Oiseaux: le climat influence leur envol

Nous sommes encore en été, mais il existe un endroit qui a déjà passé à l’heure d’hiver. Dans les années 1950, des ornithologues ont découvert qu’un très grand nombre d’oiseaux migrateurs passent par le col de Bretolet (VS) lorsqu’ils partent vers le sud.

Lukas Jenni, directeur scientifique de la station ornithologique de Sempach

Lukas Jenni, directeur scientifique de la station ornithologique de Sempach
Lukas Jenni, directeur scientifique de la station ornithologique de Sempach

C’est pourquoi la Station ornithologique de Sempach gère depuis 1958 une station de baguage sur ce col valaisan situé tout au fond du val d’Illiez. Pas moins de 316 mètres de filets y sont tendus pour capturer les oiseaux en vol. Il faut un peu de patience pour les en extraire: «Quand on les tient correctement dans la main, ils restent tout à fait calmes», constate Lukas Jenni, directeur scientifique de la station ornithologique. Chaque oiseau est identifié et bagué, et on note l’heure et la date de la capture.

Les oiseaux sont bagués par des professionnels de la station ornithologique, mais ce sont des bénévoles qui vont les sortir des filets. Certains font un séjour hebdomadaire, d’autres restent plusieurs semaines. Amour de la nature, de l’ornithologie, soif de savoir ou occupation de son temps libre: les motifs sont aussi variés que les candidats. La station reçoit des inscriptions de Grande-Bretagne et de Finlande, de Vienne et de Berlin, et naturellement de toutes les régions de Suisse.

Ils sont jeunes ou moins jeunes, artisans, étudiants. Le Bretolet a même accueilli une femme pasteur. «Par rapport à autrefois, la proportion des femmes a nettement augmenté», fait remarquer Lukas Jenni. Mais sinon, ça n’a pas beaucoup changé depuis les débuts. Les filets sont contrôlés toutes les heures, jour et nuit, car il ne faut pas laisser les oiseaux exposés aux aléas de la météo, même s’ils ne peuvent pas se blesser dans les filets.

La moyenne saisonnière des captures est de 12 000 oiseaux. Le record absolu est de 25 000. C’est beaucoup quand il faut aller les retirer des filets et les baguer, mais peu comparé au nombre total. Le scientifique estime que ce chiffre ne représente même pas un millième des oiseaux qui survolent le col. Souvent, de nombreux oiseaux de la même espèce se prennent dans les filets le même jour. Cinq cents pinsons des arbres, cela peut parfois devenir lassant. Mais la visite inattendue d’un oiseau rare est une source d’excitation. Ainsi, l’année dernière, un pouillot verdâtre a été trouvé dans les filets. C’était la première fois que cette espèce était observée en Suisse.

Lukas Jenni et son équipe ont découvert que les plans de vol de bien des espèces se sont modifiés. Certaines partent plus tôt, d’autres plus tard. Ce qui semble contradictoire de prime abord est en fait le résultat d’un seul et même phénomène: le réchauffement climatique, explique Lukas Jenni.

En effet, les espèces capables d’élever une ou deux nichées partent plus tard. Le départ des étourneaux est ainsi retardé de dix jours, celui des pinsons du Nord de douze et celui des mésanges bleues même de seize jours. En revanche, les espèces dont la destination se trouve au sud du Sahara, dans des régions de plus en plus touchées par la sécheresse, partent plus tôt. Plus tôt les oiseaux atteignent leur but, plus les conditions y sont humides et la nourriture abondante. «C’est ainsi que le gobe-mouche noir, le pouillot fitis et la fauvette des jardins nous quittent maintenant, presque une semaine plus tôt qu’il y a cinquante ans.»

Une protection des oiseaux qui porte ses fruits

Depuis 1924, la Station ornithologique suisse de Sempach s'investit dans la défense des espèces menacées.

La Station ornithologique suisse à Sempach (LU) est une fondation privée financée par des dons. Elle a été créée en 1924 comme centrale de baguage pour la recherche sur les migrations d’oiseaux. Mais la principale fonction de la Station ornithologique de Sempach est d’évaluer la santé de l’avifaune suisse ainsi que de recenser d’éventuels changements dans les populations. Elle s’emploie aussi à trouver les causes de ces changements. Il s’agit de mettre en valeur les informations recueillies.

Cette année, 53 couples de vanneaux huppés ont niché au Wauwilermoos (LU). Ce nombre n’avait plus été atteint depuis des décennies. Cet oiseau, qui niche au sol, est particulièrement menacé. Ce taux élevé de reproduction n’a été possible que grâce à la collaboration des agriculteurs locaux. «Ce résultat montre que la protection d’espèces menacées peut tout à fait être compatible avec la production agricole», souligne Lukas Jenni.

Bénévoles

Une manière de s'engager

Le travail de la Station orni- thologique de Sempach serait bien plus ardu sans l’aide de ses bénévoles. Elle en compte environ 1700. Selon une étude, ces derniers consacrent 90 000 heures par année à la station: ils communiquent leurs observations, recensent les territoires des oiseaux nicheurs et, en hiver, ratissent les lacs à la recherche des oiseaux migrateurs. La plupart dispose de connaissances de base en ornithologie. Toute personne souhaitant collaborer bénévolement avec la station ornithologique peut se renseigner en consultant son site Internet (www.vogelwarte.ch).

Il est également possible de s’engager auprès d’une association locale de protection de la nature et des oiseaux proche de chez soi. Une liste de ces associations est disponible auprès de l’Association suisse pour la protection des oiseaux ASPO/Birdlife Suisse.

Liens sur le sujet

La Station ornithologique suisse de Sempach
Antoinette Schwab

Rédactrice

Photo:
Alamy
Publication:
mercredi 31.08.2011, 12:08 heure

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