Le rotin, espoir de la forêt tropicale

Les habitants de la forêt tropicale laotienne tressent des produits en rotin. Pas de quoi fouetter un chat? Jugez vous-même. Cette production est menacée: la forêt est brûlée et le sol devient inutilisable.

Les habitants de la forêt tropicale laotienne tressent des produits en rotin. Pas de quoi fouetter un chat? Lisez ce qui suit et jugez vous-même.

Il pleut des cordes, la température tutoie allègrement les 40°C et l’hygromètre n’arrive même plus à mesurer l’humidité de l’air. Quelque part au Laos, dans la forêt tropicale, une jeep cherche son chemin sous ce qui ressemble à un déluge. Le véhicule tout-terrain glisse plus qu’il ne cahote d’un trou d’eau à l’autre. Le chauffeur fait hurler le moteur et jure tant et plus en évitant quelques singes au passage.

Un seul homme semble indifférent à ce chaos apocalyptique: Christian Rüttimann. Le directeur du développement durable d’Eurogroup, fournisseur, entre autres, du groupe Coop, est ce que l’on appelle «un dur à cuire». Car il faut vraiment être solide pour parvenir à gérer un projet de ce genre: importer en Suisse des produits en rotin certifiés FSC fabriqués en pleine jungle laotienne. «Le rotin constitue l’une des principales sources de devises pour un grand nombre de pays d’Asie, rappelle le manager. Certaines des communes que nous allons visiter réalisent près de 40% de leurs revenus avec la vente de produits en rotin.»

C’est dans les climats chauds et humides, c’est-à-dire près de l’équateur, que le rotin prospère le mieux. Si pendant des siècles, quand les conditions s’y prêtaient encore – forêts intactes, écoulement local –, cette branche de production a bien fonctionné, elle est aujourd’hui menacée. D’une part parce que les besoins de l’industrie chinoise du papier conduisent à détruire de plus en plus la forêt et, d’autre part, par les Laotiens eux-mêmes qui détruisent la forêt par brûlis pour gagner des surfaces de terre arable. «A court terme, la production de riz est en effet plus rentable», nous explique Christian Rüttimann.

Les conséquences sont désastreuses: quelques années seulement après la destruction par le feu de toute la matière organique, le sol est déjà inutilisable, car lessivé de tous ses éléments nutritifs.
Conscient du danger, le WWF a mis sur pied, ces cinq dernières années, un projet de production de rotin FSC dans le district de Kamkeut, dans la province de Bolikhamxay, et s’est associé à Coop pour commercialiser la production.
Même s’il reste discret quant à son rôle, Christian Rüttimann ne cache pas sa fierté, car les premiers produits en rotin viennent d’arriver en Suisse ces jours-ci et sont actuellement disponibles dans les marchés Coop brico+loisirs. Le choix comporte jusqu’à présent des paniers de tailles diverses vendus sous le label Oecoplan, la marque propre de Coop pour les produits issus de modes de production durable.

Mais toute cette peine est-elle bien utile? Quels avantages les habitants tirent-ils de la confection et de la vente de produits en rotin? Un élément de réponse nous vient de Kongkham Phetmanivong, une jeune travailleuse laotienne: «Si la forêt disparaît, nous devrons disparaître aussi ou partir vers des villes surpeuplées, où les places de travail manquent.»
Indépendamment de cet aspect, il faut aussi rappeler que nulle part au monde la biodiversité n’est aussi riche que dans la forêt tropicale. Christian Rüttimann en a pris réellement conscience quand, sur place, il lui est arrivé une fois de souffrir de maux de ventre particulièrement pénibles. La jeune femme citée plus haut l’a alors regardé, puis a disparu entre les arbres géants pour revenir peu de temps après avec une décoction de plantes. Celle-ci une fois absorbée, les douleurs ont rapidement disparu.

Cette expérience a été pour le Suisse une surprise et une révélation: «La forêt tropicale n’est pas seulement un habitat pour des hommes et des animaux. Elle regorge aussi de remèdes encore à découvrir. Si la forêt disparaît, ils disparaîtront eux aussi à jamais.»

 

«Une clôture autour de la forêt ne sert à rien»


La forêt tropicale ne disparaîtra pas aussi longtemps que ses habitants pourront y vivre et en vivre.

Mille cinq cents hectares: c'est la superficie que couvre le projet laotien mené par le WWF et Coop. Il existe au Laos d'autres forêts à rotin exploitées selon les mêmes principes du développement durable et qui couvrent en tout 23'000 hectares. La récolte et le traitement du rotin donnent du travail aux hommes comme aux femmes. Etant donné que la matière première est transformée à 100% sur place, la plus-value reste acquise aux habitants de la forêt primordiale. Ailleurs, malheureusement, les ressources de rotin sont souvent fortement surexploitées.

Il s'ensuit une raréfaction de nombreuses espèces de rotin et une accélération de la destruction de la forêt tropicale. «Coop a depuis longtemps réalisé que développement doit absolument rimer avec durabilité. Elle a du reste été reconnue comme étant la chaîne de commerce de détail la plus impliquée dans le développement durable.

Le projet rotin de la FSC n'est qu'un des nombreux pas entrepris dans cette direction», répond Christian Rüttimann, responsable chez Eurogroup du projet laotien rotin. On peut naturellement débattre à loisir de la protection de la forêt tropicale ou même l'entourer d'une immense clôture. Tout cela ne sert à rien, Christian Rüttimann en est convaincu: «Pour éviter que la forêt tropicale ne succombe aux brûlis ou aux coupes rases, il faut que ses habitants puissent y vivre et en vivre.»

 

Le rotin: un nom pour 600 espèces


Le palmier rotin est une plante épineuse qui grimpe aux arbres. Sa tige peut atteindre plus de 100 mètres de longueur. Il vit dans les forêts tropicales de l'Asie du Sud-Est et d'Afrique de l'Ouest. Si l'on ne connaît qu'une trentaine d'espèces de rotin ayant une valeur commerciale, il en existe près de 600 dont beaucoup n'ont pas encore été étudiées à ce jour

Thierry Délèze

Rédacteur en chef

Photo:
Noy Promsouvanh
Publication:
mardi 06.09.2011, 16:24 heure

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