Grâce au café issu du commerce équitable, Rosario Valle, productrice de café, gère sa vie et celle de sa famille en ayant des perspectives d’avenir.

Nicaragua: des femmes courageuses

Grâce au café du commerce équitable, l’avenir au Nicaragua n’est plus simplement noir.

Dans la cuisine de Rosario Valle à El Horno di Pilto, un village perdu dans le nord du Nicaragua, on peut boire le meilleur café du monde. Cela n’est pas seulement dû au café, mais aussi à l’aura de cette Cafetalera de 52 ans, comme on appelle là-bas les productrices de café. C’est avec assurance que Rosario Valle parle de ses modestes origines, de sa famille dont elle est fière et de sa vie de productrice de café. Il n’en a pas toujours été ainsi: «Autrefois, je n’aurais jamais osé lever les yeux en présence d’un étranger.» Autrefois, c’est-à-dire à l’époque de la dictature d’Anastasio Somoza.
Lors de la révolution sandiniste, les hommes ont pris le maquis. De petits producteurs de café, ils sont devenus rebelles et les femmes ont dû endosser la responsabi-lité du ménage et assurer la survie de la famille. «La guerre et son cortège de tragédies nous ont apporté une chose: la confiance en soi.»
Cette confiance s’est encore renforcée en 1993 par la créa­tion de Prodecoop, l’or­ga­nisation faîtière fondée par 3200 petits producteurs de café. «Prodecoop nous assure une rémunération équitable pour un café de bonne qualité; jusqu’à présent, il en était autrement, tout autrement.» Elle raconte que son sort était lié pour le meilleur et pour le pire, mais plutôt pour le pire, aux Coyotes, de tristes intermédiaires qui achetaient le café pour le compte de multinationales.

Les Coyotes venaient avec une poignée de dollars – quand ils venaient – alors que Prodecoop est là toute l’année pour ses membres. L’organisation d’entraide construit des écoles, organise des cours de perfectionnement et aide les femmes et les familles. Elle a été fondée par une femme. Il ne faut donc pas s’étonner de voir une femme occuper le poste de responsable des ventes, un cas rare dans les autres pays d’Amérique centrale.
Il s’agit de Ligia Lopez et elle explique pourquoi Prodecoop fait entière confiance aux femmes: «Elles sont plus responsables. Quand elles disent oui, elles vont jusqu’au bout.»
Et les fonds destinés au soutien des femmes, d’où viennent-ils? Il faut aussi renouveler les plantations de café, construire des cabinets médicaux et procéder aux examens de prévention du cancer du sein… «Une grande partie de l’argent provient de la prime sociale promise par contrat aux petits paysans à qui a été accordée la certification Commerce équitable de Max Havelaar», précise Ligia Lopez. En contrepartie, les paysans doivent respecter des critères écologiques et qualitatifs bien précis.

L’utilisation du bénéfice tiré de la vente du café et des primes est décidée de manière démocratique. En 2011, les 2300 mem­bres de Prodecoop ont reçu 400 000 dollars de prime en sus du prix du café proprement dit. Cela ne fait que 174 dollars par famille de producteur. «C’est peu, ajoute Ligia Lopez. Ici, de nombreuses familles vivent avec 2 dollars par jour. Beaucoup ont faim et la tentation est grande de dépenser l’argent en biens de consommation.» Mais au lieu­ de cela, les recettes sont investies dans des projets d’avenir. Cela permet à des femmes d’ouvrir un petit magasin grâce à l’attribution d’un  crédit, à d’autres d’acqué­rir des poules pour varier le menu quotidien fait de galettes de maïs, de haricots noirs et de riz.
«Ce n’est pas énorme, mais le commerce équitable nous aide à survivre. De nombreuses familles ne se­raient plus là depuis longtemps s’il n’y avait pas le café du commerce équitable.» Equitable? Pour que les petits producteurs puissent bien vivre de la culture du café, il faudrait que, dans des pays comme la Suisse, le prix soit multiplié par trois…

A El Horno di Pilto, Rosario sert un café qui a été produit sur ses propres terres. Sa fille confectionne des tortillas de maïs. Les petits-enfants attendent de se mettre à table. Les hommes vont bientôt rentrer des plantations de café. «Pour nous, il est important que les gens du Nord sachent que derrière chaque tasse de café, il y a beaucoup de travail, d’amour et toute une famille.»

Max Havelaar

Une chaîne équitable

La Fondation Max Havelaar (Suis­se) décerne le label de qualité Fairtrade à des matières premières provenant de régions défavori-sées du Sud, à condition qu’elles soient pro­duites et commercialisées dans le respect de normes sociales et écologiques strictes. Les paysans reçoivent pour leurs produits un prix minimum garanti ainsi qu’une prime Fairtrade destinée à financer des projets communautaires. Le contrôle des producteurs et de la filière est réalisé par FLO-Cert, un organisme indépendant. Les
renseignements sur l’origine et le producteur des produits figurent sur l’emballage, s’il est assez grand; sinon, on peut consulter le site Internet de Max Havelaar grâce au code de traçabilité (FLO-ID).

Liens

www.coop.ch/maxhavelaar
www.maxhavelaar.ch