La couleur de la Bleue de Saint-Gall se conserve à la cuisson.

Bleue de Saint-Gall, culture salutaire

Pro Specie Rara se consacrait à la défense des anciennes variétés de légumes et de céréales. En intégrant la Bleue de Saint-Gall dans son pool génétique, elle fait un premier pas.

Béla Bartha, directeur de Pro Specie Rara: «la Bleue de Saint-Gall est la meilleure pomme de terre bleue».

Béla Bartha, directeur de Pro Specie Rara: «la Bleue de Saint-Gall est la meilleure pomme de terre bleue».
Béla Bartha, directeur de Pro Specie Rara: «la Bleue de Saint-Gall est la meilleure pomme de terre bleue».

Qu’est-ce que la Bleue de Saint-Gall? Une nouvelle variété de pommes de terre. «Ce n’est pas la premiè­re pomme de terre bleue, mais c’est actuellement la meilleure, annonce Béla Bartha, le directeur de la fondation Pro Specie Rara. Cette variété est moins vulnérable à la galle commune de la pomme de terre que la Suédoise bleue, plus ancienne. De plus, sa couleur résiste mieux à la cuisson.»

Le directeur n’a rien à redire à la saveur de la Suédoise bleue dont la couleur s’affaiblit à la cuisson. En effet, elle devient grisâtre, ce qui n’est pas excessivement appétissant et nuit à sa commercialisation. Une sélection rigoureuse a permis d’éliminer ces dé­fauts dans la Bleue de Saint-Gall. Cette «nouvelle» variété figure désormais dans les étals de Coop. «Nouveau» a une autre connotation en agriculture qu’en informatique.

Créée il y a quinze ans, la variété Bleue de Saint-Gall a été mise en culture il y a près de cinq ans, en culture conventionnelle pour commencer. Désormais, elle figure aussi dans l’assortiment bio de Pro Specie Rara. Par rapport à la Suédoise bleue, elle présente de tels avantages qu’elle a reçu le label de qualité de Pro Specie Rara et figure maintenant dans le pool génétique de cette dernière. Un fait exceptionnel pour cette fondation qui ne s’occupait jusqu’à présent que de la sauvegarde de variétés végétales et de races animales anciennes.

En étendant son assortiment à de nouvelles variétés, la fondation pénètre donc dans un domaine encore inexploré. «Il s’agit vraiment d’un changement de paradigme, souligne Béla Bartha. Il est indispensable. Si nous voulons sauvegarder les caractéristiques de nos anciennes plantes cultivées au niveau commercial, il nous faut prolonger nos activités au domaine des obtentions.» La Suédoise bleue ne pourrait pas se maintenir sur le long terme si on se contentait du statu quo, même si elle est excellente. «Nous devons veiller à ce que l’attrayante caractéristique de la robe bleue puisse survivre dans le panorama variétal moderne et pour cela, elle doit être mieux adaptée aux exigences du marché.»

La Bleue de Saint-Gall est une amélioration variétale de la Suédoise bleue. Actuellement cultivée sur près de 25 hectares, elle est vendue sur les marchés hebdomadaires et chez Coop. La Bleue de Saint-Gall est un exemple dans le sens où il montre comment d’anciennes plantes cultivées peuvent donner naissance à de nouvelles variétés bien adaptées à notre époque. La nouvelle obtention ne signifie toutefois pas que la Suédoise bleue va disparaître. Elle reste dans l’assortiment de Pro Specie Rara, à la fois par nostalgie et pour des raisons de sauvegarde de la diversité variétale. La no­stal­gie parce que, proba­ble­ment venue de Scandinavie comme l’indique son nom, cette variété a été importée en Suisse au début du XXe siècle. On la trouvait sous diverses appellations. Ce qui compte, c’est la con­servation du patrimoine génétique.

«L’environne­ment se modifie. De nouvelles maladies peuvent apparaître. Il est possible qu’un jour, on soit content de pouvoir recourir à d’anciens codes génétiques», précise le directeur. C’est ce qu’on constate avec le feu bacté­rien, cette maladie qui se répand dans les vergers suisses. «C’est la raison pour laquelle nous devons adapter nos variétés de pommes. La recherche de résistances contre le feu bactérien est en cours. Et plus le réservoir de variétés disponibles est important, plus grandes seront nos chances de découvrir les caractères correspondants.»

www.umweltarena.ch

A la recherche des semences variétales pures

Le rendement faible des produits Pro Specie Rara est problématique pour leur commercialisation. Mais on peut les multiplier.

Les variétés commerciales présentent bien des avantages: de forts rendements et peu de maladies. On peut les stocker sans problème et leur forme est régulière. C’est le résultat de sélections poussées. Qui ont aussi un prix. Car ces variétés à fort rendement sont souvent des variétés dites hybrides. Les semences qu’elles produisent ne peuvent pas être utilisées pour la multiplication et le paysan doit chaque année acheter de nouvelles semences. Seul le semencier peut cultiver les variétés «parentales» de ces légumes particulièrement performants et produire les semences.

Il en va différemment des variétés de Pro Specie Rara: «Elles sont toutes de ligne génétique pure» informe Philipp Holzherr, responsable du domaine de la commercialisation de Pro Specie Rara. Les semences des légumes peuvent toutes être employées pour la multiplication. C’est le cas de l’ensemble des 1200 variétés de légumes et de céréales qui sont actuellement dans notre banque de semences.

Pour la biodiversité

Depuis plus de trente ans, la fonda­tion Pro Specie Rara s’engage pour la sauvegarde de plantes potagères et d’animaux de rente traditionnels. En Suis­se, elle propose des jardins d’exposition, des fermes pédagogiques, des zoos et des marchés de plants. Coop soutient la fondation depuis 1999. Depuis 2003, ce partenariat s’inscrit dans le cadre du Fonds Coop pour le développement durable. Grâce à cette co­opé­ration, Coop peut proposer des produits de Pro Specie Rara dans son assortiment, comme des anciennes variétés de tomates et de pommes de terre. Elles témoignent de la diversité et de la richesse de la nature et enrichissent nos cuisines et nos jardins de formes, de couleurs et de saveurs intenses.

www.coop.ch/prospecierara

www.prospecierara.ch

Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Ferdinando Godenzi, Styling Marianne Ettlin
Publication:
lundi 24.09.2012, 11:35 heure

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