Isabelle Flükiger: «Dans mon écriture, je suis assez proche d’une certaine oralité. La beauté réside dans le rythme, ça peut être argotique, c’est davantage un souffle…»

«La chance, c'est comme l'amour»

Isabelle Flükiger débarque avec un quatrième roman, «Best-seller». Une histoire tragicomique qui déménage. Rencontre avec la romancière de 32 ans.

Coopération. Pourquoi écrivez-vous des histoires?
Isabelle Flükiger. C’est un espace de liberté, de totale liberté. J’ai plus de facilité à être moi-même quand j’écris que quand je suis avec des gens. Je dois avoir quelque chose d’une handicapée sociale (rires) ! Je suis un peu timide, plutôt taciturne. Alors que quand j’écris, je fais interagir les personnages comme je veux. Toutes les données sont à moi! Dans le monde où je suis quand j’écris, il n’y a pas tous ces empêchements liés à ma personnalité et à celle des gens.



La publication de votre premier roman, à l’écriture très crue, vous a propulsée sur le devant de la scène quand vous aviez 23 ans. Comment l’avez-vous vécu?
J’avais envoyé mon manuscrit un peu partout, je ne connaissais pas le milieu de l’édition. Quand j’ai reçu une réponse «On vous le prend», j’ai pleuré de joie… Et puis je me suis rendu compte que c’était une publication à compte d’auteur (ndlr: l’auteur paie pour être publié). Après, tout s’est bien enchaîné. Bonne surprise, les Editions l’Age d’Homme ont choisi de publier le roman. Je n’étais pas à l’aise, quand même, quand je devais en parler dans les interviews. Il fallait que je m’explique et j’avais beaucoup de peine, parce que j’avais fait quelque chose de viscéral et il s’agissait de mettre des théories là-dessus.

Si l’on vous demande «Que faites-vous comme métier?», que répondez-vous?
Je n’ose pas dire que je suis écrivain, je dis que je travaille à Berne.

Ce qui est aussi vrai!
Oui, je travaille à 40% dans l’administration fédérale.

Cela vous laisse du temps pour l’écriture…
Oui, mais jamais assez! Idéalement, je m’imagine pouvoir m’y consacrer davantage, pouvoir faire une enquête quand j’ai une idée, faire aboutir des projets, farfouiller dans les bibliothèques, interviewer des gens.

Comment est né «Best-seller»?
Je rentrais de Lausanne en train, je sortais d’une discussion et tout à coup j’ai eu le ton, une image mentale des personnages et du sens de l’action, j’ai démarré… Ce roman n’était pas vraiment planifié. Je me suis beaucoup amusée en l’écrivant.

Un chien, nommé Gabriel, y débarque par surprise dans la vie d’un jeune couple qui connaît quelques difficultés professionnelles…
Oui, elle comme lui sont tout à coup confrontés à une situation d’échec. Je l’ai décrit comme ça parce que je voulais vraiment que ce chien débile représente la chance. La chance qui est bête, aveugle, comme l’amour.

Vous publiez aussi régulièrement des nouvelles, certaines très courtes, sur votre blog. A l’heure de la lecture électronique, voyez-vous encore la nécessité du support papier?
Je trouve que lire à l’écran n’est pas si désagréable, c’est une question d’habitude. J’aime les livres, j’en achète et j’en loue, je ne m’imagine pas sans livres. Pour moi, une vraie bonne journée est celle où l’on peut se poser un moment et lire. Mais dans vingt ans, probablement que les livres numériques domineront. D’ailleurs une version pour tablette numérique de Best-seller sera mise en vente en 2012, une première pour les Editions faim de siècle.

Romancière ou lectrice, à quoi tient le plaisir?
La lecture est une sorte de miroir du monde dans lequel on vit, mais c’est aussi une démultiplication de soi: on découvre des univers, on voyage, on rencontre des gens… Dans mon écriture, je suis assez proche d’une certaine oralité, et je commence aussi à me dire que les régionalismes sont intéressants. La beauté réside dans le rythme, ça peut être argotique, vulgaire, c’est davantage un souffle. Je n’aime pas trop les belles phrases où l’on perd le fil, ni les gens qui essaient de bien écrire.

Avec votre compagnon Gion Capeder, auteur de BD et comme vous Fribourgeois, vous venez d’emménager à Berne. Vous avez aussi vécu à Berlin. Aimez-vous à ce point l’allemand?
J’ai bien peu de talent pour les langues étrangères… Mais j’aime les grandes villes, leur anonymat.

Et les voyages?
Oui, bien que je sois terrifiée dans les avions! Cette année je suis allée en Roumanie avec ma maman, qui est née à Bucarest et y a vécu jusqu’à l’âge de 25 ans. J’essaie d’écrire quelque chose qui soit associé à ma famille.

Comment vous imaginez-vous dans dix ans?
J’ai vraiment de la peine à imaginer… J’aimerais bien avoir des enfants.

Quand vous n’écrivez pas et ne lisez pas, qu’aimez-vous faire?
Me retrouver avec mes amis. Moi je ne cuisine pas, mais j’aime beaucoup regarder Gion cuisiner!

Portrait: Isabelle Flükiger

Carte d’identité. Née à Fribourg le 25 septembre 1979. Licenciée en sciences politiques, histoire et littérature.

Prix. Collégienne, elle reçoit un PIJA, le Prix animé par les Editions de l’Hèbe. Remporte un des Prix du jeune écrivain francophone (Mercure de France). Bourse de l’Etat de Fribourg. Bourse de Pro Helvetia.

A l’œuvre. Elle a écrit «Du ciel au ventre» (2003, L’Age d’Homme), «Se débattre encore» (2004, L’Age d’Homme) et «L’espace vide
du monstre» (2007, Ed. de l’Hèbe).

Vient de paraître. Ecrire un best-seller: c’est la noble entreprise dans laquelle s’est lancée la narratrice de Best-seller (Editions faim de siècle), tragi-comédie délicate et qui déménage.

Lectures à Lausanne, Fribourg et Genève. Isabelle Flükiger sera à Lausanne 13 septembre, 21 h, Standard Café; 3 octobre, 20 h 30, Bar Le Verre à Pied; 6 octobre, 19 h, Bibliothèque municipale. A Fribourg, 20 septembre, 17 h, Librairie Albert Le Grand. A Genève, 20 octobre, Café Gavroche à 20 h.

Editions Faim de siècle
Blog d'histoires courtes à télécharger d'Isabelle Flükiger

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Florence Michel
Photo:
Charly Rappo/arkive.ch
Publication:
mardi 13.09.2011, 08:58 heure

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