Déchets: du neuf avec du vieux

Pourquoi ne faut-il pas jeter les ampoules basse consommation avec les déchets ménagers? Réponse en visitant une entreprise de recyclage.

Vieilles télés, machines à café en panne, ordinateurs hors d’usage,  magnétoscopes, jouets télécommandés: les appareils électriques et électroniques usagés qu’on jette forment un énorme tas. «Pas sûr, corrige Hans Imhof. Regardez ce clavier. Il servira peut-être encore de pot de fleurs.» Un pot de fleurs? En effet, les objets réceptionnés par cet employé spécialisé dans le recyclage sont destinés à une seconde vie.

Patrick Lampert, vice-président du service «Environnement» chez Ruag Technology à Altdorf (UR), nous en décrit le processus. L’entreprise de recyclage qu’il dirige est l’une des plus modernes d’Europe. Elle est spécialisée dans la récupération et le recyclage d’appareils électriques et électroniques de toutes sortes.

Plus de 250 000 gros appareils électroménagers et réfrigérateurs ainsi que 12 000 tonnes de matériel électrique mis au rebut sont démontés ici à la main. Ils sont ensuite réduits en morceaux mécaniquement et triés en fonction des types de matériaux. L’avantage de ce cycle de production inversé, comme l’appelle Patrick Lampert, c’est que «nous pouvons retourner plus de 80% des matériaux recyclés à l’industrie de transformation sous forme de matériaux secondaires». On réduit ainsi l’exploitation des ressources naturelles.

De tous les matériaux récupérés par l’entreprise, les métaux constituent la majeure partie: la ferraille et les métaux non ferreux, dont le cuivre, l’aluminium, le nickel, le zinc, le plomb.
Une fois séparés des autres déchets, ils sont refondus par des entreprises industrielles et transformés en nouveaux produits. «Malheureusement, cela ne fonctionne pas toujours aussi bien, précise Patrick Lampert. Les terres ou les métaux rares, comme l’indium utilisé dans la fabrication des écrans plats et des écrans tactiles, sont extrêmement difficiles à récupérer.»

D’une part, la technologie n’est pas au point et, d’autre part, les quantités concernées sont tellement faibles que leur récupération n’est pas rentable. Le problème est similaire pour le silicium (puces d’ordinateur) et le lithium (accumulateurs, rechargeurs).

Les matières synthétiques posent problème: «Chez nous, les plastiques sont radiographiés pour voir s’ils contiennent du brome ou d’autres matières ininflammables», explique le vice-président. Le brome est utilisé comme agent ignifuge dans les appareils, mais il est très toxique. En Suisse, la loi interdit de recycler ce plastique et impose leur destruction. «Cela fonctionne très bien ici, mais ce n’est pas le cas dans l’UE. Il peut arriver que des matières synthétiques contenant du brome soient exportées de certains pays vers la Chine où ils sont réutilisés pour fabriquer des jouets en plastique qu’on retrouve ensuite en Suisse…» Le genre de chose à éviter!

Quels conseils peut-on donner? «Retirer les piles et les accumulateurs des appareils usagés, ajoute Patrick Lampert. Et il ne faut surtout pas les éliminer avec les déchets ménagers, car ils contiennent des substances toxiques.»
Ce principe vaut aussi pour les lampes halogènes et à économie d’énergie car elles contiennent du mercure qu’il convient de récupérer dans les règles de l’art.
«Souvent, l’élimination de ces substances profite également au climat», relève Patrick Lampert. Près de 70% des réfrigérateurs qui arrivent chez Ruag contiennent des HCFC, des gaz à effet de serre.
«Un réfrigérateur recyclé comme il convient évite l’émission de 2800 kg d’équivalent carbone, soit ce que rejette une voiture de classe moyenne parcourant 15 000 kilomètres.» A bon entendeur!

Les Suisses, maîtres dans l’art de recyclage

Nulle part ailleurs en Europe, le taux de collecte d’appareils électriques usagés n’est aussi élevé qu’en Suisse. Et on pourrait faire mieux.

Avec 14 kg par habitant et par an, la Suisse est la championne d’Europe en matière de collecte d’appareils électriques. A titre de comparaison: les pays de l’UE arrivent tout juste à 4 kg par habitant.
La Suisse est exemplaire non seulement en ce qui concerne le taux de collecte, mais aussi en matière de recyclage. Ainsi, sur ces 14 kg de déchets électriques et électroniques récoltés, on récupère le chiffre impressionnant de 11 kg de matériaux bruts. Le bilan est donc positif.

Malgré tout, on peut encore mieux faire d’après le site www.e-recycling.ch. Il y a encore «trop de consommateurs qui n’ont pas réalisé que le prix d’un appareil électrique ou d’une ampoule basse consommation comprend une taxe anticipée de recyclage (TAR)». Celle-ci donne à chacun en Suisse le droit de les rapporter gratuitement dans un magasin ou dans une déchetterie.

Plus d’informations sur ce sujet et sur les déchetteries existantes:

www.e-recycling.ch

Où rapporter quoi

Un recyclage dans les règles

En général, les marchandises en matière recyclable que vous achetez chez Coop peuvent y être rapportées. Il s’agit des bouteilles en PET, bouteilles de lait en PE, bouteilles consignées (verre), harasses, appareils électriques et électroniques, piles et accumulateurs, cartouches de gaz, cartouches pour filtres à eau Coop et Brita, ampoules basse consommation.
Coop brico+loisirs reprend les batteries d’automobiles, les tubes fluorescents, les peintures, les vernis et les produits chimiques. Objets acceptés par les déchetteries: bouteilles et verres perdus, boîtes de conserve et couvercles de bocaux et emballages en aluminium. Les papiers, cartons, textiles et chaussures font l’objet de ramassages à domicile. Les déchetteries de Swico et Sens reprennent aussi les appareils électriques.

Pour en savoir plus:

www.coop.ch/durabilite
Geoffrey Raposo

Médiamaticien

Photo:
Heiner H. Schmitt
Publication:
mercredi 08.06.2011, 11:27 heure