Franco Weibel, de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL).

Fruits bio: non à la pomme «globale»

Les pommes bio ne datent pas d’hier. Mais depuis une dizaine d’années, un travail patient les a rendues appétissantes. Histoire d’un succès helvétique.

Elle est bel et bien révolue, l’époque où quelques pitoyables petites pommes ridées et tavelées inspiraient la pitié dans les rayons des magasins bio. On ne les achetait en fait que pour se donner bonne con­science, pour qu’elles ne restent pas sur l’étalage... Mais en 2012, c’est une pomme bio qu’Ève cueillerait pour jouer de nouveau un tour à Adam! Les fruits bio modernes sont beaux, brillants et exempts de fongicides, insecticides et autres «cides» chimiques de synthèse.

Si la pomme bio est sortie de l’ombre, ce n’est pas le fait du hasard. Il a fallu les efforts de professionnels comme Franco Weibel, collaborateur à l’In­stitut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) ou Christian Vogt de Remigen (AG), pionnier de l’agriculture biologique, ainsi que l’engagement de Coop. «Lorsque le grand distributeur a décidé, il y a dix-neuf ans, d’intégrer des fruits bio dans son assortiment, nous avons créé le team des pommes bio et en 2003, le team variétal pour les pommes bio», rappelle Weibel.

Le but: constituer un assortiment de fruits à pépins optimal à tous points de vue. Pour lutter contre les innombrables ennemis de la pomme dont la tavelure, l’oïdium et les pucerons, ces pionniers ont dû remplacer les armes chimiques lourdes par l’argile ou le bicarbonate de potassium, un produit ressemblant à la poudre à lever. «A l’époque, c’était pour moi une démarche extrêmement risquée» avoue Christian Vogt. «Nous vivions de l’arboriculture fruitière. Si quelque chose s’était mal passé…» Evidemment, bien des choses se sont mal passées et se passent encore mal, par exemple lorsqu’on introduit de nouvelles variétés résistantes aux maladies. La variété Golden Orange, par exemple, n’a pas répondu aux attentes.

Sur les 10 000 croisements qu’effectue la Station de recherche de Wädenswil (ZH), seuls deux ou trois sont utilisables. Autrement dit, on crée tous les quatre à cinq ans une variété de pomme à la fois entreposable, résistante aux maladies et ayant un bon rendement.

Mais tout cela ne sert à rien si les fruits ne sont pas plébiscités par les consommateurs. C’est la clientèle qui décide si une pomme est trop tendre, trop dure, trop sucrée, trop acide… ou si elle est tout simplement goûteuse et croquante. Le team variétal a remporté à cet égard de beaux succès: dans le domaine de Christian Vogt prospèrent une trentaine de variétés, dont la moitié est résistante aux maladies du pommier.

Mais le travail continue. Les nouvelles maladies, comme le feu bactérien, posent de nouveaux défis. Car dans l’arbori­cul­ture biologique, les anti­bio­tiques sont tabous. Des  premières variétés résistantes au feu bactérien sont actuellement dans la phase de test.

Le team lutte aussi contre l’appauvrissement de l’offre variétale de pommes. «Nous voulons promouvoir la diversité gustative et proposer pour chaque saison au moins trois différentes qualités de pommes bio», résume Franco Weibel. Plus facile à dire qu’à faire! Les experts cherchent depuis longtemps à obtenir des variétés de pommes de longue conservation dans les catégories sucrée et acidulée.

Et pourquoi ne pas recourir à cet effet au génie génétique? Franco Weibel s’y refuse: «Nous n’avons pas besoin d’une pomme unique, manipulée et brevetée, qui a partout et toujours le même goût; elle ne pourra jamais résoudre tous les problèmes rencontrés dans la culture biologique.»

Plutôt sucrée ou parfumée, ou alors acidulée

Le code gustatif des couleurs est très apprécié par les amateurs de pommes bio.

Une palette de couleurs et de goûts.

Une palette de couleurs et de goûts.
Une palette de couleurs et de goûts.

Les pommes autrefois s’appelaient Reinette dorée de Berlepsch, Wildmauser, Boskoop. Quasiment plus personne ne connaît aujourd’hui leur nom, a constaté le team variétal où sont représentés les paysans bio, les entreposeurs, le FiBL (Institut de recherche de l’agriculture biologique) et Coop. «Le client veut une pomme soit sucrée, soit parfumée, soit nettement acidulée», constate Franco Weibel, spécialiste en pomologie au FiBL. Depuis 1997, les pommes bio sont donc classées selon le concept des groupes gustatifs utilisant un code de couleurs.

Le rouge signifie «très parfumée», le vert «nettement acidulée» et le jaune «neutre à sucrée». Ce concept représente un avantage pour le consommateur et le producteur. «Le marché demande de grandes quantités. De nombreuses variétés petites et marginales, en particulier les pommes de Pro Specie Rara, ne seraient probablement plus cultivées sans le concept des groupes gustatifs, vu les trop faibles quantités», résume Christian Vogt. Ce système et le code des couleurs ont tellement de succès qu’ils ont été repris pour la vente des fruits conventionnels.

Fonds Coop pour le développement durable

Soutien à près de 40 projets

Coop soutient près de quarante projets de petite à grande envergure via son Fonds pour le développement durable. Les contributions (14 millions de francs par an) sont utilisées notamment pour:

• la recherche fondamentale du FiBL sur les grandes cultures et des cultures maraîchères climatiquement neutres

• le projet «Bio-Sortenteam», qui travaille à la création d’un assortiment de fruits à pépins bio

• l’élaboration de solutions écologiques pour l’alimentation des poissons dans la pisciculture en mode biologique

• la sauvegarde des vergers de haute tige menacés

• le développement de semences pour l’agriculture biologique (Sativa).

www.coop.ch/fonds

Franz Bamert

Rédacteur

Photo:
Christian Lanz, Fotolia, Alamy
Publication:
lundi 06.08.2012, 11:22 heure

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