Pour le patrimoine végétal et animal

Au-dessus de Trun (GR), un couple a choisi de vivre en autarcie. Son but: travailler pour une agriculture différente afin d’endiguer l’appauvrissement du monde animal et végétal.

Le jardin de démonstration des Weber suscite l'admiration des visiteurs.

Allez, un petit test: combien de variétés de légumes pouvez-vous citer sans réfléchir? Un petit sondage réalisé par le soussigné a donné tout juste sept! Vous avez bien lu: sept! Voilà de quoi faire sourire Christian et Ursula Weber. Mais sans les amuser vraiment. Pour ce couple, ce n’est qu’une confirmation de plus que la biodiversité n’a pas la cote.

A 1000 m d’altitude, au-dessus de Trun (GR), les Weber entretiennent un jardin de démonstration Pro Specie Rara (PSR) (voir encadré). Alors que la plupart d’entre nous se satisfont plus ou moins, semble-t-il, de sept sortes de légumes, ce jardin compte à lui seul sept variétés de carottes. Chacune a une couleur et un goût propres.

«Jardin de démonstration» n’est donc pas tout à fait la bonne expression. Si les Weber cultivent plus d’une centaine de plantes utiles, ce n’est pas seulement pour le plaisir des yeux: «Nous vivons de notre terre, de nos plantes et de nos animaux PSR.»

Ce petit monde comprend des porcs laineux, des chèvres rayées des Grisons, des moutons de l’Oberland grison ou des poules suisses. Avant que d’aucuns ne s’avisent de parler de «sensiblerie», précisons que tous les animaux sont abattus quand le moment est venu. Comme les légumes, ils finissent sur les tables de l’Hospézi, l’auberge campagnarde qui complète l’ensemble formé par l’exploitation agricole et le jardin de démonstration.

Quant à la cuisine des Weber, elle a reçu le «Premio Slow Food», une distinction qui, pour les connaisseurs, vaut bien plus que des étoiles ou des points. En effet, le travail du couple s’inscrit dans l’esprit du mouvement Slow Food et de PSR, par la mise en valeur des denrées qu’il cultive lui-même sur sa propre exploitation.

Pour donner une chance aux anciennes espèces végétales et animales, il faut les utiliser.  Le couple fait tout lui-même de A à Z et la journée standard de travail est de 15 heures. Beaucoup se demandent si ça vaut la peine d’élever des poules suisses PSR qui ne pondent «que» 200 œufs par année, au lieu de 366. Si c’est bien raisonnable de cultiver des céréales ou des arbres fruitiers à moindre rendement. Est-ce plus sensé que les variétés hybrides ou OGM modernes? Christian Weber n’hésite pas une seconde: «Nos animaux vivent de ce que produit la ferme et n’ôtent pas la nourriture de la bouche des pauvres de ce monde, sous la forme de soja et de maïs importés. Les plantes PSR appartiennent aux paysans et ne sont pas brevetées par une entreprise agrochimique.»

Plantes brevetées? Les Weber savent très bien ce que cela veut dire: «De la semence aux produits de lutte phytosanitaire, en passant par les engrais, les paysans sont dépendants des multinationales agro-alimentaires.» Or, dans son rapport annuel sur l’agriculture mondiale, l’ONU rappelle qu’il faut venir à bout de la faim dans le monde avec les cultures vivrières, et non avec l’agriculture industrialisée.

On peut tout de même se demander si la spécialisation de la paysannerie ne reviendrait pas moins cher. Christian Weber secoue la tête: «Si j’engraisse 500 poules hybrides en six semaines à tel point qu’elles n’arrivent pratiquement plus à marcher, ces bêtes ne sont plus des êtres vivants, mais une marchandise. Ce serait contraire à toutes les idées que défendent PSR et le mouvement Slow Food.»

www.hospezi.ch

Coop s’engage pour une production durable. A ce titre, elle soutient Slow Food et Pro Specie Rara.

Le mouvement Slow Food a vu le jour en 1986 en Italie. Son but est d’allier le plaisir culinaire à une production durable. Coop soutient les nouveaux projets Slow Food par la vente de spécialités afin de maintenir des filières de production de denrées de choix, menacées de disparition. Depuis plus de vingt-cinq ans, la Fondation Pro Specie Rara (PSR) s’engage pour la sauvegarde des plantes cultivées et des races d’animaux de rente traditionnelles. PSR gère des jardins de démonstration, fermes de l’Arche, parcs animaliers et marchés de plantons dans toute la Suisse. Coop apporte son soutien à la fondation depuis 1999. Grâce à cette coopération, on trouve des légumes PSR – comme des anciennes variétés de tomates ou de pommes de terre – sur les étals des magasins Coop. Par leurs couleurs, leurs formes et leur saveur intense, ces produits viennent enrichir jardins et cuisines.

www.coop.ch/prospecierara
www.coop.ch/slowfood
Geoffrey Raposo

Médiamaticien

Publication:
vendredi 25.05.2012, 10:11 heure