Le maraîcher bio Jürg Frey (Bioleguma) fait pousser la doucette dans une serre qui ne consomme pas beaucoup d’énergie.

Hiver: du bio produit en serre

On peut tout à fait cultiver de la doucette bio en serre à chauffage selon des critères écodurables. Les règles sont toutefois strictes. Reportage.

Serres moderne et production biologique ne vont pas forcément de pair dans l’esprit du consommateur. Le bio évoque plutôt des espaces naturels, de vastes prairies verdoyantes, etc. Or l’exploitation maraîchère Bioleguma, qui arbore le Bourgeon Bio Suisse, prouve le contraire.

A Ried près de Chiètres (FR), Bioleguma exploite six hectares de cultures sous abri. «Outre les serres, nous possédons une exploitation laitière et une ferme de 60 hectares de champs, relève Jürg Frey, l’un des associés. Nous produisons du fenouil, des brocolis, des carottes ainsi que du blé, du maïs et des pommes de terre pour ne citer que quelques cultures.» Et pendant l’hiver, tout, peu ou prou, tourne autour de la culture de la mâche.

Chez Bioleguma, la doucette est produite en grande partie en serres équipées de chauffage. Du moins pendant les mois les plus froids. Cela peut sembler paradoxal au premier abord, quand on sait que la mâche résiste bien au gel et qu’elle n’est pas trop exigeante. En effet, elle n’a pas tellement besoin d’engrais et résiste bien aux champignons et aux attaques de ravageurs. «Le problème est qu’on doit garantir les livraisons, avertit l’associé. Si le sol gèle ou est recouvert de neige, la récolte devient impossible en serres non chauffées ou en plein champ.» Dans ce cas, le client se retrouverait devant des rayons vides. Le chauffage des serres est donc tout à fait raisonnable. Cela dit, les règles sont très strictes.

«Dans une exploitation bénéficiant du Bourgeon, chauffer ne signifie pas chauffer n’importe comment, précise le maraîcher. Nous pouvons chauffer nos serres pour les mettre hors gel, mais, de décembre à février, nous ne devons pas dépasser 5° C.» Ce règlement a encore été durci par Bio Suisse il y a quelques semaines. Désormais, les producteurs bio spécialisés dans la culture sous abri doivent faire plus appel à des technologies moins énergivores et plus écologiques. «On parle ici de serres avec fondations en dur, sol antigel, double vitrage ou film plastique double épaisseur et écran thermique», précise l’intéressé.

La source énergétique est aussi un sujet de discussion. «Nous chauffons au gaz naturel. Pas en continu, évidemment, seulement si nécessaire.» Le CO2 généré par la combustion n’est pas simplement rejeté dans l’atmosphère, mais dirigé volontairement dans les serres. «Ceci pour le plus grand bien de nos plantes, car elles ont besoin de CO2 pour la photosynthèse et donc pour leur croissance.»

La réalisation de serres aussi performantes représente un gros investissement pour un maraîcher bio. «A long terme, ça représente un avantage car on fait des économies énergétiques et on allonge la période de production.» «Il ne faut pas croire que de telles directives sont la règle en culture maraîchère sous abri. Il n’y a pour ainsi dire aucune organisation bio ou ordonnance fédérale sur les cultures bio qui édicte de telles règles», ajoute Jürg Frey. C’est pourquoi il est possible à un producteur de tomates bio non certifié Bourgeon, qui s’en tient seulement aux dispositions légales, de chauffer ses serres en hiver à 25° C. «Ce genre de gaspillage d’énergie est totalement à l’opposé de la philosophie de l’agriculture bio», estime le maraîcher. De plus, elle est inutile, car l’offre de légumes suisses de saison portant le label Bourgeon est suffisante.

Acheter écologique: quels sont les produits de saison?

Les carottes sont de saison.

Les carottes sont de saison.
Les carottes sont de saison.

En achetant du bio de saison, on agit selon le principe du développement durable. Aperçu.

Le consommateur qui achète des fruits et légumes de saison bio de plein champ agit de façon responsable sur le plan écologique. En effet, en matière d’émissions de CO2, de consommation d’eau et de terre, c’est ce type de culture qui emporte la palme. C’est la conclusion d’une étude de l’EPFZ réalisée en 2008 pour Coop sur le thème de la consommation durable. Par contre, les produits qui ne sont pas de saison doivent souvent être importés de pays lointains par avion ou ne poussent que dans des serres chauffées. Celles-ci pèsent si lourd dans la balance que des tomates de pleine terre produites en hiver en Afrique du Nord affectent moins l’environnement que celles qui sont cultivées dans des serres néerlandaises.

Vous pouvez consulter les tableaux des fruits et légumes de saison édités par le WWF Suisse pour connaître les produits de saison de Suisse. En hiver, ce sont (extrait),

  • dans les légumes: endive, chicorée rouge, chou chinois, chou rouge, chou blanc, pomme de terre, ail, céleri-rave, courge, poireau, mâche, panais, betterave, chou de Bruxelles, carotte, salsifis, chou frisé, oignon,
  • et les fruits: pommes et poires de la dernière récolte, kiwis, châtaignes.
www.wwf.ch/conseils

Coop Naturaplan

Le bio, sans compromis

Coop Naturaplan, ce sont 1600 produits biologiques respectant les directives strictes de Bio Suisse et signalés par le label du Bourgeon. Chaque année, un service de contrôle indépendant vérifie que ces directives, dépassant largement les exigences légales applicables aux produits bio, sont respectées. Les produits avec le Bourgeon proviennent tous de fermes entièrement vouées à la culture bio. Le transport par voie aérienne et l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés sont interdits, tout comme les produits chimiques de synthèse et les engrais artificiels.

L’utilisation d’additifs est nettement inférieure à ce qu’autorise la loi pour les produits bio. Toutes ces exigences font du Bourgeon le label bio le plus scrupuleux au monde.

www.coop.ch/naturaplan
René Schulte

Rédacteur

Publication:
mardi 27.12.2011, 09:12 heure