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L’aspect champêtre caractérise la vision idyllique que nous avons de la Suisse. Mais les pressions sur le paysage sont énormes. Etouffée entre constructions et infrastructures impressionnantes, la nature ne ressemble plus à celle dont nous rêvons.


Exigences multiples, paysage unique

Vie à la campagne, vacances à la montagne, production d’énergie: nous demandons beaucoup à nos paysages. Et ruinons ce qui nous plaît le plus.

Roman von Sury, biologiste et initiateur du sentier thématique.

Roman von Sury, biologiste et initiateur du sentier thématique.
Roman von Sury, biologiste et initiateur du sentier thématique.

Le résultat a même surpris les spécialistes: des patients hospitalisés dans une chambre avec vue sur la campagne ont guéri beaucoup plus vite que ceux qui n’avaient qu’un mur de brique devant leur fenêtre. Non seulement ils ont pu rentrer plus tôt, mais ils se sont moins plaints de douleurs ou d’autres problèmes postopératoires.Réalisée dans un hôpital périphérique d’une ville de Pennsylvanie (Etats-Unis), cette étude a été menée auprès de 46 patients ayant subi l’ablation de la vésicule biliaire. Le but était d’étudier le processus de guérison. La vue sur des espaces verts leur a manifestement été bénéfique. Il paraît donc judicieux de s’inspirer des résultats de cette étude pour le choix d’implantations de nouveaux hôpitaux.

On peut même aller plus loin: si la vue d’un joli paysage permet aux malades de guérir plus vite, elle doit sans doute être salutaire pour les bien portants. Une telle conclusion montre tout l’intérêt de prendre soin des paysages. Pourtant, on continue de construire à tort et à travers… dans le but de jouir pleinement de la nature. Car on veut faire de la randonnée, du jogging, du vélo, du ski, etc. Mais il y a une demande croissante de sensations fortes: luge d’été, descentes en trottinette ou passerelles suspendues qui donnent le vertige.

Pour satisfaire ces envies de liberté, il faut des infrastructures toujours plus grandes. Certes, on encourage la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables, comme l’eau et le vent, mais les installations qu’elles requièrent doivent être construites dans la nature. Qui veut habiter à la campagne doit y construire une maison et des voies d’accès, contribuant ainsi à ce que la nature verdoyante perde de son charme…

Tous ces points sont des exemples proposés aux randonneurs qui empruntent un nouveau sentier thématique dans la région de Sattel-Hochstuckli (voir l’encadré ci-contre). «Les beaux paysages sont un mythe, affirme Roman von Sury, l’initiateur et le chef du projet de ce sentier. On les trouve surtout dans la publicité, mais pratiquement plus dans la réalité.» Le biologiste s’est beaucoup intéressé à la thématique «paysage» et a remarqué une chose: «Nous avons une vision de la nature avec ses jolies prairies fleuries, ses horizons lointains et ses chalets d’alpage romantiques, qui appartient au passé. Le présent est loin de cette image d’Epinal. Sur le Plateau, par exemple, il n’existe pour ainsi dire plus de sites non bâtis. Les surfaces construites s’interpénètrent. C’est un vrai magma urbain.»

Début juin, le Conseil national et le Conseil des Etats ont adopté la révision de la loi sur l’aménagement du territoire. L’objectif est clair. Il s’agit de freiner la construction pour conserver dans la mesure du possible la qualité et le caractère unique des paysages existants. L’ancien directeur de la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage, Hans Weiss, s’en réjouit. «La loi sur l’aménagement du territoire oblige les cantons, qui ont délimité trop de zones constructibles, à réduire leurs réserves de terrains à bâtir.» Cela ne serait pas un frein au développement, mais encouragerait la densification et le développement à l’intérieur du milieu bâti. La Suisse doit pouvoir s’en sortir avec le volume de constructions, d’installations et d’infrastructures existantes.

Espaces habitables toujours plus grands

Au cours des vingt-cinq dernières années, la superficie bâtie en Suisse équivaut à celle du lac de Constance.

Dans un rapport de 2010, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a constaté que les paysages suisses étaient de plus en plus bétonnés. Or la population se prononce régulièrement lors d’initiatives populaires en faveur desdits paysages. En juin dernier, les Zurichois, en votant oui à l’initiative sur les terres cultivables, ont clairement fait savoir qu’ils ne voulaient pas qu’on continue à bétonner les terres agricoles.

De 1983 à 2007, la surface des zones urbanisées s’est agrandie de plus de 20% – soit 550 km² – du fait de la construction de routes et de bâtiments. Cela correspond à la surface du lac de Constance.

Les causes de cette augmentation sont la croissance démographique, une mobilité toujours plus grande et le besoin de disposer de plus d’espace habitable. En ce qui concerne les logements, les exigences deviennent manifestement plus élevées. En 1980 chaque habitant occupait en moyenne une surface habitable de 34 m². En 2000, cette surface était passée à 44 m², et aujourd’hui elle est d’environ 50 m².

Un sentier qui interroge

L’entonnoir optique donne des perspectives intéressantes.

L’entonnoir optique donne des perspectives intéressantes.
L’entonnoir optique donne des perspectives intéressantes.

A Sattel-Hochstuckli (SZ), site touristique bien connu, un nouveau sentier thématique a vu le jour. Il s’intéresse à notre rapport aux paysages. Celui qui se promène dans la nature y cherche quelque chose de précis: le calme ou des paysages intacts. Or il ne les trouve pas toujours. En Suisse, on use et abuse parfois de la nature.

On peut d’ailleurs s’interroger: qu’en sera-t-il dans dix ou vingt ans? C’est le genre de question que pose de façon humoristique le sentier «Umweg Hochstuckli», qui éclaire notre rapport avec la nature sous différents angles. Des dioramas permettent de contempler des paysages d’aujourd’hui, d’hier et de demain.

Nicolas Poinsot

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Photo:
Illustration: Nicolas D’Aujourd’hui
Publication:
lundi 23.07.2012, 16:54 heure

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