L'hiver au Parc national

Oiseaux équipés d’un GPS, animaux vivant au ralenti, arbres produisant un antigel: passer l’hiver au Parc national suisse exige une bonne stratégie.

Il neige depuis des jours en Engadine. Le thermomètre indique –15° C et la couche de neige s’épaissit lentement. Le ciel reste gris. Un temps à ne pas mettre un chien dehors. Hans Lozza, naturaliste et employé du parc, et moi-même sommes apparemment les seuls êtres vivants présents sur le col de l’Ofen. Une impression trompeuse. «Regarde, me lance mon accompagnateur en montrant un cassenoix moucheté. C’est l’oiseau emblématique du parc. Il s’est adapté de façon optimale aux hivers parfois rudes et à l’environnement forestier.»

Alors que grives, étourneaux et hirondelles ont migré vers des contrées méridionales, le cassenoix moucheté survit à la saison hivernale en se nourrissant de graines de pin arole: «En automne, il collecte jusqu’à 100 000 graines qu’il dépose dans 20 000 cachettes. Il est capable d’en retrouver près de 80%! Cet oiseau a vraiment un sens de la localisation digne d’un GPS. Mais le plus étonnant, c’est que le cassenoix peut repérer ses réserves sous un mètre de neige!»

Une flopée de petits animaux passent l’hiver dans le Parc national. Comme la vipère péliade, en quête d’abris protégés du gel. Alors que les serpents entrent en léthargie, le campagnol des neiges va et vient tout l’hiver sous la neige, trouvant sa nourriture dans des cavités rocheuses. Le campagnol mènerait une vie paradisiaque sans la belette. Manger ou être mangé: telle est la loi de la nature.

Du côté des grands animaux, «les bouquetins fréquentent les pentes abruptes où la neige est moins abondante, explique le naturaliste. Il n’est pas rare que certains d’entre eux soient emportés par des avalanches.» Les avalanches mettent le sol à nu et font apparaître lichens, herbes sèches et racines, qui sont la seule nourriture en hiver du bouquetin.

L’été, les cerfs élaphes sont les rois incontestés du Parc national. L’hiver, ils redes-cendent dans les vallées, tandis que les bouquetins, eux, restent dans les cimes rocheuses. Pourquoi? Parce qu’ils n’ont pas d’ennemis en altitude, suppose Hans Lozza. «Ce comportement date peut-être d’une époque où les loups, les ours et les lynx erraient dans les forêts à la recherche de proies.»
En hiver, les trois grands mammifères du parc, à savoir le bouquetin, le chamois et le cerf, perdent entre 10 et 30% de leur poids. Pour éviter d’en perdre davantage, les cerfs restent cachés, quasiment immobiles, au plus profond de la forêt. «Ils vivent au ralenti. Leur rythme cardiaque diminue et leurs organes internes se rétractent», précise le naturaliste.

Le lièvre variable se camoufle grâce à son pelage blanc.

Mais comment font les animaux pour résister au froid terrible et aux tempêtes? «Leur épaisse fourrure les protège et ils se réfugient dans des endroits abrités, répond le scientifique. De plus, les animaux n’ont pas la même sensation de froid que les hommes.»
Tout à coup, il s’arrête près d’un vieil arole âgé sans doute de quatre siècles, lui aussi un as de la survie dans ce monde de glace et de neige: «Les aroles produisent des glycols et des sucres qui ont des propriétés antigel. Ces arbres peuvent ainsi résister à des températures de – 40° C.»

Le mode de reproduction du gypaète barbu tient lui aussi du miracle. Ce vautour, qui vit à nouveau en Engadine, pond ses œufs en plein mois de janvier et doit les maintenir à une température constante de 36° C… Les jeunes éclosent en mars. Et ce n’est pas par hasard. «C’est au début du printemps qu’apparaissent les dépouilles des victimes de l’hiver, comme des bouquetins tués par des avalanches. Les jeunes gypaètes ont donc de quoi se régaler.»

Les marmottes ont une stratégie différente. Quand leur quête de nourriture requiert plus d’énergie qu’elle ne leur en fournit, elles se réfugient en famille pendant près de 200 jours au plus profond de leurs terriers. Elles ne dorment pas pour autant. «Elles abaissent leur température corporelle à 5-6° C, mais restent éveillées, souligne Hans Lozza. Au bout de deux semaines, leur température remonte à 39° C pendant deux jours, puis elles s’endorment.»
Au cours de leur périple entre le froid et le chaud, qui est aussi un numéro d’équilibre entre la vie et la mort, elles consomment tout juste six grammes de graisse par jour.

Entre-temps, le crépuscule est tombé. Au moment de rentrer, nous constatons que de nombreuses traces de pattes d’animaux ont croisé nos empreintes de pas. Maintenant un silence presque absolu enveloppe le Parc national. C’est la condition sine qua non pour que la faune puisse passer l’hiver. Voilà pourquoi le parc reste fermé pendant cette saison.

Le pic tridactyle et le bouquetin résistent aux rudesses de l'hiver.

Centre d’accueil: stratégies expliquées

La fermeture du Parc national en hiver sert à préserver la faune. Les visiteurs sont quand même les bienvenus au centre d’accueil. L’un des nombreux modules interactifs explique les stratégies de survie des animaux. Plus d’infos sur:

Le site du Parc national
Publication:
lundi 19.12.2011, 00:00 heure