Beat Rinderli (59 ans) emballe des portions de riz dans des cartons. «Je suis content d’avoir ce travail et j’y prends même du plaisir.»

Réinsertion: une chance pour tous

L’assurance-invalidité (AI) doit faire des économies. Elle le fait notamment en tentant de réinsérer ses assurés dans le monde du travail. Un exemple dans le canton de Schwyz.

Karl Haf, directeur de Reismühle Brunnen

Karl Haf, directeur de Reismühle Brunnen
Karl Haf, directeur de Reismühle Brunnen

Nous sommes au service du conditionnement de la rizerie de Brunnen (Reismühle Brunnen), une usine où l’on traite le riz, dans le canton de Schwyz. Assis devant une table, Beat Rinderli empaquette des portions de riz dans des cartons.
Derrière lui, une machine débite 1500 emballages de riz à l’heure. Avec 300 emballages, notre homme est loin de tenir ce rythme. Mais au moins, il travaille. «Je suis content d’avoir ce boulot et j’y prends même du plaisir.»
Depuis 2011, la rizerie de Brunnen collabore avec la section schwyzoise de l’assurance-invalidité (AI). Elle donne du travail à des rentiers qui, à terme, doivent ou souhaitent reprendre une activité professionnelle. La démarche a du succès, assure Andreas Dummermuth, directeur de l’assurance. Plus de vingt employeurs du canton lui mettent à disposition des emplois «d’entraînement». Depuis 2009, il a déjà pu organiser plus de 140 «stages d’entraînement».

Une contribution décisive car, rien qu’en 2012, 84 rentiers AI du canton ont pu retrouver un emploi. En termes de rentes AI, l’économie est de plusieurs centaines de milliers de francs par mois. Mais ce qui est plus important encore, explique Andreas Dummermuth, c’est le message: «Avant, on disait: rentier une fois, rentier toujours. Ce n’est plus le cas.»
Pour créer ces emplois dits d’entraînement, il faut au départ la volonté de l’employeur. Mais la meilleure volonté du monde ne suffit pas toujours. Il faut aussi du travail. «Nous fabriquons de nombreux produits de niche et réalisons des mandats individuels exigeant un travail manuel», déclare Karl Haf, le directeur de la rizerie. Ces travaux relativement simples peuvent être confiés aux participants de stages d’entraînement.
«Tout le monde est gagnant, poursuit l’entrepreneur. Le rentier AI retrouve un rythme de travail, les employés de la rizerie sont déchargés de certains travaux et l’assurance-invalidité a une chance d’aider ses rentiers à reprendre pied dans le monde du travail.»

Pour l’AI, cela a naturellement un coût: elle doit continuer à verser les rentes tout en dédommageant les employeurs. A première vue, c’est une excellente affaire pour la rizerie, qui bénéficie d’un employé sans rien débourser. Elle perçoit même une indemnisation! «Ce n’est pas si simple, tempère Karl Haf. On doit former les nouveaux arrivants, surveiller leur travail et contrôler les produits. Ce qui représente du travail.»

Le patron de la rizerie n’en est pas moins convaincu de la valeur de ce projet. Du reste, lorsque le service AI du canton de Schwyz l’a approché, il a immédiatement accepté. Car Karl Haf entend assumer sa responsabilité sociale d’entrepreneur et aider les personnes en difficulté à retrouver un amour-propre en leur donnant du travail.
Ce n’est pas Beat Rinderli qui va le démentir, lui qui nous confie à quel point le travail lui fait du bien. Cet ancien chauffeur de bus a dû renoncer à son métier pour des raisons de santé il y a plus de dix ans. Il est devenu logisticien. Mais un très grave accident de travail et trois infarctus l’ont contraint à abandonner aussi cet emploi. Pouvoir retravailler après deux ans d’inactivité a donc été une chance pour lui.
Mais ce n’est pas facile. Se remettre dans le rythme du travail exige une période d’adaptation. Karl Haf le constate aussi régulièrement, «mais c’est le seul chemin sur la voie d’une réinsertion professionnelle», souligne-t-il. La réinsertion, c’est ce que se souhaite Beat Rinderli. Même s’il ne sera pas évident de retrouver un emploi à 59 ans. «Son attitude face au travail est très positive, ce sera certainement un atout pour lui», estime le patron de la rizerie.

Reismühle Brunnen est le fournisseur principal de riz équitable en Europe. Epatant pour une entreprise qui emploie dix-huit personnes!

Le riz équitable provient surtout de Brunnen

La rizerie de Brunnen traite 11 000 tonnes de riz par an.

L’entreprise Reismühle Brunnen décortique et emballe chaque année près de 11 000 tonnes de riz. Cela va du riz Prix Garantie aux spécialités Fine Food. En effet, le gros de la production, environ 40%, est écoulé par Coop. La petite rizerie de Suisse centrale vend le reste de sa production à divers grands clients de Suisse, d’Italie, d’Autriche, d’Allemagne, de France et d’autres pays de l’UE.
Le marché est porteur, car les consommateurs accordent de plus en plus d’importance au développement durable. Le riz bio et équitable «Fairtrade» représente déjà plus d’un tiers de la production de la rizerie de Brunnen, devenue le principal fournisseur de riz «Fairtrade» d’Europe.
La rizerie a été fondée en 1956 avec l’aide de VSK, «l’ancêtre» de Coop. Depuis 2004, elle appartient entièrement à Coop. La rizerie n’est pas une minoterie, car elle ne moud pas le riz, mais le décortique et le conditionne. Des étapes de production qui se font depuis longtemps dans des usines.

Du travail pour les handicapés

Coop travaille avec plusieurs institutions pour personnes handicapées. Depuis des années, la Fondation Brändi, dans le canton de Lucerne, est partenaire de Coop. Elle fabrique et conditionne des ustensiles de cuisine, soit 170 000 unités par année. Le «Wohn- und Bürozentrum» de Reinach (BL) emballe et expédie les prix des gagnants de concours pour Coop. C’est aussi là qu’on fait le bulletin de Coop Naturafarm. La coopérative Vebo, à Soleure, envoie des collaborateurs à la centrale de distribution de Coop à Wangen (AG) pour renforcer l’équipe de conditionnement. Enfin, l’atelier protégé Bewo, à Oberburg (BE), fabrique pour Coop des caissettes à bouteilles de vin et des mangeoires pour oiseaux.

Thomas Compagno

Rédacteur

Publication:
lundi 11.03.2013, 00:00 heure

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