Une battante qui déteste la routine

La Gruérienne travaille au quotidien, avec sa fondation, pour l’hôpital créé en 2004 au Népal dans une vallée himalayenne. Rencontre avec une femme solide comme un roc.

Rencontre

C’est à la sortie de Charmey, direction Jaun, que Nicole Niquille nous accueille dans sa maison. L’ancien galetas transformé en appartement offre un vaste espace lumineux et chaleureux. «Mes parents avaient acheté en 1982 cette maison qui date du XIXe siècle. J’y ai habité jusqu’en mai 1994, date de l’accident qui m’a fait perdre ma mobilité. Ça s’est passé juste derrière chez moi: je cueillais des morilles, un petit caillou qui s’est détaché de la falaise m’a blessée à la tête, causant un grave traumatisme cranio-cérébral. En 2011, je suis revenue à Charmey avec mon mari Marco, après avoir tenu pendant quatorze ans une auberge au lac Tanay, en Valais, à 1400 m d’altitude.»

Nicole Niquille et son amie népalaise Mingma Sherpa, qui était en visite chez elle à Charmey.

Népal

Première Suissesse guide de montagne diplômée en 1986, Nicole Niquille a ensuite été la première femme au monde à atteindre sans oxygène l’altitude de 8000 m sur le K2. Elle a gravi des sommets de l’Himalaya notamment avec Erhard Lorétan, qui fut son compagnon. «Je suis très attachée au Népal et en 2004, avec mon mari, nous avons créé une fondation à but humanitaire et construit un hôpital à Lukla, à 2850 m, dans la vallée qui mène à l’Everest. Il n’y avait pas d’électricité, on a fait une microcentrale hydraulique à partir de la rivière. L’hôpital a 25 lits, une salle d’opération et une salle d’obstétrique. Il dessert un bassin de population de 10 000 personnes.»

Famille

Nicole Niquille a une sœur jumelle, Françoise. Elles ont une sœur et un frère cadets. Leur maman, Anne-Marie, que tout le monde appelait «Cocolette», vient de décéder à 92 ans, à la fin d’avril. «Elle vivait au rez-de-chaussée de cette maison, nous étions très proches. En fait on est une tribu, on se serre les coudes. Toute la famille m’a beaucoup aidée après mon accident en 1994. Au départ j’étais tétraplégique et dans l’impossibilité de parler, j’ai fait vingt mois de réhabilitation à Bâle. Avec ma sœur jumelle, qui habite aussi Charmey et a cinq filles, c’est assez fusionnel. On se voit souvent et on se donne des nouvelles chaque jour!»

«En 1994, l’accident s’est produit juste derrière la maison. Ce n’est pas la falaise qui est fautive, et ça ne va pas se reproduire!»

Ménage

«Le positif de mon accident, c’est que je ne peux plus repasser ni passer l’aspirateur! Ma famille m’a
offert un robot aspirateur, baptisé «Nestor» qui va se recharger lui-même. Je donne le repassage à une fille de la région ou à mes nièces qui se font des sous comme ça, et une femme de ménage vient tous les quinze jours. Je ne veux pas que mon mari fasse le ménage, il est déjà souvent mon chauffeur vu que je ne conduis plus, ça suffit. Je peux aussi compter sur un réseau de gens pour me déplacer. Au Népal, il n’y a pas de sentiers donc je ne peux pas rouler – sauf dans l’hôpital. J’ai toujours mes deux fidèles porteurs, un pour la chaise et un pour moi.»

Caractère

«Je mets mon énergie pour voir le bon côté des choses. C’est dû à mon éducation et à l’école de la montagne où rien n’est jamais facile – même quand on a atteint le sommet, il y a encore toute la descente, il faut de la persévérance et de l’autodiscipline. J’ai peut-être la chance d’avoir un caractère positif et une capacité de résilience. Je suis une battante. Mais je ne donnerais pas ma place à ceux que j’aime, ce n’est pas un cadeau! Je suis pourtant contente de ce qui m’arrive. L’accident m’a permis de connaître Tanay qui est tellement beau, de rencontrer mon mari, d’avoir créé l’hôpital à Lukla et établi de merveilleux contacts avec les Népalais, en particulier l’ethnie des sherpas.»

Cuisine

«Parler de mon quotidien, c’est parler d’aujourd’hui, parce qu’il n’y a pas d’habitudes et d’ailleurs je déteste la routine, dit Nicole Niquille. Avec Marco, c’est rare qu’on déjeune. On ne mange qu’une seule fois par jour, quand on a faim. Ça peut être à 17 h, ou alors on sort au restaurant, ou bien je cuisine. Cette cuisinière à bois me plaît parce qu’elle va à mon rythme. Je peux lancer une potée de légumes le matin, une choucroute ou du salé, ça cuit gentiment et moi pendant ce temps je fais ce que j’ai à faire. On adore le bouilli au feu de bois! J’aime aussi beaucoup aller manger des fruits de mer, ou de la cuisine aux petites herbes chez Judith Baumann.»

«Cette cuisinière à bois me plaît parce qu’elle va à mon rythme.»

Actualité

La présidente de la Fondation Nicole Niquille est souvent en route pour récolter des fonds. Elle donne notamment des conférences. «Je raconte la première partie de ma vie, ma reconversion et l’hôpital de Lukla. Tout le capital que j’ai reçu à cause de mon invalidité, je l’ai mis dans ce projet. L’hôpital est entièrement financé par des fonds privés. Il nous faut 260 000 francs par année pour le faire tourner. La responsabilité administrative est en mains népalaises, sous la surveillance active de la fondation en Suisse, où nous sommes tous bénévoles. Le but est qu’à très long terme, l’hôpital soit autonome. C’est le travail d’une équipe, seule je n’aurais rien fait du tout.» Voir l’agenda des conférences sur:

www.hopital-lukla.ch

Portrait

Parcours. Nicole Niquille, née le 13 mai 1956 à Fribourg, a grandi à Charmey. Institutrice, elle a
enseigné pendant cinq ans avant de choisir la montagne.

Russie. «Jean Niquille, son père décédé en 1984, jouait de la musique russe. Il avait eu un grand-oncle précepteur des neveux du tsar Nicolas II.»

Sherpas. «J’aime leur joie de vivre, leur éthique, leur vie près de la nature. Il y a beaucoup de similitudes entre les gens de la montagne ici et au Népal.»

Erhard Lorétan. «Je ne crois toujours pas qu’il est mort… J’étais au Népal quand c’est arrivé, le 28 avril 2011. Il fait partie de mes anges gardiens.»

Bureau. «Mon bureau est tout en haut, sous le toit. Par une des fenêtres je peux voir les chevreuils, par l’autre les chamois.»

Amour. «J’ai connu Marco Vuadens car il était responsable des installations électriques de l’auberge du Lac.

Tanay. On s’est mariés en 2000.»

Dégâts. «En septembre 2011, l’hôpital de Lukla a été en partie détruit par un séisme. La solidarité financière là-bas et ici a permis de le reconstruire.»

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