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Les cochons de Rudolf «Ruedi» Zenger peuvent s’ébattre et se rouler dans la boue quand aussi souvent qu’ils en ont envie.

Le petit-lait qui reste après le fromage est donné aux cochons.

Alpage: heureux comme un cochon

Ils fournissent un lard de première qualité tout en donnant un coup de pouce financier: les cochons d’alpage du Suldtal (BE) sont des bêtes à tout faire.

Il y a d’abord la traversée des gorges romantiques et sauvages du Suldtal (BE). On longe ensuite des ruisseaux gargouillants, entre parois rocheuses abruptes et pentes boisées. On arrive à un vallon en forme de cratère, avec des à-pics accrochés aux nuages et d’impressionnantes prairies. De là, on emprunte un sentier qui serpente jusqu’au chalet d’alpage sur l’Oberalp, à 1800 mètres d’altitude. On débouche alors sur une magnifique… bauge!

Les alpagistes, Ruedi Zenger, sa compagne Therese et leur fils Lukas n’y peuvent rien, pas plus que leurs deux aides Otto et Rafael. Les chèvres sans-gêne non plus – l’une d’elles a vite fait de sauter dans l’auto si l’on n’y prend garde. Non, les responsables de ce champ de boue, ce sont les 90 cochons d’alpage qui passent l’été ici et font complètement honneur à leur nom! Verts il y a encore quelques semaines, les pâturages ont été littéralement retournés. «C’est dans leur nature de fouiller la terre, de soulever de la poussière et de prendre des bains de boue», commente Ruedi Zenger. Et ils ont toute la place, puisque la stabulation libre offre à chaque porc une surface de 40 m2: du luxe comparé aux conditions de détention conventionnelles des porcs à l’engrais en Suisse et à l’étranger. Par ailleurs, les animaux peuvent sortir à leur guise nuit et jour pour jouer et se défouler.

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«Je souhaite offrir une vie sans problème à mes cochons, la plus naturelle possible»»

Rudolf Zenger, fromager de montagne et éleveur, Suldtal/Oberalp (BE)

Le régime alimentaire de ces porcs pas comme les autres est aussi de qualité. Outre de l’orge et des céréales, chaque porc engloutit quotidiennement 10 litres de petit-lait frais. «Tous les jours, nous transformons les 1100 litres de lait de nos 90 vaches en fromage, souligne l’alpagiste. Comme la masse effective de fromage ne représente qu’une petite partie de ce volume, il nous reste plus de 900 litres de petit-lait. Un sous-produit qu’il importe de mettre en valeur.»

«Autrefois, certains fromagers d’alpage se débarrassaient illégalement de ce petit-lait en le déversant dans les ruisseaux ou en l’épandant sur les pâturages, relève l’alpagiste de 52 ans. Tout simplement parce qu’ils n’avaient pas de possibilité de le mettre en valeur sur place ni de le descendre en plaine.» Le problème, c’est que le petit-lait, riche en nutriments, pollue l’environnement en se décomposant. En concentration élevée, il peut par exemple réduire la teneur en oxygène des eaux et provoquer la mort des poissons.

Conscient des enjeux écologiques, Ruedi Zenger a toujours considéré que cette manière de se débarrasser du petit-lait était une aberration. D’autant que la solution était là, à portée de main. C’est ainsi qu’en 1995, il fut le premier paysan de montagne de l’Oberland bernois à distribuer ce liquide nourrissant à ses cochons d’alpage.
Entre-temps, d’autres alpages se sont convertis à cette façon de faire. «Avec cette utilisation du petit-lait, nous bouclons le cycle écologique.» Et ça améliore la rentabilité économique des exploitations d’alpage. «Les avantages de l’affouragement avec du petit-lait et de la détention contrôlée en plein air ne se sont pas fait attendre. Mes porcs résistent mieux aux maladies et aux conditions météo parfois épouvantables de l’endroit», constate-t-il.

Depuis, il n’enregistre quasi plus aucune perte et n’utilise ni antibiotique ni accélérateur de croissance. Des produits tabous. L’un dans l’autre, tous ces facteurs expliquent l’excellente qualité de la viande de ses porcs, Ruedi Zenger en est convaincu. Ce n’est donc pas un hasard s’il perçoit 1 fr. 20 de plus par kilo. Comme d’autres collègues, l’alpagiste commercialise ses animaux sous la marque Pro Montagna dans les boucheries avec service de quelque 50 supermarchés Coop de Suisse allemande.

Pour l’heure, les cochons d’alpage s’ébattent joyeusement, ignorant qu’ils finiront en côtelette, filet, ragoût ou en rôti d’épaule… Ils grognent de plaisir et se vautrent dans la boue. «Je souhaite leur offrir une existence sans problème, la plus naturelle possible», lance l’alpagiste, tout en sachant que le respect qu’il leur témoigne ne changera pas leur destinée. Et de citer le dessinateur et poète allemand Wilhelm Busch, créateur des célèbres Max et Moritz. Il disait qu’un homme intelligent honore le cochon en pensant à sa raison d’être. Vu de l’extérieur, l’animal n’est certes pas bien séduisant, mais c’est sous sa peau qu’on trouve le lard.

Idée d’excursion: une désalpe

Le samedi 15 septembre, de 11 h à 16 h, le marché et la désalpe de la vallée de Suld ont lieu près du Restaurant Pochtenfall/Suld (près d’Aeschi, seulement par beau temps).

Infos: www.aeschi-tourismus.ch

Pour nos régions de montagne

Les produits Pro Montagna sont typiques des montagnes suisses. Les matières premières utilisées sont issues des régions de montagne, et c’est aussi là que les animaux sont élevés et que les produits sont transformés. Ainsi, de précieux emplois sont créés et ces régions profitent d’une plus grande valeur ajoutée. Les produits Pro Montagna coûtent un chouïa plus cher.

Pour un kilo de viande de porc, la différence est de 1 franc. L’intégralité de ce montant est versée au Parrainage Coop pour les régions de montagne, qui soutient des projets durables et l’agriculture en montagne. Ainsi, les consommateurs peuvent contribuer au maintien du paysage et soutenir les populations de ces régions.

Pro Montagna
Nicolas Poinsot

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Photo:
Pesche Mosimann
Publication:
lundi 27.08.2012, 10:03 heure

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