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A la mi-septembre, c’était le temps de la désalpe à l’alpage Kiley, avec déjà de la neige sur les cimes.



Pro Montagna: la désalpe en direct

Si l’on y produit du fromage bio, l’alpage bernois Kiley a aussi une étonnante histoire à raconter.

Le chaudron à fromage d’Ueli Zaugg (58 ans) fume encore, en cette mi-septembre, et les vaches laitières d’Ernst Knutti (agriculteur bio de 40 ans) paissent toujours dans les pâturages. Mais pour quelques jours encore seulement: sur l’alpage Kiley, à Diemtigtal (BE), l’estivage touche à sa fin. On le remarque déjà rien qu’à la météo: il fait frais, à 1400 mètres d’altitude, et il pleut à torrents.
On le voit aussi aux transporteurs de bétail qui grimpent vaillamment la route étroite pour rassembler les dernières bêtes et les redescendre en plaine, tant que c’est encore possible. En effet, avec la première neige, toute la vallée va bientôt sombrer dans huit bons mois de sommeil hivernal. Sommeil ? «Je vis et je travaille toute l’année ici», proteste Ueli Zaugg. «En hiver, près de neuf cents meules de 10 kilos sont entreposées et affinées ici, dans les caves de notre fromagerie bio. Il y a de quoi faire.» Mais cela ne suffit pas tout à fait à occuper ce fromager de formation, qui fait donc la navette d’octobre à mai jusqu’à Saanen, où il aide aussi dans une laiterie.

L’alpage Kiley est exploité depuis le XVe siècle au moins, comme l’attestent les archives. Le bâtiment dans lequel se trouve la fromagerie d’alpage bio est un peu plus jeune: il a été construit en 1813 par la ville de Thoune, alors propriétaire de l’alpage, pour fabriquer de l’emmental. Elle l’entretenait et l’affermait à plusieurs paysans.
Un petit siècle plus tard, le canton de Berne reprenait l’alpage pour y faire travailler des prisonniers du pénitencier cantonal de Witzwil et y installer une forge et une menuiserie. «Les détenus participaient à l’exploitation de l’alpage», raconte Ernst Knutti. «De quelle sorte de gens s’agissait-il?», demandons-nous, curieux. «Oh, mais il y avait de tout. De simples voleurs, mais aussi des gens qui, disons, ont résolu leurs conflits de manière non conventionnelle… des meurtriers, quoi!» Dans les années 1980, ce fut au tour de l’armée de prendre ses quartiers ici. Le bâtiment servait de logement à la troupe, et l’alpage Kiley, ou plus précisément la cuvette pleine d’éboulis située un peu plus haut, de stand de tir. Mais cela non plus ne dura pas éternellement.

A la fin des années 1990, le gouvernement bernois  décida de vendre l’alpage  pour des raisons d’économie. C’est une coopérative de sept agriculteurs bio de Diemtigtal qui se l’est vu attribuer, en 2003. «Deux ans plus tard, nous mettions en service notre fromagerie d’alpage bio, entre autres grâce au Parrainage de COOP pour les régions de montagne, qui nous a soutenus avec 100 000 francs», raconte Ernst Knutti, qui dirige la coopérative.
Aujourd’hui, près de 1500 têtes de bétail estivent chaque année sur l’alpage bio: chèvres, moutons, vaches allaitantes, génisses, veaux, et bien sûr des vaches laitières.
«Au début juillet, les paysans me livrent environ 3700 litres de lait par jour», explique le fromager Ueli Zaugg. Mais avec le temps, la quantité diminue: «En septembre, quand les pâturages sont broutés et que l’herbe se fait rare, il n’en arrive plus que la moitié.» Le lait est surtout transformé en fromage d’alpage (22 tonnes par saison), que l’on trouve chez Coop sous le nom de Bio-Alpkäse Kiley Pro Montagna.
On fabrique aussi du beurre d’alpage, du yogourt d’alpage et du fromage à raclette d’alpage. Tout ceci en qualité bio.

Un dernier mystère reste à éclaircir: d’où vient le nom de Kiley? «Selon la légende, explique Ernst Knutti, il était une fois un paysan qui avait commencé une partie de jass ici sur l’alpage, avec d’autres paysans. On jouait de l’argent, du bétail, du terrain. Mais le pauvre bougre ne savait pas s’arrêter, de sorte que pour finir il mit tous ses biens en jeu.» A ce moment décisif, il avait en main «ki Ley» (en dialecte local): que des mauvaises cartes, et il perdit la partie.

Trois heures ont passé depuis notre arrivée. Quelques centaines de mètres plus haut, la première neige s’est déjà installée. Un paysan que nous rencontrons sur la route l’a aussi remarqué. Il est en train de faire redescendre ses vaches et il nous avertit: «Elles vont arriver tout soudain. Ne restez pas sur le passage!»

Pour nos régions de montagne

Les produits Pro Montagna sont typiques des montagnes suisses. Non seulement les matières premières sont issues des régions de montagne, mais c’est aussi là que les animaux sont élevés et les produits transformés. De précieux emplois sont créés et ces régions profitent d’une plus grande valeur ajoutée. Pour chaque produit vendu, quelques centimes vont au Parrainage de Coop pour les régions de montagne. Pour un morceau de fromage (200 à 250 g), cela fait quelque 10 centimes. Cet argent sert à promouvoir des projets durables dans les régions de montagne. Chaque consommateur peut
apporter une contribution au maintien du paysage cultivé et soutenir ces populations.

www.coop.ch/promontagna
René Schulte

Rédacteur

Photo:
Heiner H. Schmitt
Publication:
lundi 15.10.2012, 10:45 heure

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