Les artisans de cette spécialité grisonne: Le fromager Severin Caratsch et le président de la coopérative Gilbert Ruinatscha.

CO2: un déchet qui doit être taxé

Le gaz carbonique (CO2) est un déchet comme un autre, pour René Estermann, chef de myclimate. Sauf qu’on peut encore le rejeter gratuitement.

René Estermann, chef de la fondation myclimate

René Estermann, chef de la fondation myclimate
René Estermann, chef de la fondation myclimate

Chaque Suisse génère 14 tonnes de gaz carbonique (CO2) par an: circulation automobile, chauffage, vacances, consommation, etc. Près de la moitié de ces 14 tonnes n’est pas produite en Suisse. Ce sont des émissions qu’on importe, ou plus exactement des émissions occasionnées par la production d’objets importés: vêtements, voitures, outils, peintures, rouges à lèvres, fruits exotiques… Toutefois, pour que le changement climatique mondial reste supportable, les émissions de gaz à effet de serre ne devraient pas dépasser une à deux tonnes de CO2 par personne et par an durant ce siècle. Il faut améliorer ce bilan, et le plus vite possible.

Coopération. Réduire les émissions de CO2 coûte cher et ne se fait que sur une base volontaire pour le moment. Ce système n’est-il pas condamné d’emblée, car chacun pense: pourquoi devrais-je dépenser de l’argent pour ça, si mon voisin ne le fait pas?
René Estermann. Non, pour toujours plus d’entreprises suisses, parvenir à la neutralité climatique est un objectif stratégique très clair. Il y a une conscience écologique des décideurs, mais pas seulement: pour les entreprises, c’est aussi un investissement pour l’avenir.

Est-ce qu’elles en profitent?
Bien sûr. Ça se voit très nettement dans le domaine de l’imprimerie. Beaucoup de mandants exigent d’une imprimerie qu’elle fournisse des produits neutres en CO2. Si l’imprimerie ne peut pas rester neutre en CO2, sa compétitivité baisse. De plus, les entreprises qui s’attaquent à ce sujet ont une longueur d’avance sur la concurrence. Car l’énergie pourrait devenir plus chère, la demande en produits à faible production de carbone pourrait augmenter, ou le gaz carbonique devenir brusquement payant.

Nous avons déjà la taxe CO2 sur les combustibles.
Et elle a déjà démontré ses effets. Aujourd’hui, on n’installe quasi plus de chauffage au mazout dans les nouveaux bâtiments. Pellets, pompes à chaleur, énergie solaire – les énergies renouvelables explosent. Le chauffage au mazout est un système bientôt dépassé, pour le moins en Suisse. Mais il ne faut pas en rester là: il n’y a pas de raison à ce qu’il y ait une différence de traitement entre les producteurs de gaz carbonique. Après tout, le CO2 n’est rien d’autre qu’un déchet gazeux. Aujourd’hui, il est encore évacué gratuitement. Pour gérer les eaux usées et les ordures, on paye déjà des taxes (par ex. taxe au sac). Selon le principe du pollueur-payeur, ces émissions doivent devenir payantes.

Actuellement, combien d’entreprises en Suisse sont neutres en CO2?
Rien qu’avec myclimate, il y en a plusieurs centaines: des cabinets d’avocats, des prestataires de services (banques et assurances), des entreprises de logistique ou de technologies de l’information et de la communication, ainsi que des industries qui fabriquent des produits alimentaires et non alimentaires. Bien sûr, c’est plus facile pour un cabinet d’avocats que pour une entreprise qui achète et transforme beaucoup de matières premières. Il est toutefois aussi possible à celle-ci d’être neutre en CO2. Les entreprises qui ont fait le pas donnent l’exemple et rendent ce sujet actuel.

Une entreprise neutre en CO2, ça veut dire quoi?
L’entreprise calcule ses émissions de CO2 annuelles, elle les réduit là où c’est possible, et compense les émissions impossibles à éviter par des contributions à un projet externe de protection du climat.

Le label «neutre en CO2» est-il aussi fiable que le Bourgeon Bio, MSC ou Max Havelaar?
Oui, en tout cas avec notre label «myclimate-neutral». Il comprend un bilan annuel de CO2, basé scientifiquement sur des standards internationaux. Les émissions de CO2 sont compensées dans des projets de qualité en Suisse et à l’étranger, réalisés selon des directives internationales strictes et vérifiés par des experts externes. Les projets myclimate ne se limitent pas au CO2, ils fournissent aussi des contributions appréciables au développement durable.   

Et pour d’autres labels CO2?
Le terme «neutre en CO2» n’est pas protégé, mais ce n’est pas un problème. Les entreprises qui veulent devenir neutres climatiquement ne le font pas par obligation, mais par conviction.

Comment amène-t-on des entreprises à baisser leurs émissions de CO2?
Les avantages apportés par l’amélioration des produits et de l’image sont de puissants mobiles pour réduire ses émissions de CO2, et les conditions-cadres légales sont très efficaces. Le CO2 doit devenir payant, comme ça l’a été pour les véhicules, dont les émissions de CO2 ont été massivement réduites par le biais légal. Lorsque le CO2 se mettra à avoir un coût, on voudra vraiment réduire ces frais, et le marché jouera en faveur des produits neutres en CO2 et à faibles émissions de carbone.

Chez Chocolats Halba, les gaz à effet de serre émis pendant la production sont compensés par des projets de protection du climat.

Les plants d’essences de bois nobles aident à compenser le CO2.

Les plants d’essences de bois nobles aident à compenser le CO2.
Les plants d’essences de bois nobles aident à compenser le CO2.

Il y a des émissions de CO2 partout où l’on a recours à de l’énergie fossile. «Neutre en CO2» pour une entreprise comme Chocolats Halba signifie compenser le gaz à effet de serre qu’elle rejette pendant la production par des projets de protection du climat.
Le chocolatier a pu arriver à ce résultat grâce à deux innovations: il a pu diminuer ses émissions de 27% en passant à l’électricité produite par des centrales hydrauliques au fil de l’eau. Et il compense le reste au sein de sa chaîne de production: depuis quelques années, la co-opérative Acopagro, qui fournit du cacao certifié bio et commerce équitable, plante des essences de bois nobles dans ses plantations de cacao à raison de 7500 plants par an. Ces arbres fixent le CO2.
Ce programme de reforestation a une autre fonction: les arbres contribuent à assurer un cacao de qualité, car les bois précieux améliorent le rendement des plantations de cacao. «A terme, Halba compte sur une multiplication par deux des récoltes», déclare Christoph Inauen de Chocolats Halba. En outre, les petits paysans profiteront aussi  de la vente de bois précieux certifiés FSC.

www.coop.ch/promontagna

Coop s’engage, suivez-nous!

Coop s’engage en faveur du climat et veut atteindre la neutralité carbone d’ici fin 2023. Concrètement, cela signifie que d’ici à 2023, Coop réduira ses émissions de CO2 en diminuant sa consommation d’énergie et en recourant aux énergies renouvelables – à hauteur de 50% de plus qu’en 2008 – le reste des émissions étant compensé. Coop a reçu le prix EHI 2012 décerné par le EHI Retail Institute,
un institut allemand de recherche et de formation en commerce de détail. Contribuez vous aussi à
protéger le climat sur:

www.coop.ch/developpementdurable
www.les-petits-trucs.ch
Thomas Compagno

Rédacteur

Publication:
lundi 04.03.2013, 00:00 heure

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