La parcelle testée n’a été labourée qu’à 5 cm de profondeur, au lieu des 15 à 25 cm habituels.

Agriculture bio: la méthode douce

L’agriculture est responsable de près d’un tiers des émissions de gaz à effet de serre. Les paysans peuvent donc participer au ralentissement du réchauffement climatique.

Culture, érosion des sols, fumure, élevage: l’agriculture pèse aussi lourd que le trafic automobile ou le chauffage dans le bilan écologique. Les rizières en eaux stagnantes, la fabrication des engrais chimiques, l’érosion des sols ou les gaz produits par les bovins, voilà autant de sources de gaz à effet de serre. «Si l’on tient compte du déboisement des forêts, près d’un tiers des émissions proviennent de l’activité agricole», affirme Urs Niggli, directeur de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL)

En renonçant aux engrais chimiques, en cultivant du trèfle et des engrais verts et en combinant grandes cultures et élevage, l’agriculture biologique apporte une contribution non négligeable à la protection du climat. Un bémol cependant: pour lutter contre les mauvaises herbes, l’agriculture bio n’emploie pas d’herbicides, mais travaille le sol mécaniquement. Or labourer nécessite beaucoup d’énergie et détruit la structure du sol. Cela favorise l’érosion et la disparition de l’humus, libérant ainsi du CO2. Et c’est ce gaz carbonique qu’on préférerait laisser dans le sol sous forme d’humus plutôt que de le laisser s’échapper dans l’air. Jusqu’à présent, sans recourir au labourage, l’élimination chimique des mauvaises herbes est la seule solution pour la culture traditionnelle. Et même dans ce cas, la terre y est aussi labourée.

L’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), basé à Frick (AG), a donc collaboré avec des paysans pour étudier les conséquences d’un travail minimal des sols en agriculture biologique. La parcelle testée n’a été labourée qu’à 5 cm de profondeur, au lieu des 15 à 25 cm habituels. Résultat: au cours des sept années du test, la couche d’humus a augmenté de 17% et les organismes vivants ont progressé de 37%! Cela s’est traduit par un meilleur rendement et plus d’argent pour les paysans qui ont participé à l’essai. Cela signifie aussi que le bilan CO2 était meilleur. Sur le champ du test, les émissions de gaz nocifs pour le climat ont diminué de 20%. L’humus a emmagasiné 75% de carbone supplémentaire. La sécurité du rendement a été améliorée. En outre, si les rendements céréaliers ont été inférieurs de 10% à ceux d’une exploitation traditionnelle, les paysans ont vu leurs récoltes augmenter de 26% pour le trèfle, de 34% pour le maïs d’ensilage et de 20% pour le froment après la phase de transition.

«Pour les agriculteurs, une reconversion doit aussi amener des avantages financiers, souligne Paul Mäder, qui a dirigé l’essai, sinon, il devient très difficile de les convaincre du bien-fondé de ce procédé.» Par ailleurs, comme ce type d’exploitation du sol demande moins d’énergie, les machines consomment moins de diesel, d’où une diminution des émissions de CO2.

Et les mauvaises herbes? Il est clair qu’un travail moins intensif du sol laisse plus de plantes adventices, qui se nourrissent au détriment de leurs cousines cultivées. «Néanmoins, la plus grande fertilité des sols a pu compenser ce déficit», résume Paul Mäder. L’agriculteur André Leim-gruber a pour sa part constaté que le moment de travailler le sol était décisif. Si celui-ci est suivi de deux jours de temps chaud et sec, les mauvaises herbes germent beaucoup moins.

Il s’agit à présent de tester à plus grande échelle ce procédé qui a fait ses preuves dans la parcelle test. «Les sols sont différents, et le climat et l’humidité d’une région jouent un rôle crucial», précise Paul Mäder. Ce procédé serait plus propice à la Suisse romande, dont le climat est plus sec. Il apparaît qu’un travail moins intensif du sol permet à l’agriculture biologique d’accroître sa neutralité climatique.

Coop soutient la recherche en agriculture biologique

Grâce au Fonds pour le développement durable Coop vise à améliorer la compatibilité climatique de l’agriculture biologique.

R0-felix-Wehrle-ARTCoopération. Pourquoi Coop soutient-elle des études de longue durée?
Felix Wehrle, responsable de la communication chez Coop. Coop doit d’ici à 2023 diviser par deux ses émissions de CO2 et compenser le reste, pour atteindre la neutralité climatique. Nous soutenons de tels projets, par conviction et pour des raisons de coûts. Le commerce de détail a une responsabilité à plusieurs niveaux: celui des produits, celui des consommateurs et celui de la filière de création de valeur.

Pourquoi la production biologique?
Nous estimons que la Confédération ne soutient pas assez la production biologique et que l’industrie se concentre plutôt sur le génie génétique. Coop a donc décidé de s’investir pour que la production biologique bénéficie d’avancées scientifiques, favorables à la nature.

Priorité à la gamme bio ou à celle à bas prix?
Le bio est ce qui nous tient le plus à cœur. Les produits bio engendrent un chiffre d’affaires dépassant 700 millions de francs, et la tendance est à la hausse. La gamme Prix Garantie arrive à peine à la moitié de ce montant et est en régression. Mais nous n’oublions pas que nous avons aussi une clientèle qui recherche cette ligne de produits.

Fonds Coop pour la durabilité

Soutien à 65 projets

Coop soutient actuellement 65 projets de plus ou moins grande importance. Les montants investis totalisent 15 millions de francs par année. Cette somme permet à Coop de promouvoir une consommation durable en élaborant des solutions innovantes au sein des filières de production. En font partie les projets de recherche, de développement de produits ou de sensibilisation de l’opinion publique déterminants pour la société comme:

  • la recherche fondamentale de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique;
  • le reboisement de la forêt équatoriale;
  • le club pour enfants Krax de la Protection suisse des animaux (PSA).

Liens sur le sujet

www.coop.ch/fonds
Publication:
lundi 20.06.2011, 15:26 heure