. On ne laisse pas les enfants et les jeunes avoir envie, on leur propose tout et souvent.

Pourquoi l’apprentissage de la frustration est-il important?
Il est essentiel. Apprendre à ne pas avoir tout tout de suite signifie apprendre à désirer. C’est une belle illusion de penser que l’enfant apprendra bien tout seul. La place tutélaire de l’adulte qui fonctionne comme un garde-fou est irremplaçable. L’enfant ne peut pas savoir tout seul: l’éducation, c’est aussi simple que ça.

Quelle est, selon vous, la finalité de l’éducation?
Permettre à son enfant de devenir un homme libre dans la socitété dans laquelle il vit, avec un esprit critique, mais aussi un certain respect des institutions, de l’école par exemple.

Un trésor qui peut aussi être à l'origine d’un enfer…

«Trésor est sacré et c’est lui qui commande: il ne vous en sera jamais reconnaissant, continuera à croire que le monde dépend de lui, et seulement de lui, vous tyrannisera durant son adolescence, mais vous serez en paix avec l’idée que vous l’avez élevé dans un royaume.» Cet extrait de «Comment rater l’éducation de ses enfants» donne le ton utilisé par Virginie Dumont dans son dernier ouvrage. Elle aborde les principaux problèmes rencontrés par les parents avec humour et simplicité. Une manière de prendre du recul face à ses angoisses de parent, face aux diktats de la société et un guide pour trouver sa propre voie, entre le tout-maîtriser et le tout-laisser- aller. Le texte est assaisonné de petits quiz révélateurs et de conseils croustillants, style: «Dénigrer les enseignants est une mission prioritaire», «Eviter la frustration se travaille dès la deuxième année de la vie», «Vous avez de nombreux alliés et vous l’ignorez: fabricants, industriels, diffuseurs, producteurs, publicitaires, médias facilitent tous les jours la tâche éducative de ne pas dire non».Chaque parent trouvera assurément une situation vécue dans ce petit livre très accessible et vite lu: l’idéal pour prendre le temps de se poser quelques questions éducatives avant la rentrée scolaire.

«Comment rater l’éducation de ses enfants», Virginie Dumont, illustré par Carlotta, paru aux Editions Fleuve Noir.

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Dario Dario Buchs
Photo:
Photos Getty, Philippe Matsas SP
Publication:
mercredi 10.08.2011, 09:51 heure

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