Le four solaire ne produit pas de fumée nocive.

Climat: cuisiner à l'aide du soleil

Une idée n’est bonne que lorsqu’elle a été concrétisée. A Madagascar, myclimate montre l’exemple avec la cuisine à l’énergie solaire.

Un choc! C’est ce qu’a eu Regula Ochsner, ex-coopérante de l’aide au développement, lors de son retour à Tuléar, au sud-ouest de Madagascar, en 1998. La forêt avait disparu, il n’y avait plus que des arbres isolés et l’érosion progressait. «J’ai réalisé que si la déforestation continuait ainsi, le pays allait rapidement perdre ses moyens de subsistance.»
Un quart de siècle plus tôt, c’est dans un environnement complètement différent que cette Suissesse avait travaillé. Madagascar était alors réputée pour ses forêts tropicales et xérophiles (ndlr: pouvant pousser dans un milieu sec).
Durant les deux dernières décennies, ce ne sont pas moins de 200 000 ha de zones boisées qui ont disparu chaque année, au profit de la production de charbon de bois et de bois de chauffage pour la cuisine.

Regula Ochsner est la fondatrice de l’ADES, l’Association pour le développement de l’énergie solaire Suisse-Madagascar*. Car s’il y a une chose que cette île de l’océan Indien possède en abondance, c’est le soleil! Alors pourquoi ne pas cuisiner à l’énergie solaire? Aujourd’hui, 13 000 familles s’y sont mises. Elles utilisent deux types de fours, qui sont améliorés en permanence.
«C’est un vrai projet d’avenir», explique Tobias Hoeck, responsable de projet chez myclimate. Cette organisation suisse à but non lucratif est l’un des leaders mondiaux de l’offre en mesures volontaires de compensation. Elle achète les réductions d’émissions atteintes par le projet réalisé à Madagascar et les revend à des sociétés ou des privés, leur permettant ainsi de compenser leurs émissions de gaz à effet de serre. Cet argent, qui provient également des paiements de compensation du CO2 des transports aériens de Coop, a permis d’atteindre deux objectifs: premièrement, les familles – qui doivent survivre avec un revenu inférieur à 50 francs suisses – ont la possibilité d’acheter meilleur marché un four solaire ou à économie d’énergie.

Une grande partie de la population malgache cuisine encore au feu de bois.

Deuxièmement, l’ensemble du projet a été suivi par les spécialistes de myclimate jusqu’à l’obtention du Gold Standard, la plus grande distinction décernée à des projets de protection climatique. La finalité de ceux-ci est de réduire les gaz à effet de serre et de favoriser le développement durable de la région dont est issu le projet. Parallèlement, le Gold Standard atteste que tout se passe correctement du point de vue financier. Le respect des règlements est vérifié par des organisations de contrôle spécialisées.

Les résultats obtenus: chacun des 13 000 fours solaires ou à économie d’énergie permet de réduire chaque année les émissions de CO2 de deux à trois tonnes – soit la quantité d’émissions d’une petite voiture sur 15 000 km. De plus, chaque four remplace l’utilisation de 7800 tonnes de bois. Les fours sont fabriqués à Madagascar, ce qui donne du travail à 100 personnes, dont 70 sont des employés d’ADES. Les familles économisent du temps sur le ramassage du bois ou de l’argent sur l’achat du charbon de bois; le four solaire est amorti après environ six mois; l’utilisation du four solaire ne provoque aucune émission.

Comme on peut l’imaginer, tout n’a pas toujours été facile. Il faut beaucoup de force de persuasion pour convaincre les femmes de changer leurs habitudes culinaires.
Des cours organisés dans les villages et les écoles permettent d’y contribuer. En outre, les fours ont été adaptés aux besoins de leurs utilisateurs locaux. A l’heure actuelle, le projet est soutenu par des services gouvernementaux – du moins dans l’intention. Il est plus que temps, car 90% des forêts malgaches ont déjà disparu.

www.adesolaire.org

Les compensations aident au développement

Christian Som, chargé de projet au WWF.

Christian Som, chargé de projet au WWF.
Christian Som, chargé de projet au WWF.

Les projets de compensation de CO2 favorisent le développement durable sur d’autres continents à plusieurs niveaux.

La compensation de CO2 ne sert-elle qu’à se donner bonne conscience? «Pas du tout, réplique Christian Som, chargé de projet au WWF. Coop poursuit clairement une stratégie de réduction des émissions de CO2.» Ainsi, depuis le mois dernier, toute la viande de cheval fraîche vient d’Europe et n’est plus importée par avion, ce qui réduit de près de 1900 tonnes par an les émissions de CO2.
Tous les projets de compensation de CO2 doivent correspondre au label Gold Standard du WWF. Cette distinction, reconnue au plan international, fixe des conditions sévères en matière de développement durable, d’efficacité et de crédibilité. Les projets de compensation favorisent le développement social, environnemental et économique sur d’autres continents.

Coop développe aussi, en collaboration avec le WWF, des projets innovants pour compenser son transport aérien de marchandises. De plus en plus de projets sont mis sur pied dans les régions de production de denrées vendues chez Coop. Cette plus-value durable profite directement aux populations locales.

www.coop.ch/developpementdurable

Myclimate: de la Suisse vers le monde

La fondation myclimate compte parmi les leaders mondiaux de l’offre en mesures volontaires de compensation. Elle établit des bilans CO2 et cherche à sensibiliser les gens aux changements climatiques et à la protection du climat au moyen de projets de formation. Myclimate développe et soutient 55 projets dans le monde entier visant à réduire les gaz à effet de serre et donc à protéger le climat. Ces projets ne se limitent pas à cela, mais contribuent aussi au développement durable des régions concernées.

www.myclimate.ch

Franz Bamert

Publication:
lundi 06.02.2012, 11:44 heure