«Ma légèreté, je vais la retrouver»

Personne n’a oublié les tubes de Dave comme «Vanina» ou «Dansez maintenant». Le chanteur néerlandais se produira jeudi prochain 6 octobre à Neuchâtel. Interview entre humour et gravité.

Coopération. Le succès des vagues revivals persiste. Pourquoi?
Dave. 
Ça m’a concerné vers le début des années 1990 où il y a eu un revival des années 1970. Les décideurs de la presse et de l’audiovisuel ont le début de la quarantaine. Quand on a passé ce cap, on a compris qu’on est à la moitié de sa vie. Et qu’il est plus rassurant de regarder en arrière que devant. A 8, 10, 14 ans, on aime les artistes qui chantent en français et puis on passe aux chanteurs anglo-saxons en reniant totalement ce qu’on a aimé avant. Et puis l’on revient à ses premières amours. Les maisons de disques ont compris ce mouvement et poussent les «anciens».

Vous êtes donc revenu sur le devant de la scène?
J’ai su transformer, sans prétention aucune, cette sorte de retour de vente de disques en quelque chose de durable parce que j’ai été invité dans les talk-shows à la mode au milieu des
années 1990. Ils se sont rendu compte que j’avais la langue bien pendue et plusieurs producteurs se sont approchés pour me demander si j’étais intéressé à présenter des émissions. Ce que j’ai fait sur plusieurs chaînes.

Un projet de nouveau disque?
Oui, le réenregistrement de mes cinq chansons les plus connues, Vanina, Mon cœur est malade, Dansez maintenant, Est-ce par hasard? et Du côté de chez Swann, et d’autres titres. Je suis en studio depuis le 11 août pour ce disque très soul à sortir en fin d’année. C’est la première fois depuis des années que je ne suis pas au bord de ma piscine ce mois-là; ça m’a un peu emmerdé, mais bon, Paris vaut bien une messe! (Rire)

Un secret pour rester dans le coup?
Avoir une actualité tous les deux ans au moins. Ça ne veut pas dire que c’est le chanteur qui dure, c’est l’homme. Il y a beaucoup de gens qui vont me dire Dave, qu’est-ce que tu es sympa, drôle, intelligent. C’est très agréable à entendre. Mais moi, j’ai envie qu’on me dise qu’est-ce que tu chantes bien, on a acheté ton dernier disque. Et ça, on me le dit beaucoup moins souvent! (Rire)

Nostalgique du temps qui passe?
Je fais partie de la génération sida. Nous avons été confrontés au milieu des années 1980 à la mort, d’une manière insupportable. J’ai commencé à perdre des amis. Sur les dix avec qui je sortais régulièrement, il en reste deux. Un peu comme si j’avais connu la guerre.

Vous vous êtes forgé une carapace?
La mort s’est présentée à moi beaucoup plus tôt que normalement. Ça a jeté une ombre définitive sur ma vie. Que les gens meurent autour de soi, quand on a
67 ans, c’est normal. Oui, je me suis endurci et je ne pleure plus. Je n’ai plus de larmes. J’ai pleuré à la mort de Thierry Le Luron. C’était la première fois. Quand la bière est passée, j’ai fait la connerie de l’imaginer dedans. Et je conseille à ceux qui assistent à un enterrement de se dire que la personne chérie n’y est pas, mais qu’elle est dans votre tête, votre disque dur. Le reste, ce n’est rien.

Vous-même êtes passé récemment à côté de la mort.
Il y a quatre mois, j’ai subi un pontage. Voici six mois, j’ai perdu ma sœur et décidé de prendre soin de moi car, comme beaucoup d’hommes, je m’occupe mieux de ma voiture que de moi-même.

Il était temps...
Effectivement, j’avais les coronaires bouchées à 96%! Si j’avais attendu septembre, comme je le prévoyais avant de consulter, je serais mort. Depuis, j’ai perdu un peu de ma légèreté, mais paraît-il que c’est normal et que je vais la retrouver. (Sourire)

Aimeriez-vous laisser une trace, musicalement?
Je suis un humble interprète et ce n’est pas de la fausse modestie. Je n’ai rien bouleversé, j’ai fait de la chansonnette, mais avec mon cœur et une bonne voix quand même. La grande préoccupation, aujourd’hui, c’est de laisser des traces. Je ne suis pas une limace, je ne laisse pas de traces! (Rire)


Carrière

«J'ai été con...»

Des regrets dans votre carrière?
Oui. Quand j’ai commencé à vendre des disques, en 1974, trois millions sont partis en 18 mois. C’est con de ma part. J’aurais écoulé ces trois millions sur 5 ans, j’aurais été un grand vendeur. Je me suis fait avoir.

C’est-à-dire?

A partir de Goldman et Cabrel, les chanteurs ont mieux géré cet aspect. Ils sortent un album qui marche à fond et attendent quatre ans avant de recommencer. Jusqu’au moment où le public se demande quand va sortir leur nouvel album. Donc, ces artistes durent plus long-temps. Moi, j’ai vendu des disques – quinze millions – entre 1974 et 1979 et après c’était la fameuse traversée du désert. Mais les maisons de disques doivent faire du chiffre, alors elles t’exploitent.

D’autres déceptions?
De ne pas avoir eu une carrière plus internationale, d’autant que je parle anglais, allemand et italien, en plus du néerlandais et du français. Mais les maisons de disques françaises ne sont pas intéressées à ce que tu sois numéro un en Allemagne, car elles gagnent beaucoup moins d’argent.

Portrait

Hollandais chantant

Bio. Dave s’appelle en réalité Wouter Otto Levenbach. Il est né le 4 mai 1944 à Amsterdam, aux Pays-Bas.

Vie privée. L’artiste, qui n’a jamais caché son homosexualité, partage l’existence du compositeur Patrick Loiseau depuis quarante ans.

Paternité. Lorsqu’on lui demande s’il aurait souhaité être père, Dave, après un moment de silence, demande un joker.

Spectacle. Le chanteur donnera un concert gratuit (pas de réservation) à La Maladière Centre, à Neuchâtel, jeudi prochain 6 octobre, à 18 h 30.

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Didier Walzer
Photo:
Francine Bajande, Keystone, P. Ullman, Roger-Viollet
Publication:
lundi 03.10.2011, 00:00 heure

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