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Cerises bio: délicieuses et précieuses

Au bord du lac de Constance, rencontre entre un producteur de cerises bio, des renards et des journalistes gourmands.

Elles vous mettent l’eau à la bouche, mais les bonnes manières vous retiennent. Tout à coup, vous n’y tenez plus et vos mains s’avancent toutes seules pour se saisir de ces cerises rouges et noires, brillantes et rebondies. Andreas Andermatt est tout sourire: «Allez-y! Il y en a assez.»
Ce n’est pourtant pas le cas à l’échelon du pays, car les cerises bio d’aussi bonne qualité sont rares. Même si les cerisiers de Steinach (SG), au bord du lac de Constance, ploient sous le poids de la récolte. C’est un miracle, en fait, quand on songe aux maladies fongiques, mouches de la cerise, pucerons et autres ravageurs auxquels l’agriculteur et ingénieur agronome Andreas Andermatt est confronté jusqu’à ce que les fruits soient mûrs et fermes à souhait. Sans parler des longues journées de pluie où, alors que ses collègues qui pratiquent l’arboriculture traditionnelle recourent à des traitements chimiques, le paysan bio doit affronter seul la situation.
Seul? Pas tout à fait. Entre les arbres sont suspendus des pièges à mouches, les larves de coccinelles se révèlent efficaces contre les pucerons et le compost et les engrais organiques remplacent la chimie pour nourrir le sol.

Andreas Andermatt ne  voit pas ici de combat: «En agriculture biologique, on ne cherche pas à «éliminer des ravageurs», mais à établir un équilibre avec les organismes auxiliaires.» D’ailleurs, l’agriculteur n’entreprend rien contre la renarde qui vient se repaître de cerises avec sa progéniture. «Ils aiment les cerises encore plus que la viande», explique-t-il. Et quand notre homme ne sait plus que faire, un spécialiste de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) lui dispense ses conseils.
Ça n’a pas toujours été le cas. Il y a vingt ans, lorsqu’il a converti l’exploitation paternelle en agriculture biologique, les aides techniques étaient à peine développées, les connaissances encore peu étayées et le soutien de l’Etat inexistant. Pour le consommateur, le bio était encore
assez inhabituel, voire carrément exotique.
Deux décennies plus tard, beaucoup de choses ont changé. «Il existe des produits phytosanitaires biologiques, de nouvelles variétés de cerises plus résistantes à certaines maladies, et surtout, j’ai acquis une grande expérience.» Andreas Andermatt a en outre consenti des investissements, par exemple en recouvrant tous ses vergers d’une toiture abritant les cerises de la pluie, qui pourrait les faire éclater ou pourrir.

Pour lui qui cultive aussi des herbes aromatiques, des légumes et d’autres fruits, la règle d’or de l’agriculture biologique est l’observation: «Si tu ne remarques pas suffisamment tôt que quelque chose ne va pas, le train est déjà passé.» Et qu’est-ce qui motive ce paysan bio à prendre tous ces risques? «J’ai la profonde conviction que des aliments sains produits en respectant l’environnement ont un avenir auprès du consommateur», explique ce père de deux filles auxquelles il compte bien laisser en héritage des terres fertiles et une eau propre. «L’agriculture biologique ne se justifie pas uniquement au plan écologique, mais aussi économique. Le consommateur suisse est devenu plus sensible aux problématiques de l’environnement et de l’alimentation: même en temps de crise, il est resté fidèle à l’agriculture biologique.»
Cependant, l’acheteur est exigeant – et il a raison de l’être, estime Andreas  Andermatt. Il y a longtemps que le label bio ne suffit plus. Ses cerises doivent aussi être savoureuses, grosses, belles, sucrées et croquantes. Et elles le sont! C’est pourquoi photographe et journaliste ne se font pas prier pour en reprendre une poignée!

Bio Suisse, le FiBL et le Fonds Coop pour le développement durable lancent un projet de promotion de la culture de fruits à noyaux bio, notamment les cerises de table.

La demande de cerises de table bio du pays n’est de loin pas couverte. Et l’on peut s’attendre à ce que cette demande augmente», dit  Andreas Häseli de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL). Une dizaine d’hectares de cultures supplémentaires seraient nécessaires rien que pour répondre aux besoins à court et à moyen terme de Coop.
C’est pourquoi le Fonds Coop pour le développement durable soutient un projet de Bio Suisse et du FiBL. Ce projet recouvre toute la filière, du paysan au commerçant en passant par la recherche et la promotion de la qualité, la vulgarisation et la planification de l’écoulement des produits. «Pour l’instant, le principal enjeu est de garder les producteurs existants et d’en gagner de nouveaux à la culture de cerises bio. La communication et les conseils apportés aux exploitations sont très importants», explique Andreas Häseli. En parallèle, la recherche doit permettre d’améliorer encore la sécurité des rendements. Ici les mots-clés sont: régulation directe et indirecte des maladies et des ravageurs, choix des variétés, nutrition des plantes et analyses d’économie d’entreprise.

Le Fonds pour le développement durable permet à Coop de soutenir plus de 60 projets, des aides qui se montent annuellement à 15 millions de francs. Des solutions innovatrices et la sensibilisation de l’opinion publique permettent de promouvoir des initiatives pionnières en faveur de la durabilité, par exemple: la recherche fondamentale de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) sur la neutralité climatique des grandes cultures; le reboisement de la forêt équatoriale et la rationalisation de l’utilisation de l’eau dans la production de cacao; le club pour enfants Krax de la Protection suisse des animaux (PSA).

www.coop.ch/fonds