1 von 5


Les surfaces sont des espaces de vie importants: pour le rouge-queue à front blanc, l’échiquier, l’orvet, le capricorne et la salamandre tachetée.




Précieuse biodiversité

Jean-Pierre Voyame, agriculteur, produit de la viande et des petits fruits sur son exploitation. Mais il produit aussi de la biodiversité. Nous l’achetons tous indirectement via nos impôts, et c’est bien ainsi.

«Regardez! » Jean-Pierre Voyame attire notre attention sur la prairie, où une mélitée du mélampyre est en train de butiner une centaurée jacée. Il pointe le sentier: «Et là, une céphalanthère rouge.» Tandis que le non-initié cherche un joli petit oiseau, étonné qu’il se soit posé au bord du chemin, Jean-Pierre Voyame sourit: «Il s’agit d’une orchidée rare. Elle affectionne les lisières de forêt sèches et lumineuses.»

L’agriculteur est un passionné de fleurs et d’insectes, et il connaît donc les noms exacts du papillon et de l’orchidée.
Si on les trouve sur le domaine du Waldenstein à Beinwil (SO), c’est grâce à l’environnement que notre agriculteur a su créer. Les nombreuses années d’exploitation en mode biologique y ont permis le développement d’une grande biodiversité. «Sur ce domaine, nous avons répertorié 50 espèces de papillons et 26 d’orchidées, dont plus de 20 inscrites sur la liste rouge des espèces menacées», se réjouit Lukas Pfiff-ner, de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL). C’est deux fois plus que la moyenne. Beaucoup d’espèces présentes sur l’exploitation du Waldenstein sont absentes ou très rares en agriculture intensive. Pour Lukas Pfiffner, les raisons sont claires: «L’herbe est coupée trop tôt et trop souvent, et les petites structures font défaut.»

La ferme bio du Waldenstein montre qu’une exploitation soigneuse en mode bio et des mesures appropriées permettent d’atteindre un haut degré de biodiversité. Ainsi, une bande de 1,2 kilomètre de lisière de forêt a été débroussaillée grâce au soutien financier du canton de Soleure. Quatre-vingt-cinq microstructures sur tout le domaine ont vu le jour (tas de pierres, haies, buissons, mares). Elles constituent autant de petits habitats pour les reptiles, les amphibiens, les papillons et les oiseaux. Le FiBL souhaiterait maintenant élargir le projet à d’autres fermes bio en zones de plaine et de montagne, en collaboration avec des acteurs de la protection de la nature et de l’agriculture.

Non seulement les papillons et les orchidées satisfont les ambitions bio de Jean-Pierre Voyame, mais ils valent de l’or. Les prairies fleuries, les pâturages extensifs et les haies fréquentées par de nombreuses espèces sont de précieuses surfaces écologiques qui contribuent à la préservation de la biodiversité. Jean-Pierre Voyame remplit ainsi une mission importante pour laquelle il est rémunéré par la Confédération et le canton sous forme de contributions écologiques. Le montant de ces contributions dépend de la qualité de la surface écologique. Plus on y recense d’espèces rares et précieuses sur le plan écologique, plus les contributions sont élevées. Les espèces menacées telles que la mélitée du mélampyre et la céphalanthère rouge ont donc une réelle valeur économique.

Bien sûr, toutes les exploitations agricoles ne peuvent pas créer des espaces naturels de l’ampleur de ceux du domaine bio du Waldenstein, souligne Lukas Pfiffner, spécialiste en agroécologie au sein du groupe de recherche sur la biodiversité. Il est cependant d’avis que chaque exploitation doit fournir une contribution dans ce domaine. Des mesures portant sur des espaces restreints, comme une petite haie servant de refuge aux oiseaux et aux insectes, ou le fait de laisser une bande herbeuse au bord d’un champ, contribuent déjà à la survie de certaines espèces. «En Suisse, on a encore trop souvent l’impression que si un agriculteur ne fauche pas le dernier brin d’herbe jusqu’à la clôture, c’est
qu’il n’a pas travaillé proprement.»