Noël: cartes originales

Les gens ont des rêves, surtout ceux qui souffrent d’un handicap. Il leur faut des structures, de la reconnaissance, du travail.

Le mois d’août touche à sa fin et l’été nous fait encore cadeau d’une de ses journées les plus chaudes. Alors que dehors le thermomètre pulvérise la marque des 30° C, à Willisau (LU), on est en train de créer les plus belles cartes de Noël jamais vues entre Bethlehem et l’arrière-pays lucernois. Concentrées sur leur travail, avec une quasi-dévotion, Maya Lustenberger et ses collègues mélangent les couleurs, les étalent sur le papier au moyen d’un pinceau spécial et d’un système d’impression, créant un prototype après l’autre: «40 000 cartes, et aucune ne ressemble à l’autre», commente Maya, les yeux illuminés d’un fin sourire. Fière aussi de faire partie de l’équipe. Les artistes réunis dans le petit atelier souffrent chacun d’un handicap plus ou moins sévère, mais ils ont pourtant réussi à décrocher une commande de 40 000 cartes de Noël chez Coop.

Certaines de ces femmes sont handicapées de naissance, d’autres ont été victimes d’un accident et d’autres encore ont eu une attaque cérébrale. Quant à Maya, une tumeur au cerveau à l’âge de 7 ans a affecté sa vision. Un changement dans l’environnement, et l’univers de la jeune femme bascule facilement pour un bon moment – comme si tous les feux d’un sémaphore se mettaient à clignoter simultanément. Cela n’a pas simplifié les choses. «Après avoir fait un apprentissage en confection de bouquets, je n’ai pas trouvé d’emploi et j’ai été contente d’obtenir du travail à la Fondation Brändi», explique-t-elle sans quitter des yeux ses quatre associées: «Prends de la peinture fraîche, Martina, sinon il va encore nous en rester en trop», conseille-t-elle sur un ton presque affectueux à une collègue qui passe son pinceau sec sur la feuille.

Maya Lustenberger.

Maya Lustenberger.
Maya Lustenberger.

De telles situations montrent combien la collaboration de la jeune femme est précieuse dans l’atelier: «Sans Maya, nous n’aurions certainement pas pu prendre le mandat. Elle a un grand cœur, c’est l’âme de l’équipe», tient à relever Markus Vogel, chef de l’atelier de Willisau, qui appartient à la Fondation Brändi. Ici, on ne fait pas que travailler. On apprend en permanence, raison pour laquelle Maya Lustenberger suit aussi des stages dans l’économie privée. «Les deux jours que j’ai passés dans une papeterie ont été tout simplement formidables», dit-elle avec enthousiasme.

Handicapés ou non, tous les gens ont des rêves. Maya Lustenberger, par exemple, rêve de travailler avec des enfants et suit à cet effet un cours d’animatrice de groupe de jeu. «Dans chaque cas, le but est d’arriver à une situation qui soit optimale pour le collaborateur», explique Markus Vogel. Pour Maya Lustenberger, cela signifie qu’elle peut trouver du travail dans l’économie privée, une place d’animatrice de groupe de jeu, par exemple. Le pas vers l’autonomie ne doit toutefois pas être une chute dans le gouffre. C’est pourquoi cette personne est sûre de pouvoir revenir à la Fondation Brändi en cas d’échec. La formule a fait ses preuves et les cas d’insertion de personnes handicapées dans l’économie privée sont fréquents.

Markus Vogel, responsable d’atelier: «Le travail redonne confiance».

Markus Vogel, responsable d’atelier: «Le travail redonne confiance».
Markus Vogel, responsable d’atelier: «Le travail redonne confiance».

Les 40 000 cartes de Noël sont bientôt terminées. Qu’est-ce qui attend ensuite Maya, ses collègues et les quelque 80 autres collabo-ratrices et collaborateurs d’AWB? Alors que Maya s’occupe aussi de faire tourner le magasin appartenant à l’atelier, beaucoup d’autres personnes doivent accomplir des travaux plus simples, comme le montage d’appareils ménagers ou le conditionnement de pop-corn, sur mandat d’entreprises
industrielles. «Le travail donne à ces gens une structure, ils prennent confiance en eux et ils touchent aussi un salaire», relève Markus Vogel. «C’est pourquoi nous sommes heureux qu’il existe des entreprises qui nous passent régulièrement des commandes, comme Coop.»

www.sapalet.com

La concurrence est rude

Les ateliers protégés doivent batailler dur pour s’imposer sur le marché libéralisé. Coop leur confie de nombreux mandats.

Le «Rapport social statistique suisse 2011» estime à environ un million le nombre des personnes pouvant être considérées comme handicapées. Trente-sept mille personnes vivent dans une institution pour handicapés, et près de deux tiers des personnes de 15 à 54 ans souffrant d’un handicap durable exercent une activité professionnelle ou sont à la recherche d’un travail – le travail est important (voir ci-contre).

Mais des ateliers pour handicapés comme celui de la Fondation Brändi doivent batailler dur pour s’imposer sur le marché libre, car les pays à bas salaires comme la Chine leur font concurrence. «Coop est consciente de cette problématique», explique Barbara Irniger Furtwängler, responsable du sponsoring Coop. «Nous procédons à des évaluations et confions nos mandats en tenant aussi compte de cet aspect, comme en témoigne la commande de cartes de Noël.» La valeur des commandes annuelles de Coop à des ateliers protégés totalise 2 millions de francs. «Nous contribuons ainsi à une occupation pertinente de personnes handicapées qui auraient sinon peu de chances de trouver un travail régulier sur le marché libre du
travail.»

Ateliers

A la recherche de travail

En tant qu’association de branche nationale, INSOS Suisse (Institutions sociales suisses pour personnes handicapées) représente les intérêts de 750 institutions pour personnes avec handicap. Quelque 60 000 personnes y trouvent du travail, une structure de jour ou un espace de vie et peuvent y accomplir des mesures d’intégration ou d’ordre professionnel. Un petit film de la Fondation Brändi montre combien il est important pour les personnes handicapées d’avoir une tâche à accomplir et quels travaux leur conviennent.

Association de branche nationale des institutions pour personnes avec handicap (INSOS)
Franz Bamert

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo/Arkive.ch
Publication:
lundi 19.09.2011, 16:14 heure

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