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Alain Valterio
écrit le 28.12.2017 dans Peurs


Le courage de Chateaubriand

Vous lisant depuis bien des années, ayant aimé votre livre Névrose psy, j’ai repensé à vous après avoir vu le film Francofonia, « le destin du Louvre dans le Paris occupé de 1940 », d’Alex. Sokourov. Le destin croisé de deux amateurs d’art, le Français Jaujard et l’Allemand Wolff Metternich, alliés pour préserver les trésors du Musée, m’a donné envie de relire un livre où ils se retrouvent, La chambre de Goethe, de Frédérique Hébrard (Flammarion, p.49), fille d’André Chamson, alors responsable de mettre à l’abri les trésors du Louvre avec notamment le directeur du Louvre, Jaujard. La petite fille, trimballée d’un château à l’autre avec ses parents, arrive à celui de Loc-Dieu où elle héritera « la chambre de l’Empereur », énorme « ossuaire aux tentures sanglantes soufflant une haleine de tombeau…  – Vous n’avez pas peur ? – Non, mentais-je avec assurance. Et puis, un jour, à force de mentir, ce fut vrai. Mon père me fit une lecture de Chateaubriand : L’entêtement du comte de Chateaubriand à faire coucher un enfant seul au haut d’une tour pouvait avoir quelque inconvénient, mais il tourna à mon avantage. Cette manière violente de  me traiter me laissa le courage d’un homme, sans m’ôter cette sensibilité d’imagination dont on voudrait aujourd’hui priver la jeunesse. Au lieu de chercher à me convaincre qu’il n’y avait pas de revenants, on me força de les braver. Lorsque mon père me disait avec un sourire ironique : « monsieur le chevalier aurait-il peur ? » il m’eût fait coucher avec un mort. Quelle délicate allusion à mon propre courage ! » Avec mes meilleures salutations, Jean Wimmer

Réponse du psy:

Votre intervention m’intéresse d’autant plus que j’étais convaincu moi-même que Châteaubriand avait été traumatisé par une enfance horrible. Je ne connaissais pas du tout ce texte dans lequel il manifeste sa reconnaissance à l’égard de cette éducation. Ce n’est pas la première fois que je constate que l’Histoire a elle aussi perdu son objectivité sous le coup de l’influence de cette culture psy, ce que j’appelle la psyrose dans mon livre. Par exemple, on est frappé de constater combien certains biographes semblent établir une relation de cause à effet dans le fait que si Hitler, Staline ou encore Saddam Hussein sont devenus des tyrans, c’est que leur père avait été une brute. C’est un fait admis par l’Histoire qui n’a pas à être démontré. Dans l’inconscient collectif aujourd’hui, est implantée l’idée que les grands dictateurs ont tous été maltraités par leur père. Voire même que la dictature, la guerre, serait un produit de l’éducation patriarcale. Dans l’évolution de la paternité à laquelle on a assisté ces dernières décennies, - l’émergence de ce qu’on appelle le nouveau père,- l’argument politique a joué un rôle important. Ce n’est pas sans raison que les « soixanthuitards » se sont intéressés à l’éducation. Ils voulaient changer l’homme pour changer la société. 

Inconsciemment, on accuse l’éducation patriarcale d’être la cause de la guerre. J’ai entendu ça à de nombreuses reprises au cours de conférences que j’ai données . Il s’est toujours trouvé quelqu’un pour me demander si j’étais partisan d’un retour au bâton en éducation. Je ne suis pas pour le retour du bâton, je suis pour le discernement. Je suis psychanalyste de l’école junguienne pas éducateur. Je ne nie pas que l’éducation patriarcale ait eu ses effets pathogènes à l’époque de Freud mais le patient freudien n’existe plus de nos jours. Dans la clientèle masculine, on trouve en analyse surtout des personnes qui ont trop été protégées par leur mère, plus que maltraitées par leur père.

C’est là qu’est la différence entre l’éducation maternelle et l’éducation paternelle, la première est basée sur la protection alors que la deuxième sur la mise à l’épreuve. Souvent, de nos jours, la mise à l’épreuve est considérée comme une maltraitance. Il ne fait aucun doute que les épreuves auxquelles Chateaubriand a été soumis par son père seraient aujourd’hui considérées comme de la maltraitance et traitées sur le divan de l’analyste comme des traumatismes qui seraient la cause de ses pathologies.

Bon nombre de gens s’inquiètent d’un supposé retour d’une éducation plus axée sur l’épreuve que sur la protection. J’ai même entendu une personne s’exclamer : « C’est le retour au fascisme ! » Le fascisme n’est pas le produit d’une éducation mais d’un endoctrinement ! En tant qu’analyste, je suis également thérapeute. Mon point de vue est qu’ne éducation qui protège et ne met jamais à l’épreuve rend malade. L’enjeu d’une éducation patriarcale n’est pas la guerre ou la paix, mais la santé mentale.   

Certains ne manqueraient pas en lisant ce que Chateaubriand nous écrit ici de diagnostiquer chez lui un syndrôme de Stockholm, une pathologie sortie de l’imagination des psys selon laquelle la victime se mettrait à éprouver de l’affection pour son bourreau. L’invention de cette pathologie leur permettent de décider eux si une personne a été maltraitée ou pas et de se convaincre d’avoir la maîtrise sur « la cause des troubles ». Combien de victimes qui se sont déclarées ne pas l’être et que les professionnels se sont ingéniées à les convaincre du contraire ! Combien d’hypothétiques abus suggérés à leur patient par leur thérapeute !!!

La reconnaissance de Chateaubriand a pour son père ne tient pas de ce qu’il aurait retiré un bénéfice sexuel (des théories qu’on a pu lire) d’être soumis à sa brutalité mais au fait que celui-ci lui a permis d’aller au-delà de ses peurs, de surmonter ce qu’il ne se croyait pas capable de surmonter. Je suis consterné que cet aspect de l’éducation est aujourd’hui considérée comme une maltraitance faite à l’enfant car pour ce qui est d’en faire un enfant motivé, il n’y a pas mieux.



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