«Les jeunes ont besoin d’une éducation sexuelle»

L’éducation sexuelle à l’école obligatoire est régulièrement mise à l’index. Il lui est notamment reproché de porter atteinte à la pudeur des enfants, voire de leur mettre de mauvaises idées en tête. Tout le contraire de ce que lui prête la gynécologue Brigitte Letombe.

Coopération. On a tendance à penser que les jeunes d’aujourd’hui savent tout sur la sexualité. C’est un tort?
Brigitte Letombe. Oui, car s’ils sont abreuvés d’images sexuelles dès leur plus jeune âge, ils sont aussi ignorants en ce qui concerne la sexualité que les générations qui les ont précédés. Voire plus. Ils vivent dans un monde qui leur parle de sexe partout: sur les panneaux publicitaires, dans les séries télé, les clips musicaux. Grâce à Internet, ils ont accès à la pornographie. Une étude réalisée en France a révélé que 80% des garçons de 13-14 ans ont déjà regardé un film porno. Résultat, ils grandissent avec des images  d’une sexualité détachée de la relation à l’autre.

Et cela a quelles conséquences?
Les jeunes ont tendance à démarrer leur sexualité en se calquant sur les images qu’ils ont vues: une sexualité mécanique, qui ne tient pas compte du respect de l’autre. D’où ces séances de fellation collective dans les toilettes des écoles, ou les tournantes, dont on entend parler et qui existent vraiment. Démarrer sa vie sexuelle dans un contexte aussi violent laisse des traces délétères sur la sexualité adulte ultérieure. Je le constate régulièrement en consultation. Des jeunes femmes de 20 ans viennent me voir parce qu’elles n’ont plus de désir sexuel: elles ont tout connu, tout vu dans un contexte qui ne les respectait pas et aujourd’hui elles n’arrivent plus à s’abandonner. A avoir envie de quelque chose qui, leur corps s’en souvient, ne leur fait pas du bien.

Que préconisez-vous?
Il est important d’agir dès l’école primaire. Les jeunes ont besoin d’une éducation sexuelle de qualité, qui leur fournisse des repères pour s’orienter et se protéger. Il faut leur enseigner que leur corps leur appartient, qu’ils ne doivent pas se laisser toucher par n’importe qui,  qu’ils ne doivent pas accepter de s’exposer à de la sexualité violente. Il faut aussi leur enseigner le fonctionnement de leur corps et de leurs organes génitaux. Combien de jeunes pensent qu’ils ne peuvent pas être féconds lors de la première relation sexuelle!

L’éducation sexuelle doit-elle être enseignée à l’école?
Si le rôle de la famille est important dans l’éducation sexuelle des enfants, seule l’école peut assurer à chacun l’égalité d’accès à l’information. Mais elle doit être soutenue dans cette tâche par des professionnels externes formés. Ce serait bien que les fédérations de parents d’élèves l’admettent et cessent de lutter contre les cours d’éducation sexuelle. Ce n’est pas parce qu’on parle de sexualité qu’on la suscite. Et ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas qu’elle n’existe pas!

Vous avez l’impression que les parents ne parlent pas de sexualité à leurs enfants?
Cela reste un sujet tabou. On voit arriver dans les plannings des jeunes filles de 13-14 ans issues de milieux favorisés qui sont enceintes mais n’ont pas osé en parler à leurs parents. Il y a trente ans, les parents donnaient des livres à leurs enfants pour qu’ils comprennent le mystère de la vie, comme on disait. Aujourd’hui, ils pensent qu’ils n’ont rien à leur apprendre dans ce domaine qu’ils ne sachent déjà, par Internet notamment. Alors ils ne leur parlent de rien. Les jeunes véhiculent les mêmes idées reçues sur la sexualité que les jeunes d’il y a trente ans.

Comment en parler bien à l’école?
Des retours d’expérience montrent que ce qui marche bien, ce sont les interventions magistrales dans une classe. C’est un cadre qui indique aux jeunes qu’ils doivent écouter. Un ou deux adultes viennent parler de sexualité, de rapport sexuel, de masturbation, d’homosexualité, de début de grossesse, etc. Ce faisant, ils indiquent aux jeunes qu’on peut parler de sexualité ouvertement. Que cela n’est pas tabou. Après ce cours, il est proposé aux jeunes de poser des questions sur un papier de façon anonyme, à charge pour les adultes d’y répondre ensuite. Sans fausse pudeur.

Bien que la contraception soit largement diffusée, le recours à l’IVG chez les jeunes reste élevé en France*. Pourquoi d’après vous?
Pour que les jeunes aient une sexualité protégée, il faut leur permettre d’accéder à une contraception libre, anonyme et gratuite. Des études ont montré que plus l’accès à une contraception gratuite est compliqué, plus le taux d’IVG est important. Je suis persuadée qu’on pourrait éviter les deux tiers des grossesses non désirées en agissant mieux sur la contraception. Je ne dis pas l’éradiquer, car les prises de risques chez les adolescents sont inévitables.  

Pensez-vous que la pilule, prescrite à 97% des jeunes filles, soit le meilleur contraceptif pour elles?
On peut leur prescrire un patch, un anneau ou un implant hormonal. Tout dépend de leur mode de vie, de leur capacité à être régulière dans la prise de pilule. Cependant, je pense qu’une contraception hormonale pour les femmes qui n’ont pas eu d’enfants est préférable à un stérilet, car elle a des bénéfices secondaires. Elle permet de résoudre les problèmes de règles douloureuses, dont souffrent souvent les jeunes filles, d’acné ou d’anémie, en cas de règles abondantes. 

* Le taux d’avortement en Suisse chez les filles de 15 à 19 ans est de 5 pour 1000 jeunes filles, de 16,6 pour 1000 en France, de 7,3 en Italie et de 3,6 en Allemagne. Le site de la santé sexuelle en Suisse: www.plan-s.ch

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