Sophie Hunger, 29 ans, ici à Zürich: «Si j'étais restée en Suisse allemande, ce que je vis ne serait probablement pas arrivé.»

«Je dois beaucoup à la Suisse romande»

2013 s'annonce très fort pour Sophie Hunger, qui commence une tournée en France et en Europe. La chanteuse sera en Suisse romande début mars. Interview.

Coopération. Que vous souhaitez-vous pour 2013?
Sophie Hunger. (J’aurai 30 ans en 2013! J’aimerais que le mouvement ne s’arrête pas. Que mon passé meure à la même vitesse que mon avenir se dessine. Je me souhaite aussi de l’insécurité, de l’inconfort, des embarras qui m’obligent à me remettre en question, à faire des pas de côté pour trouver d’autres pistes de création. J’aimerais plus que tout continuer à avoir des idées pour faire mon métier!

Justement, comment y êtes-vous arrivée à ce métier, vous la fille de diplomates suisses allemands?
J’ai senti très jeune que la musique ouvrait des portes au fond de moi. J’ai d’abord utilisé ma voix. Vers 6-7 ans, je m’amusais à chanter dans la voiture en me calant sur la voix des artistes qui passaient à la radio, Ray Charles, Billie Holiday. Je faisais en sorte que ma voix s’accorde parfaitement à la leur pour que mes parents ne m’entendent pas chanter! Plus tard, j’ai imité la voix de mes profs, j’ai chanté hyper fort dans les églises pour faire résonner ma voix, j’ai enregistré sur des cassettes des chansons et des dialogues, juste avec des voix… Ensuite, j’ai commencé le piano.

A quel moment cette passion pour la musique et le chant s’est-elle imposée comme un métier?
En montant sur la scène du club Helsinki à Zurich. Chanter devant un public a ouvert d’autres portes encore. Mes possibilités créatrices se sont amplifiées et je me suis sentie à ma place. J’ai été serveuse pendant quelques années, en chantant le soir dans des clubs. Et puis, un jour, un agent lausannois m’a entendue et il m’a dit qu’il voulait travailler pour moi. Je n’oublierai jamais ce samedi soir de 2007 où j’ai chanté sur une scène lausannoise. C’était mon premier concert en dehors de Zurich. Quel accueil!

Votre maison de production est lausannoise, la plupart de vos musiciens sont romands...
Je dois beaucoup à la Suisse romande. Elle m’a ouvert les bras. Elle m’a lancée. Si j’étais restée en Suisse allemande, ce que je vis aujourd’hui ne serait probablement pas arrivé. La Radio suisse romande a été la première à diffuser mon premier disque, que j’avais envoyé moi-même par la poste.

Comment expliquez-vous cet accueil?
Les Romands sont beaucoup plus ouverts que les Alémaniques. Quand on est en Suisse romande, on est déjà en Europe! Pour trouver un musicien, je le cherche d’abord en Suisse romande, ensuite à Paris, ensuite en Suisse allemande. Résultat: pour parler suisse allemand sur scène, je suis obligée de me parler à moi-même (rires). Tous les musiciens sont francophones.

N’étiez-vous pas prédisposée à la francophilie avec votre prénom français?
Peut-être… Mes trois prénoms, Emilie, Jeanne, Sophie, sont français, car ma grand-mère paternelle était Française. Mais je ne parlais pas le français à la maison. Je l’ai appris en travaillant.

Comment s’opère le choix de la langue utilisée pour l’écriture de vos chansons, qui sont souvent en anglais, mais aussi en allemand et en suisse allemand?
Dans la langue qui vient… c’est instinctif. Les mots tombent de ma bouche tout seuls. Mes fans en Allemagne me demandent d’écrire un album en allemand, mais je ne peux pas écrire sur commande dans une langue…Une bonne chanson s’installe d’elle-même avec la sonorité des mots qui arrivent.

Vos chansons ne sont pas que des mots qui sonnent…
A partir du moment où la langue est dans la musique, elle exprime quelque chose. C’est important d’avoir conscience de l’effet des mots chantés. Sinon on prend le risque de se trouver dans la même situation qu’un utilisateur d’arme à feu qui n’a pas conscience qu’il peut tuer.

Vous avez une conscience politique?
Oui. D’ailleurs, je vote autant que je le peux, malgré le fait que je suis 90% du temps hors de Suisse. Le droit de vote est l’un des droits les plus fondamentaux que l’homme a inventés, je trouve indispensable de l’utiliser. D’autant plus quand on est une femme.

Ça vous plaît d’être une femme au XXIe siècle?
Oh oui. J’ai conscience que la liberté que j’ai de conduire ma vie comme je le veux est très récente. Ma grand-mère n’a pas pu suivre les études qu’elle souhaitait, ma mère n’a pas pu faire autant de choix que moi. Je suis étonnée comme on banalise l’histoire de l’émancipation des femmes. Elles ont mené une révolution incroyable, sans coup de feu, elles sont sorties de siècles d’oppression, pour autant elles n’en tirent aucune gloriole. Elles devraient être fières de cette conquête et au lieu de cela, elles n’osent pas prononcer le mot de féminisme car ça n’est pas sexy.

Comment passerez-vous le réveillon du 31?
En famille, avec mes parents, mes frères et sœurs à Flims dans les Grisons. Ma sœur vit au Liban, elle revient pour les Fêtes avec ses deux enfants à qui j’ai envie d’apprendre à skier. C’est la mission que je me suis donnée! Quatre à cinq heures de ski par jour par n’importe quel temps… c’est bien le moins quand on est à moitié Suisse!

www.sophiehunger.com

Identité. Né le 16 juin 1985 à Genève, Joël Dicker est juriste de formation. Une sœur et un frère. Célibataire, il réside à Troinex (GE).

Parcours.
Maturité cantonale, puis formation d’art dramatique au Cours Florent, à Paris. Parallèlement, formation à l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris. Bachelor en droit à l’Unige en 2008, suivi du Master.

Premier roman.
Et premier prix littéraire: le Prix des écrivains genevois, pour «Le dernier jour de nos pères», roman historique (Ed. de Fallois/L’Age d’Homme).

Deuxième roman. «La vérité sur l’affaire Harry Quebert», publié en septembre 2012, fait partie de la sélection finale pour le Prix Goncourt. Obtient finalement le Prix du roman de l’Académie française et le Prix Goncourt des lycéens.

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch
Publication:
lundi 31.12.2012, 00:00 heure

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