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L'appel au partage alimentaire

«Table couvre-toi» vient en aide aux plus démunis grâce aux denrées alimentaires gaspillées. Interview de son fondateur Samuel Sägesser, qui prend sa retraite après dix ans passés au sein de l'association que soutient Coop.

Coopération. Il y a dix ans, «Table couvre-toi» approvisionnait 850 personnes par semaine en denrées alimentaires contre 12 500 aujourd’hui. Que s’est-il passé?
Samuel Sägesser.
Le boom économique. Les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus nombreux. La Suisse compte maintenant 850 000 nécessiteux, ce qui représente près de 10% de la population.

C’est tout à l’honneur de «Table couvre-toi», mais n’est-ce pas à l’Etat de venir en aide aux plus démunis?
L’Etat les aide, mais c’est difficile à quelqu’un d’exclu de vivre avec un revenu de base de 977 francs par mois, comme c’est souvent le cas; ou à une personne seule d’élever des enfants, ou à un retraité de vivre avec une retraite minimale. C’est là que nous intervenons en fournissant aux gens ce dont ils ont le plus besoin: de quoi se nourrir.

Comment vous est venue l’idée de dresser la table pour d’autres?
Je viens du négoce de céréales. Dans cette branche, 25% de la totalité des récoltes sont perdues pour plusieurs raisons: vermine, mauvaise logistique… C’est ce gaspillage de denrées alimentaires, notamment en Suisse, qui m’a sensibilisé à cette question.

Des chiffres?
Dans notre pays, ce sont près de deux millions de tonnes! Tout simplement parce que la date de péremption approche ou pour des raisons de surproduction. Deux millions de tonnes de vivres jetées tout simplement à la poubelle!

Combien de tonnes «Table couvre-toi» distribue-t-elle?
Nos centres distribuent 2000 tonnes aux nécessiteux, et seulement à eux, dans toute la Suisse. Nos clients doivent être titulaires d’une carte délivrée par les services sociaux. Tout cela ne fonctionne que grâce à l’aide de 1600 bénévoles. Ils sont le nerf de l’association et interviennent surtout dans la distribution des denrées.

Pourquoi ne pas récupérer davantage de denrées?
Nous comptons déjà 500 sociétés donatrices, mais sommes encore assez peu connus. Il y a donc encore beaucoup d’entreprises qui détruisent des denrées en payant de 200 à 800 francs par palette! Depuis longtemps, Coop, notre partenaire principal, a pris une orientation différente. Sans elle, nous n’existerions plus sous cette forme.

Qu’offrez-vous aux donateurs?
Nous sommes certifiés ISO et nous pouvons leur garantir que les denrées parviendront aux gens qui en ont besoin dans un bon état de fraîcheur. Cela évite des tracas et des coûts supplémentaires aux entreprises. D’une association gérée par une personne, «Table couvre-toi» est devenue une vraie petite entreprise qui agit comme une mandataire du secteur de l’alimentaire.

Comment assurez-vous votre financement?
Nous sommes financés par des dons. Coop nous fournit une grande quantité de denrées alimentaires et est aussi notre plus gros donateur financier. Ça fait plaisir de voir que de plus en plus d’entreprises de secteurs autres que celui de l’alimentaire prennent leurs responsabilités au sein de la société. Certaines entreprises prennent en charge le coût d’un fourgon, d’un centre de distribution ou en assurent la gestion, comme le fait Accenture. Nous avons un grand besoin de tels soutiens.

Comment voyez-vous l’avenir?
«Table couvre-toi» reçoit chaque jour des demandes pour ouvrir des centres de distribution. D’ici à 2014, on aimerait être présents sur une centaine de sites et faire passer le volume de denrées distribuées de 2000 à 3000 tonnes.

Et vous personnellement?
Je suis convaincu qu’il ne pouvait rien m’arriver de mieux dans ma vie que «Table couvre-toi». Je démissionne de mon poste de directeur, mais je continuerai à m’engager bénévolement au comité directeur. J’ai aussi trois petits-fils qui attendent que leur grand-père prenne sa retraite pour passer plus de temps avec eux.

Franz Bamert

Rédacteur

Photo:
Christian Lanz
Publication:
lundi 07.11.2011, 10:19 heure