En automne, les étourneaux sansonnets regagnent leurs quartiers d’hiver.

Migrateurs: le climat les perturbe

L’automne est la saison où les oiseaux s’envolent vers le sud. A cause du changement climatique, beaucoup n’entreprennent plus ce périple.

La plupart des oiseaux qui vivent ici sont très sensibles aux changements climatiques. Un hiver doux est synonyme pour eux de nourriture plus abondante – ou, du moins, plus facile à trouver.
Les chardonnerets et les étourneaux sansonnets, par exemple, sont toujours plus nombreux à hiverner dans leur aire de nidification. Pour les migrateurs partiels (dont font partie ces deux espèces), cette situation est assez habituelle. Une partie d’entre eux migre, tandis que l’autre est sédentaire. Or ces derniers sont toujours plus nombreux.

Comme l’ont constaté les ornithologues, les chardonnerets trouvent de plus en plus facilement de la nourriture en hiver. Par conséquent, une part toujours plus importante de leur population reste hiverner ici. «Ces oiseaux sont capables de réagir d’urgence à des conditions météorologiques extrêmes et de migrer même en plein hiver», précise Michael Schaad, porte-parole de la station ornithologique de Sempach.
D’autres espèces, en revanche, ont plus de mal à s’adapter aux changements. C’est le cas du gobe-mouche noir, un petit passereau de 13 cm de long qui niche dans la région de Grandson (VD). Quand il revient de ses quartiers d’hiver, en Afrique tropicale, pour se reproduire en Suisse, il rate l’«ouverture du buffet», la période où il y a pléthore de nourriture. Mais pour qu’il puisse élever sa progéniture, il faut que la nourriture des oisillons (chenilles, larves d’insectes) soit abondante. Or, à présent, les chenilles prolifèrent quinze à vingt jours plus tôt qu’il y a une cinquantaine d’années. C’est trop tôt pour le petit passereau. En effet, lui aussi revient plus tôt que dans les années 1960, mais seulement huit à dix jours avant. Résultat: quand il arrive, la nourriture dont il a besoin pour élever ses petits n’est déjà plus là…

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«A cause du réchauffement du climat, les oiseaux migrateurs retardent leur départ»»

Ce petit passereau risque donc d’être victime du réchauffement climatique en raison du décalage entre la période d’élevage des jeunes et celle de présence des proies. «Il pourrait disparaître localement, déplore Michael Schaad. Depuis le milieu des années 1980, on constate déjà un recul de la population.» Selon l’ornithologue, il est évident que la migration d’automne est déterminée par la présence de la nourriture. «S’il n’y en a pas assez, les oiseaux sont obligés de migrer là où ils en trouvent en suffisance.» C’est vrai pour les insectivores qui migrent vers le sud dès la fin de l’été.

Le retour au printemps dépend par contre d’autres facteurs. «On ne fait qu’entrevoir les phénomènes déclencheurs du retour de l’oiseau dans son aire de nidification. Les hormones influent sur l’instinct migratoire, tout comme la longueur des jours et le comportement des congénères.»
En ce qui concerne le moment de la migration d’automne, il est certain que le changement climatique joue un rôle important. La station ornithologique de Sempach entretient une station d’étude de la migration des oiseaux depuis 1958 au col de Bretolet, au-dessus de Monthey (VS).
Les données collectées montrent que les oiseaux migrateurs qui hivernent sur le pourtour méditerranéen retardent de plus en plus leur départ.
A l’inverse, on note une nette tendance à un retour précoce. C’est le cas de la fauvette à tête noire et des espèces hivernant au sud du Sahara, comme l’hirondelle rustique, la rousserolle effarvatte, la fauvette des jardins et le pouillot fitis.

Départ retardé, retour avancé, nombreuses sont les espèces à élever une couvée supplémentaire grâce à un séjour prolongé dans leur aire de reproduction. «Il y a ainsi des gagnants et des perdants», commente Michael Schaad.

Les plantes et les oiseaux déplacent leur habitat

Le réchauffement climatique perturbe l’ordre naturel des choses. Plantes et oiseaux sont obligés de s’adapter à ces changements.

Le lagopède alpin est bien adapté aux conditions de vie en montagne.

Le lagopède alpin est bien adapté aux conditions de vie en montagne.
Le lagopède alpin est bien adapté aux conditions de vie en montagne.

L’observation des oiseaux nous renseigne sur les changements climatiques. En effet, de nombreuses espèces décalent leur territoire de nidification vers le nord-est, car leur habitat idéal se déplace. C’est ce qu’on appelle la migration horizontale.
En Suisse, il y a également la migration verticale. Si la limite des arbres s’élève (car il fait plus doux), les milieux à végétation buissonnante situés au-dessus disparaissent. En effet les buissons ne peuvent pas grimper à volonté, car eux aussi ont besoin d’humus pour croître.
Prenons un exemple: le lagopède alpin (ci-contre) est un oiseau très sensible à ce type de changement. Il a beau être adapté aux températures glaciales et aux rudes conditions de la haute montagne, il a besoin de broussailles et de buissons. Et il fait partie aujourd’hui des espèces aviaires potentiellement menacées de Suisse.

Quelques conseils utiles

Quand: en cas de gel prolongé, de pluies verglaçantes ou de couche de neige épaisse.
A quel moment de la journée: le matin. C’est le moment où le besoin de nourriture est le plus grand, après une nuit glaciale. On peut éventuellement remplir à nouveau la mangeoire le soir afin que les oiseaux puissent faire le plein avant la nuit.
Nourriture: disposer la nourriture de manière à ce qu’elle ne prenne pas l’humidité. Le mieux est d’installer une mangeoire protégeant la nourriture des intempéries ou d’accrocher des sachets de graines ou des boules de graisse.
Hygiène: tenir la mangeoire propre en la débarrassant des fientes et des animaux morts.
Protection: il est bon qu’il y ait quelques arbres et buissons près de la mangeoire. Par contre, les alentours immédiats doivent être bien dégagés.

www.vogelwarte.ch
Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Getty Images, Keystone, sp
Publication:
lundi 31.12.2012, 08:00 heure

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