Protection: pour dormir tranquille

Vous aimez le fromage de brebis et les randonnées en montagne? Deux bonnes raisons d’apprécier les chiens de protection de troupeau.

C'est un peu comme si on laissait dormir un renard en plein milieu d’un poulailler!» C’est ce que disait Jean-Robert Henchoz, propriétaire de moutons, au milieu des années 1990 à l’idée de laisser un chien dormir et vivre dans un troupeau de moutons. Car jusque-là, les  pires ennemis des ovins, c’était les chiens. «Les lynx, puis les loups, sont devenus plus nombreux. D’où le projet de mettre des chiens de protection dans le Pays-d’Enhaut», résume le propriétaire d’ovins.

Ça fait maintenant quatorze ans qu’il s’est procuré son premier chien de protection de troupeau, et il ne renoncerait aujourd’hui pour rien au monde à ces compagnons au poil blanc fourni, d’une soixantaine de kilos, appartenant à la race Chien de montagne des Pyrénées (patou) ou Berger de Maremme et Abruzzes.

Ce qui se passe sur cet alpage des hauts de Rossinière (VD), est presque incroyable: des centaines de brebis, quelques chèvres et un âne ont pris le chemin du pâturage. Ils sont précédés par Alaska, la chienne de protection, partie en éclaireuse. Elle renifle, inspecte chaque creux de terrain, va regarder derrière chaque gros buisson, semble être partout à la fois. «Alaska est merveilleuse», nous confie le paysan bio avec fierté. Il y a de l’admiration dans sa voix: «Il faut aimer les animaux, sinon, ça ne fonctionne pas.»

Alaska est suivie de ses deux jeunes, qui font comme elle: «Ces deux-là vont devenir aussi bons que leur mère, on le voit tout de suite. Ils ont l’instinct de protection dans le sang», nous enseigne notre guide. Ces beaux animaux gardent ainsi leur troupeau, le protégeant même des randonneurs.  «Il n’y a absolument aucune raison d’avoir peur: les chiens n’attaquent personne», rassure Jean-Robert Henchoz. Quand un piéton passe en marchant normalement, sans crier, gesticuler ou jeter des pierres, ces chiens à fourrure épaisse ne s’intéressent même pas à lui. Ou tout au plus ils aboient pour le mettre en garde. Mais il ne faut pas se fier aux apparences: les chiens de protection ne sont pas des peluches. Ils sont nés dans le troupeau et passent toute leur vie avec celui-ci.
Jean-Robert Henchoz ne s’en cache pas: il se passerait volontiers du lynx, du loup, voire de l’ours. Mais il prend les choses avec philosophie: «Maintenant, ils sont là et nous devons faire avec.»

Actuellement, les brebis et les chiens font vivre ici cinq familles qui partagent avec eux leur quotidien. Le lait des brebis est transformé en diverses spécialités de fromage bio, de beurre et de yogourt. Et les connaisseurs apprécient la viande d’agneau des Alpes suisses. Cependant, de nombreux détenteurs de brebis ne sont pas près de se rallier à l’attitude pragmatique de Jean-Robert Henchoz. Sur 250 000 moutons estivés, seuls 30 000 sont protégés par des chiens. Malgré toutes les expériences positives, un grand débat reprend chaque été à propos du bétail attaqué par le loup, l’ours et le lynx.

En moyenne, 150 animaux de rente sont tués chaque année en Suisse par de grands prédateurs. C’était presque toujours dans des troupeaux sans protection ou mal protégés!
Par ailleurs, des milliers de moutons ne rentrent pas des alpages, tués par des dérochements, des accidents, des maladies ou simplement parce qu’ils sont abandonnés dans la montagne, une fois la saison d’estivage terminée: la recherche des animaux égarés en automne semble en effet coûter trop d’efforts à certains détenteurs. Ça relativise la polémique autour du loup…

www.sapalet.com

Spécialiste de la protection

Felix Hahn s’investit auprès des détenteurs de moutons pour les chiens de protection.

Felix Hahn, responsable du programme de protection des troupeaux.

Felix Hahn, responsable du programme de protection des troupeaux.
Felix Hahn, responsable du programme de protection des troupeaux.

Pour protéger leurs troupeaux, la plupart des propriétaires de moutons choisissent des chiens. Ils
sont conseillés par les membres d’Agridea, l’Association suisse pour le développement de l’agriculture et de l’espace rural. La recherche de mesures de protection est un mandat de la Confédération. Celle-ci soutient financièrement les paysans qui utilisent un chien de protection. Felix Hahn est responsable du programme de protection des troupeaux.


«Nous faisons aussi un travail d’information auprès des touristes et des randonneurs avec des exposés, des prospectus et un petit film.» Celui-ci montre comment se comporter face aux chiens de protection. Quand on est accompagné de son propre chien, notamment, il est important d’observer certaines règles. L’abandon de l’estivage des moutons en raison du loup et des autres prédateurs est impensable, selon Felix Hahn. «Ce serait non seulement se priver de produits gastronomiques, mais il faudrait aussi renoncer aux services rendus par les moutons. En effet, ils favorisent la biodiversité lorsqu’ils sont détenus correctement et au bon endroit. Ils entretiennent le paysage et aident à prévenir les avalanches, qui se déclenchent facilement sur l’herbe haute poussant sur les versants exposés.»

www.protectiondestroupeaux.ch

Loups et moutons

Des chiffres et des faits

Depuis l’été 2009, dix loups, dont trois femelles, ont pu être identifiés génétiquement en Suisse; les régions concernées sont les cantons du Valais, du Tessin, des Grisons, de Vaud, de Fribourg et de Berne, ainsi que la Suisse centrale. La Confédération verse chaque année entre 30 000 et 100 000 francs d’indemnités pour des moutons et des chèvres tués. Elle dispose pour 2011 d’un budget de 850 000 francs pour les mesures de protection de troupeaux. L’achat, la détention et l’utilisation de chiens de protection bénéficient du soutien financier de l’Etat.

www.kora.ch
Franz Bamert

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo/Arkive.ch
Publication:
lundi 12.09.2011, 13:25 heure

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