Oiseaux, papillons, coléoptères et araignées transfèrent leur habitat de 11 mètres en altitude chaque décennie.

Ils recherchent un nouvel habitat

Le changement climatique est encore abstrait pour beaucoup d’entre nous. Pourtant, de nombreuses espèces animales et végétales émigrent vers des régions plus froides. Un mouvement plus rapide que prévu.

En 2010, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a pronostiqué une émigration massive de certaines espèces vers des régions situées à une altitude supérieure. Les espèces alpines risquaient d’en pâtir. L’OFEV a indiqué que de nombreux papillons diurnes quitteraient les étages de basse altitude pour rejoindre des régions situées à plus de 1200 m, si les températures augmentaient effectivement de 2° C d’ici à 2050.

Les pronostics du Monitoring de la biodiversité suisse (MBD) sont ainsi indirectement confirmés. A cause du réchauffement climatique, des espèces animales et végétales migrent effectivement de 20 cm par heure vers des latitudes plus froides, jour après jour. C’est ce que révèle une étude parue dans Science.

Des chercheurs britanniques et taïwanais ont étudié plus de 2000 populations d’animaux et de plantes pour arriver à la conclusion suivante: les oiseaux, les papillons, les coléoptères, les araignées, les algues ou les mousses s’éloignent en moyenne de 16,9 km de l’équateur ou transfèrent leur habitat de 11 m en altitude toutes les décennies. Il existe bien entendu des espèces qui restent dans leur milieu habituel et d’autres qui s’en éloignent beaucoup plus rapidement.

Les scientifiques ont également constaté que les animaux et les plantes ont recherché de nouveaux habitats beaucoup plus vite que ne le laissaient entrevoir des études précédentes. «Le déplacement se produit visiblement deux à trois fois plus vite qu’on ne s’y attendait en 2003», explique Gian-Reto Walther, collaborateur scientifique auprès de l’OFEV.

Les résultats d’une étude publiés dans Nature montraient en effet un déplacement décennal de 6,1 km en direction des pôles et de 6,1 m en altitude. Selon les auteurs de l’étude récente, c’est le changement climatique qui est responsable de la recherche de nouveaux habitats par les animaux et les plantes. Ils sont parvenus à montrer que c’est dans les régions où le réchauffement est le plus fort que les espèces émigrent le plus. La cause de cette émigration ne peut dès lors être recherchée ailleurs que dans les changements environnementaux en cours.

Des résultats de chercheurs suisses ont aussi été intégrés à cette nouvelle étude. Ils concernent les déplacements de plantes et de mousses vers des étages plus élevés des Alpes. En Suisse, d’autres espèces réagissent au changement climatique. Début septembre, la Station ornithologique suisse de Sempach annonçait que depuis le début de ce siècle, au moins un tiers des espèces d’oiseaux de Suisse avaient déménagé vers des zones plus élevées (voir ci-contre).

«On peut déduire de toutes ces études que de nombreuses espèces réagissent aujourd’hui aux effets du changement climatique», dit Gian-Reto Walther. Et de poursuivre: «La vigueur de cette réaction dépend de l’ampleur du changement climatique dans le milieu de vie de l’espèce considérée, mais également de la capacité d’adaptation de chaque espèce.»
Ce qui est déterminant, c’est la capacité qu’a chaque espèce de con-quérir rapidement de nouveaux espaces. Pour les espèces dépendant de milieux plus froids, comme la région alpine, il sera toujours plus difficile de s’installer à des altitudes plus élevées. En effet, plus on monte, moins il y a de surface disponible. Et une fois le sommet atteint, pas moyen d’aller plus haut…

La dernière envolée des oiseaux alpins

La perdrix des neiges et le merle à plastron doivent monter toujours plus haut. Leur habitat rétrécit de plus en plus. Explications.

Le lagopède alpin est menacé.

Le lagopède alpin est menacé.
Le lagopède alpin est menacé.

Le lagopède alpin (perdrix des neiges) est particulièrement menacé. Ses effectifs ont diminué d’un tiers ces vingt dernières années, selon la Station ornithologique suisse de Sempach. Cet oiseau souffre car son plumage très isolant ne lui permet pas d’évacuer suffisamment la chaleur. En cas de réchauffement général, le lagopède alpin est donc contraint d’émigrer vers des sites plus froids. «Selon nos calculs, le pire scénario prévoit que le lagopède ne trouvera plus d’habitat approprié en Suisse à la fin du XXIe siècle», relève Ramona Maggini, responsable du projet de recherches ClimBird à la Station ornithologique suisse.
Le lagopède n’est pas le seul concerné par le réchauffement climatique.

Il y a aussi le merle à plastron, qui vit dans les forêts de montagne entre 1200 et 2200 m d’altitude. On observe actuellement un recul de ses effectifs essentiellement dans les étages inférieurs. Il a par exemple abandonné les sites du plateau de la Haute-Engadine. Par ailleurs, on trouve de plus en plus de merles noirs dans les habitats montagneux.

Biodiversité en Suisse

Des espèces en danger

On estime que la Suisse abrite 50 000 espèces d’animaux sauvages, de plantes, de champignons, de lichens et de mousses. D’après le site wwf.ch, les scientifiques pensent que bien plus d’espèces ne sont pas encore connues. La moitié environ des espèces bien connues sont fortement ou au moins potentiellement menacées. Le discours de l’Office fédéral de l’environnement est similaire: en Suisse, le degré de menace qui pèse sur les espèces a pu être évalué pour un cinquième des plantes, des animaux et des champignons.

Plus d’infos sur:

La biodiversité sur le site de l'Administration fédérale

Coop s’engage depuis des années avec plusieurs partenaires en faveur de la protection des espèces et de la biodiversité. Pour plus d’infos:

Le développement durable chez Coop
Christian Degen

Rédacteur

Photo:
Keystone
Publication:
mardi 27.09.2011, 12:30 heure

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