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Zep (alias Philippe Chappuis, 50 ans) dans les arbres de son jardin, en région genevoise.









Et voilà Zep au regard d’arbre

Dans son nouvel et passionnant album, Zep imagine un thriller dont les arbres sont les héros. Interview du créateur de Titeuf dans son domaine et son allée de marronniers.

Pourquoi avoir choisi cette maison?
Pour les arbres, c’est magnifique.

Les arbres vous inspirent?
J’ai toujours aimé dessiner les arbres, sans vraiment savoir pourquoi, parce que j’ai grandi en ville, dans une cité. J’ai souvent eu l’intuition que l’arbre m’observe aussi. Quand on est devant un vieux cèdre, par exemple, c’est impossible d’ignorer qu’on est face à quelque chose qui nous dépasse. C’était vraiment passionnant de rencontrer des gens qui travaillent depuis des années sur l’intelligence des arbres. Et tout est parti de cette anecdote réelle des acacias qui modifient leur composition pour tuer des antilopes koudous du Transvaal.

Vous avez dédié votre nouvel album, «The End», à Arthur. Pourquoi?
C’est mon fils et c’est lui qui m’a raconté cette anecdote des antilopes d’Afrique. Il fait des études de botanique, il est passionné de permaculture. Il m’a ouvert à ce monde de recherche sur les arbres.

Ressemble-t-il physiquement au personnage de Théo?
Oui, j’ai utilisé ses traits.

Vous remerciez votre épouse, Mélanie Chappuis, pour cet album. Est-ce qu’elle vous aide?
Mélanie a été une fervente supportrice de cet album. Je lui ai fait lire le scénario quand il était à ses balbutiements, elle était vraiment enthousiaste. Comme les périodes de création sont assez longues, il y a de grands moments où on travaille seul. C’est agréable d’avoir du soutien. Ce n’est pas toujours le cas, parce que parfois on est l’un et l’autre sur des projets qui sont en train de prendre forme, et qui ne vont pas forcément déclencher l’enthousiasme de l’autre.

Quand vous avez écrit cet album, vous pensiez à vos enfants? Etes-vous inquiet pour l’avenir?
Je pense que l’humanité va vers sa fin, mais c’est peut-être dans 10  000 ans, donc non, je ne suis pas inquiet pour mes enfants. Je suis plutôt optimiste, sans doute parce que j’ai un fils qui est intéressé par ce sujet-là. La nouvelle génération est peut-être moins présomptueuse que nous, moins dans l’idée de la toute-­puissance de l’homme. Il ne faut pas prendre sans donner, c’est d’une logique enfantine, mais qu’on a perdue par rapport à la planète qui nous accueille.

Peut-on vraiment rester optimiste de nos jours?
Certains botanistes avec qui je parlais me disaient: «Il n’y a pas de problème, la nature résistera très bien à notre passage sur Terre.» C’est une forme d’optimisme! On est vraiment une toute petite virgule dans l’histoire de la Terre. Les dinosaures ont été supprimés parce qu’ils ne s’adaptaient plus, après plusieurs millions d’années. Ça ne fait même pas 300  000 ans que les hommes sont là. Ce qu’on met en péril, c’est nous, mais la nature, même si on rase l’Amazonie, dans 1000 ans, elle sera de nouveau là. Il faut juste qu’on apprenne à retenir notre respiration pendant 1000 ans!

Zep (un pseudonyme qui vient de son groupe préféré Led Zeppelin) dans sa maison lors de notre interview.

«

Il y a des acacias qui modifient leur composition pour tuer des antilopes»

Zep, dessinateur, créateur de titeuf

Votre épouse et vous avez cinq enfants âgés de 10 à 21 ans. Est-ce que c’est insupportable de vivre avec des adolescents?
Mais non, c’est agréable de vivre avec des enfants, j’aime bien. Les adolescents, c’est pas mal, parce qu’ils nous secouent. Ils n’acceptent plus ce qu’on dit comme des vérités comme quand ils sont enfants. Cela dit, c’est de plus en plus tôt. Là, on voit avec la plus petite qui a 10 ans, si on dit quelque chose qui n’est pas cohérent, elle nous le fait remarquer tout de suite.

Et Titeuf, est-ce qu’il part en vacances avec vous?
Titeuf est toujours avec moi. C’est difficile de m’en séparer. Même quand je pars en vacances, je dessine toujours toutes sortes d’idées dans des carnets. C’est un personnage qui vit avec moi maintenant, depuis 25 ans. Mais il a presque une existence propre, il n’a même plus besoin de moi! Si je ne le dessine pas pendant deux semaines un mois, quand je reprends mon carnet, il n’y a pas besoin de chercher des idées très longtemps, comme s’il s’était passé des choses qu’il fallait consigner.

Qui fait à manger à la maison?
Nous, mon épouse et moi, nous avons chacun nos spécialités. Les enfants font aussi à manger. Enfin, surtout les filles, les garçons ne sont pas très motivés!

Qu’est-ce que vous aimez cuisiner?
J’adore manger! Je suis hyper curieux de nourriture, donc j’aime bien faire des recettes, ouvrir un livre et faire quelque chose que je ne connais pas. J’adore un bon fromage, ou cuisiner une bonne viande. En vivant ici, à la campagne en ville, on est de plus en plus sensibles au rythme des saisons. On mange donc plus de légumes de saison, on recherche des manières d’apprêter des… racines! La période de l’hiver est un peu longue. On est contents de voir une saison plus luxuriante.

A quoi ressemble l’une de vos journées types?
Je suis assis à ma table, je dessine. Ça n’a rien de folichon. Ce qui se passe dans ma tête est plus rigolo que ce qui se passe en vrai. C’est ultra-répétitif, ma vie de dessinateur. Je me lève, je prends le petit-déjeuner avec les enfants, après je vais dessiner jusqu’au soir. En général, je ne m’arrête pas à midi pour manger, donc je dessine 10–12 heures par jour.

C’est beaucoup!
C’est vraiment difficile, quand on est en train de bosser sur une histoire, de la laisser pour faire autre chose. Donc il y a un moment où on n’a plus faim, on n’a plus sommeil. Généralement, vers la fin de l’album, pour moi, il y a une espèce d’emballement, où je vais travailler beaucoup plus que 10−12 heures, c’est plutôt 15−16 heures. Et là, pour cet album, ça m’a pris très tôt. L’histoire était écrite, j’ai dû quitter ce livre pour la promotion de Titeuf pendant presque deux mois, et là, ça me démangeait.

C’est-à-dire?
Quand j’ai terminé ma tournée, j’ai commencé à bosser, et je n’arrivais pas à dormir. Si on ne sortait pas le soir, si on ne voyait pas d’amis, je travaillais jusqu’à minuit, 1 heure, 2 heures, j’allais me coucher. Et puis à 5 heures, j’étais réveillé parce que j’avais envie de retrouver mon livre. Mais ce n’est pas très bon pour la santé, donc je suis tombé malade après trois semaines, et là j’ai levé le pied, mais j’ai refait ça à la fin.

Qu’est-ce qui vous motive le matin?
Je me réjouis franchement d’aller dessiner. Et là, ça fait 12 ans que j’ai aligné les livres, vraiment. Je terminais un livre le mercredi après-midi, le jeudi matin, je commençais le suivant. Donc je ne me suis pas arrêté, j’avais toujours des projets, parfois même qui se superposaient, ça m’est arrivé de faire deux livres en même temps. J’ai terminé ce livre il y a un mois et c’est la première fois que je n’en commence pas un nouveau. Je me suis dit: «Celui-là m’a tellement tenu, j’ai envie de le voir vivre un petit moment avant de partir sur autre chose.»

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Gagner la nouvelle bande dessinée de Zep

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Zep en interview sur France Inter
Zep en 2015 dans l’émission «26 minutes» avec Vincent Veillon et Vincent Kucholl

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texte:
Llaurence de Coulon
Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
lundi 07.05.2018, 05:30 heure



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