Dans le Safiental (GR), les nouvelles installations de remontées mécaniques sont équipées de panneaux solaires.

Ecotourisme: à la mode

La Suisse est l’une des meilleures destinations touristiques. Pourtant de nombreux professionnels scient la branche sur laquelle ils sont assis, selon Dominik Siegrist.

Pour Dominik Siegrist, il faut encourager le tourisme hivernal sous toutes ses formes.

Pour Dominik Siegrist, il faut encourager le tourisme hivernal sous toutes ses formes.
Pour Dominik Siegrist, il faut encourager le tourisme hivernal sous toutes ses formes.

Coopération. Vous êtes président de Cipra International qui s’engage en faveur de la vie économique et sociale dans l’arc alpin, dénonçant entre autres les conséquences néfastes des excès du tourisme. Souhaitez-vous gâcher nos vacances?
Dominik Siegrist. Pas du tout! Je rentre à l’instant de vacances dans la région de Glaris, où j’ai fait des randonnées à skis et en raquettes et de la luge dans les Weissenbergen grâce aux seuls transports publics. C’est merveilleux!

Moi, je préfère le ski de piste. Dois-je pour autant avoir mauvaise conscience?
Ce qui compte, ce sont les faits. Dans les Alpes, la limite de la neige ne cesse de s’élever. Le tourisme est un des grands responsables des émissions de CO2. Pensons aux transports par avion, aux  déplacements en voiture, au tourisme d’un jour, mais aussi à une hôtellerie très gourmande en  énergie. Pourquoi cette branche particulièrement dépendante de l’arc alpin ne fait-elle pas plus pour promouvoir le courant électrique écologique et renouvelable?

Faut-il renoncer au ski?
Non, mais le pratiquer intelligemment. Je skie aussi très volontiers et il y a des destinations comme Scuol en Basse-Engadine: si vous y réservez des vacances, les bagages vous seront directement livrés au domicile de vacances. Le Palace Hotel de St-Moritz tire par exemple 80% de l’énergie qu’il consomme des eaux du lac de St-Moritz, grâce à un échangeur de chaleur. Et l’hôtel de montagne situé à Muottas Muragl et récemment rénové est un des premiers hôtels PlusEnergie d’Europe.

N’est-ce pas publicitaire?
Une tendance, apparue ces dernières années, va vers plus de durabilité. Dans le cadre de mon travail à la Haute Ecole technique de Rapperswil, j’ai souvent à faire avec des entreprises de tourisme. Certaines ont changé fondamentalement d’approche. D’autres se contentent de lutter contre les symptômes du changement climatique, multipliant les canons à neige et construisant des remontées mécaniques menant à des sites toujours plus élevés. Si possible avec l’aide de l’Etat.

Le secteur du tourisme génère 15,6 milliards de francs. Ce sont 140 000 emplois à plein temps...
Mais que cherchent les touristes ici? Nos montagnes, nos grands espaces non construits, l’air si pur des Alpes, une nature encore vierge. Un capital unique incomparable.

Un exemple.
Savognin. Cette localité se trouve dans le Parc Ela, aux Grisons, un des nouveaux parcs naturels suisses. Fin 2010, la population s’est prononcée clairement contre un nouveau complexe touristique et pour un parc naturel. Les gens de la région préfèrent la durabilité au bétonnage à outrance. Dans nos Alpes, ce n’est pas le seul exemple d’un changement de mentalités.

Mais que doivent faire les responsables du tourisme dans les régions de sports d’hiver?
Promouvoir le tourisme estival et encourager toutes les formes de randonnées, savoir reconnaître les nouvelles tendances du tourisme hivernal, et ne pas se limiter au seul ski. Cependant, il est évident que le manque à gagner qu’entraînera la diminution des skieurs ne pourra pas être compensé d’un jour à l’autre.

Mais l’offre n’est-elle pas déterminée par la demande?
En partie. Toutefois, cette «industrialisation» croissante des zones skiables rebute aujourd’hui de nombreux hôtes de nos stations. A cela s’ajoute que de moins en moins de familles peuvent s’offrir des vacances de ski, car elles sont chères. Si l’on tient compte du réchauffement climatique et des changements sociaux, il faut craindre que vers la fin du siècle, les zones skiables des Alpes auront presque totalement disparu.

Que puis-je faire en tant que consommateur?
Un exemple: aujourd’hui, le temps est quasi printanier ici à Zurich, le Jurapark Aargau offre de magnifiques pistes de randonnées à raquettes. Mais on les connaît mal, car les autorités locales n’ont pas les moyens pour faire de la publicité. Au prix de quelques recherches, ceux qui souhaitent vraiment s’offrir les services d’entreprises touristiques sachant ménager l’environnement trouvent de plus en plus souvent une solution.

Tourisme de proximité

Il existe de nombreuses entreprises ayant des offres de tourisme durable. Voici des tuyaux pour vos recherches.

Randonnée et montagne, hiver/été

www.viastoria.ch
www.sac-cas.ch
www.amisdelanature.ch
www.parcsnaturels.ch
www.suissemobile.ch

Hôtels

www.biohotels.ch
www.oekohotel.ch
www.aubergesdejeunesse.ch
www.reka.ch

Guides de loisirs et de randonnées

www.cooperation-online.ch/librairie

Un réseau pour les Alpes

La Commission internationale pour la protection des Alpes(Cipra) est une organisation faîtière, non gouvernementale, indépendante et non lucrative. Depuis 1952, elle s’engage pour la protection et le développement durable du domaine alpin. Avec son siège international au Liechtenstein, ses filiales dans sept pays du massif alpin et sa centaine d’organisations et d’institutions membres, la Cipra a constitué un important réseau couvrant l’ensemble des Alpes. Rappelons que la Convention des Alpes est un projet initié par la Cipra.

www.cipra.org

Franz Bamert

Publication:
lundi 16.01.2012, 15:24 heure