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Par amour, Angela Heinrich s’est installée dans la vallée de l’Albula. C’est ici qu’avec son mari paysan, elle élève ses jumelles et donne des cours d’équitation.


Le village de Bergün.

Vallée de l'Albula: vivre à la montagne

Bergün: un petit village grison à deux heures de route de Zurich seulement. Mais c’est déjà un autre monde.

En romanche, Plaschair signifie plaisir. C’est aussi le nom de la ferme bio d’Angela et Urs Heinrich, à Bergün. Et c’est encore tout un programme. Surtout si, comme eux, on exploite et développe un domaine agricole situé presque au fin fond de la vallée de l’Albula.

Pour s’y sentir à l’aise, il faut aimer les fortes pentes, avoir du cœur à l’ouvrage, oser créer du nouveau et, le cas échéant, savoir surmonter les échecs. Pourquoi autant s’exposer? «Ce n’est pas s’exposer», corrige immédiatement Angela. La jeune femme a quitté sa Thurgovie natale pour s’installer dans les Alpes. Par amour! Elle et son mari aiment les animaux, la nature et la montagne. Mais à lui seul, le plaisir ne suffit pas à assurer la survie d’une exploitation en zone de montagne IV. Il faut retrousser ses manches et savoir innover. Le couple exploite un domaine de 40 hectares. Il possède aussi 22 vaches mères et 250 poules pondeuses, élève des chevaux Criollo, cultive des pommes de terre et des céréales… Sans négliger pour autant leurs jumelles Lena-Maria et Fiona-Valentina.

«Les gens pensent qu’en hiver, les paysans de montagne restent assis bien au chaud. Mais nos journées sont de 14 heures, même en saison froide», confie Urs. A propos, comment s’organise la journée type? «Il y a bien sûr les travaux de routine, à l’étable, à la maison et sur l’exploitation. Aujourd’hui, nous devons aussi débiter la viande de deux animaux Natura-Beef, l’ensacher et l’expédier, mettre en marche le fumoir, suspendre la viande qui sera séchée à l’air.» En surveillant d’un œil le petit magasin de la ferme, Angela a donné deux heures de cours d’équitation. Et ce n’est pas fini: à huit heures du soir, un hôtelier appelle: il a besoin d’œufs d’urgence!

Dans la vallée de l’Albula, les Heinrich ne sont pas les seuls à innover. De nombreux autres paysans le font aussi, mais dans des regis-tres très différents. Ils ont presque tous une idée originale qui leur permettra de survivre: un parent de la commune voisine de Filisur produit des crèmes glacées fermières qu’il vend aux touristes en les conservant dans son chariot frigorifique; le frère d’Urs cultive une variété particulière de pommes de terre; un autre agriculteur a organisé un concours de Mister Grisons, concours qui a servi de rampe de lancement à Mister Suisse, Renzo Blumental; un commerçant en bois fournit du «bois de lune» (ndlr: bois abattu en fonction des phases de la lune) qu’il livre dans le monde entier pour la construction d’instruments de musique.

Autre exemple de créativité: la vallée de l’Albula abrite la plus longue patinoire naturelle de Suisse, gérée par des idéalistes particulièrement imaginatifs. D’autres collègues des Heinrich fabriquent des alcools ou produisent des fromages de chèvre, des salsiz et d’autres produits fermiers. En quoi est-ce particulièrement intéressant? Toutes ces activités sont sous-tendues par une forte solidarité paysanne. Et en plus, personne ne pratique la surenchère en matière d’affermage des terres. «Cette solidarité va de soi chez nous. Sans elle, nous n’aurions jamais reçu la ferme de Plaschair il y a deux ans», assure le couple Heinrich, toujours prêt à se lancer dans de nouveaux projets.

Obligés d’innover pour assurer leur survie, Angela et Urs ont le feu sacré et s’adonnent entièrement à la production biologique. Ici, les vaches portent toutes un nom et si le veau Pipilotta ne veut pas de sa mère, on l’élève simplement au biberon. Economiquement, les cinq chèvres de la petite étable toute proche ne rapportent rien, mais quel plaisir elles procurent! Et les 250 poules pondeuses… Elles sont si bien apprivoisées qu’elles rentrent à l’étable sur un simple coup de sifflet du paysan!

Tout cela est permis parce que le couple est prêt à travailler 14 heures, voire davantage, chaque jour. «On pourrait gérer l’exploitation en y investissant moins de temps, mais les animaux n’auraient pas une vie aussi heureuse. Et nous non plus», avoue la paysanne bio. Inutile de dire que les deux chiens de la ferme adorent les câlins, car cela aussi fait partie du style de vie des Heinrich: «Malgré tout le travail investi, nous dépendons aussi des paiements directs, c’est-à-dire des impôts versés par la population non paysanne. C’est pourquoi notre ferme doit être prête à accueillir les personnes qui se réjouissent de notre façon de vivre l’agriculture.»

Pro Montagna et la production de l’Albula

Pro Montagna désigne des produits de qualité provenant des zones de montagnes suisses. La vallée de l’Albula est une région Pro Montagna typique: on y cuit le pain aux pommes de terre destiné à Pro Montagna et on y cultive les céréales pour la bière Monsteiner. Plusieurs alpages de la région produisent du fromage d’alpage, une pisciculture est en phase de planification et les
magasins Coop offriront dans leur assortiment des pommes de terre bio Pro Montagna.

www.coop.ch/promontagna

Thomas Compagno

Publication:
lundi 30.01.2012, 11:03 heure