Le bateau solaire peut atteindre la vitesse maximale de 11 nœuds, soit environ 20 km/h.

Energie solaire... Autour du monde

Un catamaran suisse de 95 tonnes propulsé exclusivement à l’énergie solaire termine son tour du monde. Il accostera le vendredi 4 mai à Monaco. Une première!

Christophe Keckeis, chef de la sécurité du projet «Tûranor»: «Pour les pirates, le bateau solaire représentait une proie de choix»

Christophe Keckeis, chef de la sécurité du projet «Tûranor»: «Pour les pirates, le bateau solaire représentait une proie de choix»
Christophe Keckeis, chef de la sécurité du projet «Tûranor»: «Pour les pirates, le bateau solaire représentait une proie de choix»

Christophe Keckeis est assis devant son ordinateur. Il étudie les cartes nautiques de la Corne de l’Afrique. L’ancien chef de l’armée suisse marque un point sur la carte. Il vient de se produire un «événement»: un navire vient d’être abordé ou attaqué par des pirates. L’endroit du méfait se situe à une centaine de miles nautiques de la position actuelle du Tûranor. Dans vingt-quatre heures, il passera par ce point.

Christophe Keckeis est le chef de la sécurité du catamaran solaire. C’est à lui de décider si l’équipage doit contourner cette position ou maintenir le cap actuel. Nous sommes le 20 février. Le bateau a quitté le port de Monaco il y a dix-huit mois. Son objectif: être le premier bateau solaire à faire le tour du monde. Vendredi prochain, il rentrera dans le port de Monaco. Le Tûranor aura alors parcouru presque 60 000 km, affronté des grains et des vents contraires… et repoussé des pirates par des tirs de semonce!

L’initiateur de ce projet est Raphaël Domjan. Ce chauffeur d’ambulance et pilote romand a eu l’idée de faire ce tour du monde pour attirer l’attention du public sur la nécessité d’utiliser les énergies alternatives. L’entrepreneur allemand Immo Ströher s’est laissé convaincre de la faisabilité du projet. Psychologue et héritier de la dynastie Wella, Immo Ströher est un ardent défenseur des technologies solaires et l’un des principaux investisseurs de ce projet de 25 millions de francs.

Le bateau solaire mesure 31 mètres de long, 15 de large et pèse 95 tonnes. Une fois en pleine mer, il peut déployer ses panneaux photovoltaïques. Dans cette configuration, le bateau mesure 35 mètres de long et 23 de large. La surface des panneaux totalise alors 537 m², soit à peu près la surface de deux courts de tennis. Ce sont eux qui fournissent l’énergie aux deux hélices et aux batteries.

A la mi-journée, quand le soleil brille, les cellules solaires produisent une puissance d’environ 140 chevaux. Cependant, ce n’est pas la puissance qui intéresse les ingénieurs en premier lieu, mais bien l’énergie produite par les cellules, explique Thomas Schafroth, de l’entreprise Drivetek située à Ipsach, près de Bienne. Drivetek a conçu le système énergétique et le système de propulsion du Tûrnanor et fourni les différents composants. Selon Thomas Schaf-roth, les cellules solaires produisent 600 kWh de courant quand les conditions sont idéales. A titre de comparaison: un ménage suisse moyen sans chauffe-eau électrique consomme environ 11 kWh par jour.

Dans son périple, le Tûranor a doublé le cap du golfe d’Aden, entre la Somalie et le Yémen. Ce qui n’était pas évident vu la menace pirate qui pèse sur la région. «Il y avait certes la possibilité de se joindre à un convoi escorté par l’armée pour traverser le golfe sans trop craindre d’attaques, mais ces convois naviguent à au moins 18 nœuds», souligne Christophe Keckeis. Or le Tûranor ne peut pas naviguer aussi vite. Sa vitesse maximale est d’environ 11 nœuds, soit 20 km/h. Le projet risquait donc de capoter peu avant de se terminer. Christophe Keckeis a alors décidé de faire protéger le bateau par une entreprise privée d’Abu Dhabi. Ce catamaran futuriste a cependant un avantage: sa signature radar est très réduite, donc difficilement repérable…

Les prochaines sorties du Tûranor? «Il pourrait servir à des fins touristiques, répond Raphaël Domjan. La décision n’est pas encore arrêtée. C’est le propriétaire du bateau, Immo Ströher, qui décidera de l’avenir du catamaran.»

Les Journées du Soleil: fascinante énergie solaire

Du 4 au 13 mai se tiendra la nouvelle édition des Journées du Soleil. Swissolar, l’Association suisse des professionnels de l’énergie solaire, organise quelque 200 manifestations dans toute la Suisse sur le thème de l’énergie solaire. Parmi les organisateurs de manifestations: des Cités de l’énergie, des entreprises, des privés, des écoles et des fournisseurs d’énergie. Le programme des manifestations organisées près de chez vous peut être consulté sur: www.tagedersonne.ch

La pluie et le beau temps ne sont pas des sujets anodins

Raphaël Domjan (à dr.) et derrière lui, le bateau solaire «Tûranor».

Raphaël Domjan (à dr.) et derrière lui, le bateau solaire «Tûranor».
Raphaël Domjan (à dr.) et derrière lui, le bateau solaire «Tûranor».

Dans quelques jours, le «Tûranor» accostera à Monaco. Rencontre à bord avec Raphaël Domjan, l’initiateur du projet.

Coopération. Tout va pour le mieux en ce moment?
Raphaël Domjan. Presque tout. Nous nous approchons de Naples et le temps est mauvais. A pleine charge, nos batteries nous permettent de naviguer deux à trois jours. En ce moment, elles sont à la moitié de leur capacité.

Pour vous, la pluie et le beau temps ne sont pas des sujets de conversation anodins?
Non, pas tout à fait. Le mauvais temps signifie moins d’énergie, et c’est le cas depuis plusieurs jours. Le temps détermine notre vitesse et notre route.

Les plus belles étapes?
La traversée de l’isthme de Panama a été fantastique. La Polynésie et l’île de Rocky Island au sud de l’Egypte étaient également magnifiques.

Les plus gros problèmes rencontrés?
Le financement. J’ai mis quatre ans à trouver les deux principaux sponsors, Candino et Immosolar.

Votre plus grande joie à l’arrivée?
Retrouver ma famille, revoir les montagnes et manger une fondue ou une raclette.

Thomas Compagno

Rédacteur

Publication:
lundi 30.04.2012, 10:59 heure