«Je ne suis pas de passage, je considère cet engagement à long terme»: Daniel Bärtschi (43 ans), nouveau directeur de Bio Suisse.

«Bio Suisse appartient aux paysans»

Après l'offensive bio entamée en 2010, Bio Suisse s'est dotée en janvier 2011 d'un nouveau directeur, l'agronome Daniel Bärtschi. Entretien avec un homme d'expérience, de dialogue et de terrain autour des défis, de la politique et des visions de Bio Suisse.

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Coopération.Pour quelles raisons avez-vous accepté le poste de directeur de Bio Suisse?
Daniel Bärtschi.Parce que j'ai grandi dans une ferme bio dans l'Emmental et que j'ai pu constater qu'il s'agit d'un modèle qui fonctionne. Mon père est un des pionniers du bio! Ensuite, j'ai suivi une trajectoire riche et multiple, avec des formations diverses et des engagements, notamment en Afrique et en Europe de l'Est. Aujourd'hui, la boucle est bouclée, et je reviens à l'agriculture bio. C'est très motivant de s'engager dans ce domaine. Pour moi, les défis ne sont pas des problèmes, mais autant de chances. Depuis mon entrée en fonction, je me sens dans mon élément.

Ce n'était pas le cas de votre prédécesseur, Stefan Flückiger. Y avez-vous songé en prenant sa succession ?
Je considère Bio Suisse pour ce qu'elle est: une organisation solide avec beaucoup de potentiel. Mais je sais aussi qu'il est très difficile de trouver le candidat avec le profil adéquat pour ce poste de directeur. En ce qui me concerne, il est vrai que je ne me considère pas «de passage». Je considère cet engagement à long terme.

Par quoi sera caractérisé votre mandat?
A l'interne, je veux oeuvrer pour une plus grande stabilité et une croissance à long terme et ainsi encourager à la confiance. Je veux donner à Bio Suisse le visage d'une organisation efficace qui représente l'agriculture bio comme un modèle à venir.

Vos atouts majeurs?
Je viens du milieu paysan. Ce sont tout simplement mes racines. Je connais son langage, ses us et coutumes. En outre je me suis occupé de projets de développement suisses dans une trentaine de pays; cela m'a permis de dépasser l'horizon de l'agriculture et d'élargir considérablement ma vision. Je comprends l'optique de Bio Suisse, mais aussi les défis du marché et les exigences des médias. J'ai plaisir à entrer en contact aussi bien avec le consommateur dans un grand magasin qu'avec un politicien, un journaliste ou un éleveur. Ce qui est important est de savoir écouter, et d'apprendre, avant de lancer de grandes déclarations.

Pourquoi le bio, au fond? Pourquoi ne pas miser sur la politique suisse d'il y a trente ans, où l'on ne jurait que par l'agriculture intensive, «sûre et efficace »?
Parce que la Suisse présente des conditions particulières, et que l'agriculture bio est un modèle qui répond parfaitement à ces conditions. Vous savez, ce qu'on appelle l'agriculture chimique existe depuis un siècle. Si vous considérez la situation au niveau planétaire, force est de constater que, malgré tous les progrès techniques accomplis, l'agriculture chimique laisse derrière elle un milliard de personnes souffrant de faim et de malnutrition dans le monde, sans parler des atteintes graves à l'environnement. En constatant les faits, dites-moi si l'agriculture industrielle et intensive représente logiquement la solution à long terme.

Daniel Bärtschi (à dr.) en visite chez Christian Banga, agriculteur bio à Münchenstein (BL), au domaine agricole «Untere Gruth».

Qu'entendez-vous par «conditions particulières» en parlant de la Suisse?
Nous avons de bonnes conditions climatiques, mais des conditions géographiques difficiles, avec une densité urbaine importante. Dans ma vision des choses, l'agriculture bio est un modèle d'avenir, dans le sens où elle s'adapte parfaitement à notre pays et favorise aussi l'existence des paysans.

N'empêche que nous manquons de paysans bio, à tel point que la demande commence à dépasser l'offre. Pourquoi?
Les réticences sont d'ordre économique et technique, mais pas seulement. Elles sont aussi d'ordre culturel et politique. On ne parle pas assez du bio et de ses avantages dans le monde de l'agriculture; ce n'est pas un sujet «dans le vent». Nous attendons des politiques qu'ils se prononcent en faveur du bio et qu'ils donnent des signaux clairs, afin de permettre aux paysans de se positionner et de se sentir soutenus.

Et pourquoi ces signaux ne viennent-ils pas, ou tardent-ils à venir? Qui s'oppose, et pourquoi?
La fausse idée d'une agriculture bio «hasardeuse» qui ne «fonctionne pas» est encore trop fortement ancrée dans les esprits. Beaucoup continuent de penser, contre toutes preuves livrées, que ce n'est pas un modèle réaliste. Ils pensent bien souvent cela parce qu'ils ne le connaissent pas assez bien. Mais on constate avec le temps que cette vieille imagerie négative est en train de céder la place au simple constat de son efficacité et de la qualité des produits obtenus. L'agriculture biologique fonctionne depuis des décennies maintenant, sans chimie, et elle a fait ses preuves.

Geoffrey Raposo

Médiamaticien

Publication:
mercredi 01.06.2011, 12:15 heure

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