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Le paysage: en connaître la valeur

Le paysage sera le thème central de la Foire Nature, qui se tient à Bâle du 13 au 16 avril. Agriculture moderne et aménagement du territoire, sans oublier le tourisme, ont transformé nos paysages. Interview.

Raimund Rodewald, directeur de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage.

Raimund Rodewald, directeur de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage.
Raimund Rodewald, directeur de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage.

Coopération. Cette année, le congrès de la Foire Nature a pour thème «Le paysage entre protection et utilisation». Quels sont les problèmes concrets?
Raimund Rodewald. Actuellement, les problèmes majeurs sont le mitage du paysage et l’énorme pression exercée par les nouvelles constructions. Ces points ne sont pas typiques de la Suisse; ils touchent de nombreuses régions industrialisées. La transformation de nos paysages agricoles en paysages énergétiques, c’est-à-dire marqués par la production et le transport de l’énergie, est aussi source de problèmes. L’agriculture moderne et le tourisme contribuent aussi à remodeler le paysage suisse. Des interventions majeures sur le paysage sont nécessaires pour construire et exploiter de grands complexes hôteliers, des terrains de golf et des domaines skiables.

Ces problèmes sont-ils particulièrement aigus en Suisse?
Non, ils ont une dimension internationale. Notre pays ne joue toutefois plus de rôle pionnier en matière de protection du paysage. Dans le domaine de l’aménagement du territoire, les Pays-Bas sont bien plus avancés. Nous avons traité nos sols comme si nous disposions de dix fois la Suisse.

L’adoption de l’initiative sur les résidences secondaires et la décision du Parlement concernant l’aménagement du territoire doivent vous faire chaud au cœur?
Oui, les choses ont plus bougé le mois dernier que durant les dix dernières années. Notre initiative pour le paysage a eu de grands effets. Maintenant, grâce à la population suisse, le Parlement a aussi réagi. On assiste à un véritable changement de paradigme. Il faut maintenant réduire la taille, exagérée, des zones de construction. Le temps est à la densification des centres; il faut d’abord épuiser les réserves de terrains à construire dans les centres. Et s’il faut déplacer des zones à bâtir, ce qui consiste à réduire la valeur financière d’un terrain pour augmenter celle d’un autre, on prévoit désormais de compenser ces changements par le biais d’une taxe sur la valeur ajoutée. Pour nous, cette mesure est importante car, jusqu’à présent, l’Etat devait verser lui-même le montant de la moins-value au propriétaire. Ainsi, pour limiter les frais, peu de terrains passaient de zone à bâtir en zone non constructible.

Pour y parvenir, il faut évaluer la valeur des paysages. Est-ce réellement un point décisif?
Le paysage est bien plus qu’une affaire de goût. Si nous nous heurtons à des difficultés dans le domaine de la protection du paysage, c’est justement parce que beaucoup ne comprennent pas cela. L’Angleterre par exemple considère le paysage comme un bien public qu’il s’agit de préserver, et les décisions concernant son utilisation et sa qualité doivent donc être prises d’entente avec la population. Dans les années 1990, les Anglais ont élaboré à cet effet une Map of England servant de base d’évaluation. Cette carte permet aussi d’évaluer ce qui doit être sacrifié lors de nouvelles constructions. Il manque une telle base en Suisse.

Peut-on vraiment évaluer la valeur d’un paysage?
Scientifiquement parlant, nous évaluons les qualités d’un paysage: sert-il de zone de détente, est-ce un lieu de découverte, dans quelle mesure la population s’identifie-t-elle à lui? On peut ensuite se faire une image plus générale du paysage, en analyser les biens naturels et culturels. Pour cela, nous devons apprendre à connaître les paysages qui nous entourent, et pas uniquement mettre en avant les lieux exceptionnels, comme le Cervin.

On entend souvent dire que la nature, la forêt tout spécialement, s’étend de plus en plus. Pourquoi s’encombrer d’une protection spécifique des paysages?
La forêt est déjà protégée, mais une pression très forte s’exerce sur l’espace agricole, qui est également un espace de détente. On s’est encore très peu intéressé à ce type de paysage. L’aménagement du territoire était jusqu’à présent presque exclusivement axé sur les communes et sur un modèle «église, centre du village, agriculture et forêt». Mais cela ne reflète pas la Suisse actuelle, c’est une image du passé. Ce qui nous manque, c’est une vision globale de l’espace, qui rendrait possible une appréciation plus générale.

Quel idéal faut-il donc viser? Le retour à l’état sauvage?
Un état général idéal n’existe pas, mais il est important qu’un changement s’opère dans les mentalités. Il faut redécouvrir l’amour de la nature et des paysages. Il faut retrouver le sens de la beauté. Nous sommes sur la voie de ce changement. Dans nos villes tout spécialement, il existe de bons exemples: des déserts urbains sont aménagés de manière intéressante. Cela contribue à éveiller l’intérêt pour le paysage, sa beauté, ses mystères, et favorise sa protection.

Concours: gagnez 25 × 2 billets d’entrée au Gala Nature

La Foire Nature se déroulera dans la halle 4 du Centre des congrès (Messe Basel). Cette foire est la principale plate-forme suisse de la consommation responsable et des modes de vie durables, avec des expositions et des animations. Sur le stand de Coop intitulé «Pour la biodiversité. Pour plus de fleurs. Pour plus d’animaux», le public pourra observer comment quinze animaux et plantes profitent de la biodiversité. L’occasion d’apprendre comment apporter sa pierre à l’édifice. Plus d’informations sur: www.natur.ch

Nous faisons gagner 25 × 2 billets d’entrée au Gala Nature du 13 avril. Envoyez un SMS avec NATUR, suivi de vos nom,
prénom et adresse au 2667 (80 ct.) ou participez en ligne sur: www.cooperation-online.ch/concours

Christian Degen

Rédacteur

Publication:
lundi 02.04.2012, 14:46 heure