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Chaque incision dans un hévéa donne près de 30 g de latex par jour, soit 10 g de caoutchouc.

Le caoutchouc des arbres de la plantation Frocester au Sri Lanka porte le label FSC.

Kitman (67 ans), ouvrier agricole, travaille sur la plantation de caoutchouc depuis sa jeunesse.

Récolte de latex: un rude travail

Du caoutchouc équitable issu d’une économie forestière écologique: depuis 2006, c’est une réalité au Sri Lanka. Voici des nouvelles de la plantation Frocester.

Martin Kunz, Fair Deal Trading: «Les premières primes de commerce équitable ont permis d’amener l’eau courante dans vingt ménages».

Martin Kunz, Fair Deal Trading: «Les premières primes de commerce équitable ont permis d’amener l’eau courante dans vingt ménages».
Martin Kunz, Fair Deal Trading: «Les premières primes de commerce équitable ont permis d’amener l’eau courante dans vingt ménages».

Le jour se lève sur le Sri Lanka. Alors que le soleil commence paisiblement sa course à l’horizon, dans la plantation Frocester, les premiers ouvriers sont déjà à l’ouvrage. L’un d’eux, Kitman, passe d’un hévéa à l’autre et entaille leur écorce avec un couteau spécial. Sous l’incision, il fixe un petit récipient pour recueillir le liquide laiteux qui s’en échappe: c’est du latex.

Kitman peut traiter jusqu’à 300 arbres par jour; chacun fournit près de 30 g de latex. Le rendement maximum est donc de l’ordre de 9 kg, la proportion effective de caoutchouc représentant environ un tiers de cette quantité. Le travail est rude. Kitman a fait ça toute sa vie. «Cet homme de 67 ans travaille ici depuis sa jeunesse, précise Martin Kunz, de l’organisation commerciale Fair Deal Trading. Et il ne faut pas lui dire de s’arrêter!»

Martin Kunz connaît bien la situation et la plantation. Il connaît aussi les gens et, bien sûr, Kitman. La famille de ce dernier est considérée comme bien lotie dans le contexte sri-lankais: «Ses sept fils et ses deux filles ont tous du travail. La famille a ainsi pu mettre de côté et transformer l’humble demeure que la plantation lui a mise à disposition.» Mais il n’y a toujours pas d’eau courante. Il y a bien une fontaine tout près, mais la qualité de son eau n’est pas vraiment satisfaisante et les troubles gastriques et intestinaux ne sont pas rares.

C’est ici que Martin Kunz et Fair Deal Trading entrent en jeu. En 2006, cette organisation spécialisée dans le commerce équitable a conclu un accord avec les propriétaires de la plantation, le premier de son genre pour le caoutchouc naturel ou le latex. «Nous avions besoin de matière première pour fabriquer des chaussures de sport fair trade. Nous avons donc versé un supplément de 50 ct. d’euro par kilo, par rapport au prix de la Bourse.»

Parallèlement, la direction et les ouvriers de la plantation Frocester ont créé une association devant décider de l’utilisation des fonds gagnés en sus. «Les premières primes de commerce équitable ont ainsi permis d’installer une pompe et d’amener l’eau courante dans vingt ménages, dont la maison de Kitman», ajoute Martin Kunz.

D’autres projets ont permis d’améliorer les conditions de vie et de travail des gens. On a par exemple rénové une salle de repos et de détente pour les ouvriers de la plantation, incluant un espace destiné aux repas, un vestiaire pour les ouvrières et de meilleures installations sanitaires.

Mais revenons au latex liquide: il n’est pas seulement commercialisé de manière équitable, il est encore certifié FSC. En d’autres termes, la plantation Frocester est une exploitation de caoutchouc gérée sur la base de critères sociaux autant qu’écologiques et durables. Cette philosophie – avec les exigences qui en découlent – est évidemment appliquée à toute la filière, ainsi qu’aux produits qui en sortent.

Outre les chaussures de sport équitables certifiées FSC évoquées plus haut, on fabrique des tapis de douche et de bain, ainsi que des ballons de football pour Coop à partir de ce latex. Pour de plus amples informations:

www.fairdealtrading.de
www.helvetas.ch

Latex équitable

Coop fait œuvre de pionnier grâce à la collaboration avec Helvetas. Les explications de Carine Boetsch, responsable «Fairtrade» chez Coop.

Coopération. Depuis peu, Coop est la première enseigne du commerce de détail suisse à proposer des articles en caoutchouc équitables et certifiés FSC. Comment ce projet a-t-il vu le jour?
Carine Boetsch. Coop participe à différents projets d’entraide dans le monde entier. Nous collaborons depuis longtemps avec l’œuvre d’entraide suisse Helvetas. Et c’est elle qui a suggéré à Coop d’acheter des produits contenant du caoutchouc, comme des tapis de bain ou des ballons, commercialisés équitablement. En outre, avec Fair Deal Trading, Helvetas disposait déjà d’un partenaire qui pouvait livrer ces articles. Nous ne pouvions pas refuser une telle proposition.

Si le caoutchouc provient d’une plantation gérée équitablement au Sri Lanka, qu’en est-il des transformateurs?
Les conditions sont les mêmes. Pour la production des ballons, la certification Fairtrade/Max Havelaar permet de garantir que le salaire des couseurs est correct, que les conditions de travail sont justes et qu’il n’y a pas de discrimination ni de travail fait par des enfants.

Est-ce aussi le cas pour les tapis en caoutchouc, car ils n’arborent «que» la certification FSC?
En fait, ils ne sont pas encore labellisés «équitables». Toutefois, grâce à notre partenaire Fair Deal Trading et à Helvetas, qui supervise, l’aspect équitable est aussi garanti: les ouvriers de la plantation de latex reçoivent une prime fair trade de 50 ct. d’euro par kilo de caoutchouc; ils en font ce qu’ils veulent.

Economie forestière: le label FSC, c’est quoi?

Chaque jour, de vastes surfaces forestières sont déboisées ou détruites par des incendies volontaires. Or les forêts tropicales stockent de grandes quantités d’eau et de CO2. Leur destruction a donc un impact particulièrement néfaste sur le climat. Les articles en bois certifié FSC (Forest Stewardship Council) proviennent d’une exploitation forestière contrôlée, respectueuse de l’environnement et socialement responsable. On renonce à toute exploitation effrénée, aux coupes rases, aux engrais chimiques, aux pesticides et aux OGM, tandis que la biodiversité est préservée et que les droits des populations locales sont respectés. Coop est mem-bre du WWF Global Forest & Trade Network et promeut l’utilisation de bois FSC; 75% des articles en bois vendus chez Coop – et 100% des articles Oecoplan – sont certifiés FSC

www.fsc-suisse.ch
www.wwf.ch/gftn
René Schulte

Rédacteur

Photo:
Keystone
Publication:
lundi 07.05.2012, 08:00 heure

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