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David contre Goliath: trois Penan tentent de bloquer le passage des camions des compagnies forestières.

Miriam Ross, de Survival International, a exploré le territoire des Penan de Bornéo.

Déforestation de Bornéo

Depuis les années 1980, les Penan de Bornéo se battent pour préserver leurs terres, menacées par la déforestation et la culture de palmiers à huile. Mais avec peu de succès, comme l’explique le chasseur penan Pisang.

Au début de l’exploitation de la forêt du Sara-wak (Malaisie orientale), sur l’île de Bornéo, on avait promis deux choses aux Penan: des projets de développement et de l’argent. Aux yeux de ce peuple indigène rendu célèbre grâce à feu Bruno Manser, l’activiste et écologiste bâlois, ce n’était pas ce qui comptait: «L’important, c’était que les bûcherons nous laissent assez de forêt pour survivre, se souvient le chasseur Pisang. On a donc répondu aux entrepreneurs que leurs projets de développement pouvaient attendre, mais qu’il était vital de conserver notre habitat.» Depuis, les bûcherons sont repartis, après avoir détruit la moitié de la forêt. «De ce côté du fleuve, ils ont tout déboisé», poursuit Pisang. Quant au gouvernement malaisien, il prétend que l’exploitation forestière au Sarawak répond aux exigences du développement durable alors que, en réalité, le déboisement de la forêt équatoriale progresse rapidement. Les taux d’abattage y sont parmi les plus élevés au monde. Depuis les années 1980, de nombreuses communautés penan luttent sans violence contre la destruction de leurs terres, en bloquant les routes aménagées par les compagnies forestières. Une vaine lutte, à vrai dire. Plus d’une centaine de Penan ont été arrêtés, quelques-uns tués, d’autres ont disparu sans laisser de traces.

Seul, ce peuple indigène est impuissant face à l’industrie forestière et au gouvernement. Pisang a lui-même fait cette douloureuse expérience lorsque sa communauté a voulu dialoguer avec les bûcherons, les priant de mettre un terme à la déforestation. «Les ouvriers nous ont ordonné de partir. Ils nous ont dit: C’est un projet du gouvernement, si vous résistez, nous n’hésiterons pas à tirer et à vous tuer. Personne ne nous poursuivra pour cela. Ils ont ajouté que ces terres ne nous appartenaient pas, que le gouvernement les leur avait données.»

Les discussions avec les directeurs des compagnies forestières n’ont pas donné de meilleurs résultats: «L’un d’eux a proposé de nous donner une citerne d’eau et 45 000 ringgits (env. 13 000 francs). En échange, nous devions le laisser construire une route sur nos terres et couper nos arbres», raconte Pisang. Comme on peut s’en douter, notre chasseur n’a pas pu accepter ce marché. «Je lui ai répondu que même pour 100 000 ringgits, je n’étais pas d’accord. Que ses citernes, son argent et ses maisons en brique ne servaient qu’à nous faire dépérir, car nous ne pouvions pas en vivre. Que la seule chose dont nous avions besoin pour survivre, c’était notre forêt.»

Aujourd’hui encore, le peuple penan souffre d’agressions. L’eau du fleuve, autrefois claire et propre, est aujourd’hui polluée par les déchets de l’industrie forestière. «Par le passé, nous étions rarement malades, mais depuis que ces compagnies ont envahi nos terres, nous sommes en mauvaise santé», confie Pisang. Sans compter que les femmes penan sont régulièrement harcelées sexuellement par des ouvriers ivres; certaines ont d’ailleurs été violées.

A mesure qu’on détruit leur habitat, les Penan perdent de leur indépendance et craignent famine et misère. Le gouvernement a bien laissé quelques zones où ils sont censés s’établir, mais ils ne peuvent y cultiver suffisamment de nourriture. C’était oublier que ce peuple de chasseurs-cueilleurs était traditionnellement nomade. Aujourd’hui, quelque 10 000 à 12 000 Penan se sont sédentarisés par la force des choses, car dans beaucoup de régions, la forêt dont ils dépendent pour leur subsistance a disparu. La seule «aide au développement» que les Penan appellent de leurs vœux, c’est qu’on mette fin à la destruction de la forêt équatoriale. «Ici, nous entendons encore les bruits de la forêt, les insectes, les animaux, les oiseaux. Mais le bruit des bulldozers et des tronçonneuses doit cesser. C’est un poison pour nous!» déplore Pisang.

* Miriam Ross est historienne. Pour le compte de l’organisation de défense des droits humains Survival International, elle a visité au cours des dix dernières années plusieurs ethnies indigènes en Inde, au Botswana et en Malaisie. Sur l’île de Bornéo, Survival International fait pression sur les autorités locales pour qu’elles reconnaissent les droits à la terre des Penan et mettent fin au déboisement, aux cultures d’huile de palme et aux projets de constructions qui détruisent la forêt équatoriale.

Article traduit et adapté de l’anglais par Steffi Lønskov et René Schulte.

Survival: le mouvement pour les peuples indigènes

Le label FSC

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WWF
Publication:
lundi 21.11.2011, 10:34 heure