Monika Lorez-Meuli (en contrebas, son village de Hinterrhein): «On ne sait pas ce qu’on serait devenu sans la conversion au bio.»

Bio: conversion réussie

Il y a vingt ans, la vallée du Rheinwald, dans les Grisons, s’est convertie à l’agriculture biologique. Monika Lorez-Meuli, agricultrice bio et politicienne, revient sur les avantages ainsi retirés.

Un pâle soleil hivernal éclaire le Rheinwald, une vallée située au nord du San Bernardino (GR). Tout est blanc. La seule touche de couleur est le vert des Bourgeons Bio que les agriculteurs ont fixés sur les étables. Il y a vingt ans, le Rheinwald était en quelque sorte le berceau du bio dans les Grisons. Ce qui s’y est réalisé a été un exemple pour d’autres communes du canton. A l’instar de Hinterrhein (1600 m) et Nufenen, qui se sont converties au bio. Peu de temps après, Medels, Splügen, Sufers et Andeer, dans le Val Schons, leur ont emboîté le pas. Aujourd’hui, 60% des agriculteurs grisons se consacrent à l’agriculture biologique.

Qu’a changé cette conversion? «A vrai dire, on ne sait pas trop ce qu’on serait devenu sans elle. Il y a des faits indéniables», répond Monika Lorez-Meuli, agricultrice bio et membre du Grand Conseil sous l’étiquette du Parti bourgeois démocratique (PBD). Le lait, par exemple, joue un grand rôle économique. Le prix accordé aux producteurs bio de la vallée est supérieur d’un tiers à celui que touchent les producteurs de la plaine. Et le lait bio est plutôt recherché.

Au cours des dernières décennies, de nombreuses fromageries ont disparu du paysage suisse. Parallèlement à cette évolution, les coopératives bio de la vallée ont non seulement conservé leurs quatre fromageries d’alpage, mais les ont mêmes agrandies. Les fromages bio du Rheinwald/Val Schons s’exportent et ont même été primés dans le monde entier. «Ce n’est là qu’un des aspects de la conversion. Chaque fromagerie d’alpage procure en outre trois ou quatre emplois. Près de trois familles sur cinq sont directement ou indirectement liées à ces entreprises, soit comme fournisseurs, soit comme employés», souligne la paysanne bio.

Entre Andeer et Hinterrhein, la population ne dépasse pas 1000 habitants. S’il y a encore des boucheries, des boulangeries et une petite épicerie dans chaque village, c’est bien parce que les paysans et les fromageries sont restés. Opter pour le bio signifie s’intéresser à la nature et à la problématique de l’énergie. Sur ce plan-là, Hinterrhein est plutôt bien servie: deux centrales hydrauliques assurent à la commune son autonomie en énergie électrique. Splügen, Sufers et les autres communes ne sont pas en reste avec leurs propres installations de production d’électricité hydraulique. «Et là derrière, ajoute la politicienne en désignant un versant de la vallée, six éoliennes vont être prochainement construites.»

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En fait, ici, personne n'a vraiment peur de l'avenir »

Monika Lorez-Meuli

Malgré ces points positifs, le bio n’est pas une panacée pour les régions de montagne. La paysanne bio prend comme exemple les quelques petites surfaces planes qui bordent la rivière. «Ici, nous sommes toujours obligés de nous battre pour obtenir de bonnes conditions cadres!» Mais quel est le rapport entre les prairies qui bordent la rivière et l’agriculture bio? «C’est bien simple. La population a voté en faveur de la loi sur la protection des eaux. Or un Zurichois ou un Bâlois n’en remarque pas l’impact. Nous, ici, n’avons plus le droit d’épandre du fumier sur nos meilleures prairies.» Ce qui semble être un détail pour un citadin est une question existentielle pour les paysans de montagne. «Non seulement le rendement de nos prairies a diminué, mais nous devons aussi réduire notre cheptel. Un excédent de fumier nous empêcherait en effet de respecter le bilan de fumure prescrit», explique Monika Lorez-Meuli.

Au lieu de s’apitoyer sur son sort, l’agricultrice s’est lancée en politique. Notamment dans le but d’améliorer ces fameuses conditions cadres. Des choses sans grande importance au premier abord, comme la remise en état d’un pont sur la N13. Ou encore l’accès de Hinterrhein à l’ADSL; faire avancer le dossier des éoliennes; promouvoir le tourisme «doux» dans la vallée par le biais de l’aménagement du Walserweg (chemin des Walser).

Les vallées qui n’ont pas adopté l’agriculture bio
sont par ailleurs aussi confrontées à ce genre de problèmes. «Mais ici, nous sommes peut-être encore plus conscients que nous vivons directement de et avec la nature», affirme Monika Lorez-Meuli. «Malgré toutes les difficultés, les paysans croient en l’avenir», s’enthousiasme l’agricultrice-politicienne. Cet état d’esprit positif doit avoir un rapport direct avec l’histoire du bio dans la vallée: «La décision prise à l’époque a fortement contribué à la cohésion sociale. De plus, nous possédons avec le fromage bio un produit demandé au niveau international. En fait, ici, personne n’a vraiment peur de l’avenir.»

Le label de qualité de Bio Suisse

Aujourd’hui, quelque 6000 agriculteurs, exploitant 11% de la surface agricole suisse, appliquent les directives strictes de Bio Suisse. Chaque année, un service de contrôle indépendant s’assure que ces directives, dépassant largement les exigences légales applicables aux produits bio, sont bien respectées. Les produits arborant le Bourgeon proviennent tous de fermes entièrement vouées à l’agriculture biologique.

Le transport par voie aérienne et l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés sont interdits, tout comme les produits chimiques de synthèse et les engrais artificiels. Enfin, l’utilisation d’additifs est nettement inférieure à ce qu’autorise la loi pour les produits biologiques. Toutes ces exigences font du Bourgeon le label bio le plus scrupuleux du monde.

www.bio-suisse.ch
Franz Bamert

Rédacteur

Photo:
Yannick Andrea
Publication:
lundi 04.02.2013, 10:54 heure

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