La comédienne est aussi interprète des chansons qu’elle écrit.

«Apprendre à aimer, c’est ça le secret»

L’actrice franco-suisse, Irène Jacob, sort un nouvel album. Elle nous parle de ses chansons, de la musique, de son rôle d’artiste, de la Suisse. Et de la vie...

Même si elle a tourné une quarantaine de longs-métrages depuis celui qui l’a lancée sur la scène internationale, Irène Jacob continue à être associée aux deux Véronique qu’elle interprétait dans le film de Krzysztof Kieślowski, « la double vie de Véronique ». Sans doute est-ce dû au fait que son sourire est resté aussi lumineux qu’à ses débuts, son phrasé aussi délicat et sa démarche juvénile. Et puis, Irène Jacob manie, elle aussi, la dualité. Elle est ici, à Paris où elle vit avec son mari et ses deux enfants, et là-bas, à New-York auprès de son frère musicien avec qui elle vient d’enregistrer un deuxième disque et où elle tourne actuellement une série pour la télévision américaine. Elle est française, mais aussi suissesse. En témoigne sa pointe d’accent genevois. Rencontre avec une belle comédienne qui est aussi une chanteuse des chansons qu’elle écrit.

Qu’avez-vous voulu exprimer à travers cet album «En bas de chez moi»?
Je pense souvent à l’écrivain Romain Gary, qui dit chercher «là où ça chante». Je crois que nous avons tous cet endroit-là. Et si nous l’aimons suffisamment, alors l’envie de chanter nous prend sous la douche, en cuisinant, dans le bus… En tout cas, ça m’est arrivé et ça s’est affirmé comme ça. J’ai approché ce disque avec ce chant-là: intime. Il a été écrit entre New-York où mon frère habite depuis 20 ans et Paris, où je vis. On pourrait dire que ces chansons sont des cartes postales musicales d’«En bas de chez nous», à un océan d’écart.

D’où vous vient ce goût de travailler avec votre frère? Cet album commun «En bas de chez moi » et le second après «Je sais nager» paru en 2011.
Francis et moi étions très proches lorsque nous étions enfants, alors imaginer des projets ensemble puis nous retrouver autour de la musique est une façon de prolonger ce lien. J’aime le moment où nous cherchons comment une chanson passe de l’étape guitare-voix, à un arrangement plus complet. C’est un équilibre très délicat, pour lequel nous prenons tout notre temps. «En bas de chez moi» s’est enregistré tranquillement sur un an, dans le studio de mon frère à NY, dans ma chambre et dans un studio à Paris.

Que représente cette dimension de chanteuse dans votre parcours professionnel ?
Après «la double vie de Véronique», où je jouais le rôle d’une chanteuse, je suis partie à NY, deux mois et demi, pour le plaisir et pour prendre des cours de chant, afin d’être capable d’interpréter les standards de jazz que j’aime tant. Dans mes écouteurs, il y a toujours Ella Fitzgerald, Billy Holiday, mais aussi Jeanne Cherhal, Keren Ann, Camille, Françoise Hardy, Gal Costa, Ellis Regina... Je me sens d’abord une comédienne mais aussi une comédienne qui chante. Cela n’a rien d’inédit en France, qui compte une longue tradition de comédiennes- chanteuses: Jeanne Moreau, Anna Karina, Isabelle Adjani, Agnès Jaoui…

Avez-vous des références qui vous ont aidée à devenir la comédienne, la chanteuse, la femme que vous êtes aujourd’hui?
Mes références, je continue à me les fabriquer, chaque jour. En ce moment pour cette série américaine dans laquelle je tourne à NY, je revois des films d’Eric Rohmer et de Jean-Luc Godard pour m’inspirer de la liberté de cinéma qui en émane et attraper la fraîcheur de jeu de Marina Vlady, Anna Karina, Françoise Fabian, Jean- Louis Trintignant… Je relis aussi le livre de Jean Louis Trintignant et celui de Michel Serrault.

Comment voyez-vous le rôle d'un artiste dans notre société actuelle?
Pour moi, être artiste, cela veut dire résister et oser un autre langage que celui de la consommation et des idées reçues… Les chaines de télés, les productions, les radios, n’arrêtent pas d’imposer des normes pour plaire à un public et concevoir des projets pour un consommateur qui voudrait «soit disant» voir et écouter toujours la même chose ! Par peur du zapping, on formate. J’ai cette conviction profonde que nous sommes tous, bien autre chose que des consommateurs sur pattes!

C’est–à-dire?
Nous avons aussi besoin de découvrir, de ressentir, de reconnaître et d’apprivoiser de nouvelles expériences. Je pense que le public- et j’en fais partie – est avide de rencontres. Lorsque je vais au cinéma, au théâtre ou à un concert, lorsque je lis un livre ou visite une expo… je me divertis bien sûr, mais je recherche aussi le plaisir d’être emmenée, l’espace d’un moment, dans un univers différent. Je suis d’ailleurs reconnaissante aux artistes qui me font vivre des moments pareils. Moi-même, quand je me suis produite sur scène ou après la projection d’un film, j’apprécie beaucoup les discussions avec le public.

«Mon chapeau de cigale… en été»

«Avec mon frère Francis, enfants»

Que représente la Suisse dans votre vie ?
C’est un pays d’une beauté qui me saisit à chaque fois. J’ai grandi en Suisse. Et j’y reviens plusieurs fois par an: ma mère et l’un de mes frères y habitent, mon beau-fils y étudie, mes enfants adorent y venir. J’y ai affectivement beaucoup de souvenirs. Les cendres de mon père ont été déposées sur une parcelle de vigne au-dessus de Riex, en face du lac et des montagnes. Je ne peux imaginer plus bel endroit!

Qu'est-ce qui vous fait vous lever le matin ? Et creuser vos fossettes?
En ce moment, c’est l’été et les chants des oiseaux à 6 heures me donnent envie de sortir de mon lit. Je ne voudrais les manquer pour rien au monde. J’aime aussi le parfum d’un arbre le soir au coucher. Une nuit à la belle étoile avec mon amoureux et nos enfants. Le sourire sans suite d’un ou d’une inconnu(e). Une musique que j’aime qui passe à la radio. A NY, parfois les gens vous appellent «Love» ou «Darling», ou «Sweetheart», sans vous connaître. Je trouve cela réjouissant. Michel Serrault dit dans son livre que tant qu’on aime quelqu’un ou quelque chose, ne serait-ce que faire de la bicyclette, on met en route ce don qu’on a de pouvoir aimer. Quand on aime, on n’a plus peur de rire, d’aimer, de pleurer, ni d’éprouver quoique ce soit.  Apprendre à aimer, c’est quand même le secret de la vie.

4 dates dans la vie de la comédienne

«En bas de chez moi», l’album réalisé avec son frère Francis (Distribution Naïve)

«En bas de chez moi», l’album réalisé avec son frère Francis (Distribution Naïve)
«En bas de chez moi», l’album réalisé avec son frère Francis (Distribution Naïve)

1966 Naissance. En 1969, la famille arrive à Genève. Qu’elle quitte en 1984.

1991 Prix d’interprétation féminine à Cannes pour «La double vie de Véronique».

2000 Elle épouse le comé-dien Jérôme Kircher. Ils ont deux fils et travaillent régulièrement ensemble.

2016 Sortie de son second album «En bas de chez moi» dont elle a composé les onze titres.

Actu, Irène Jacob dans «The Affair»

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Getty Images, DR
Publication:
lundi 15.08.2016, 14:15 heure



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