A Hinwil (ZH), on retire environ 10 kilos d’or par année de ce qui reste des déchets après incinération.

Recyclage: poubelles d’or

Nous produisons des tonnes de déchets. Il vaudrait la peine pourtant de trier. Aussi bien d’un point de vue économique qu’écologique.

Ce que vous jetez à la poubelle est peut-être de l’or! Vous n’y croyez pas? Pourtant cela arrive tous les jours. D’accord, ce n’est pas de l’or massif ou du 18 carats, mais de l’or contenu dans divers produits et composants. A la centrale de traitement des déchets de l’Oberland zurichois (KEZO), à Hinwil, cet or est récupéré.

Chaque année, en Suisse, les usines d’incinération des ordures ménagères (UIOM) brûlent environ 3,7 millions de tonnes de déchets. Après incinération, il reste ce que l’on appelle le mâchefer, qui doit être stocké en décharge. Dans un pays comme la Suisse, la place pour de telles décharges est limitée. Par conséquent, on remet des parties du mâchefer dans le circuit des matériaux. Dans la plupart des pays, les ordures sont uniquement acheminées vers des décharges. Ce qui prend beaucoup plus de place. En plus, la dégradation des ordures produit plus de CO2 que leur traitement dans une UIOM.

Depuis mars 2008, l’UIOM d’Hinwil met en œuvre une nouvelle technique, le «thermorecycling», qui permet d’extraire du mâchefer nettement plus de matériaux de valeur. Prenons le cuivre. Quand il n’est pas séparé du mâchefer, il s’agit d’un métal lourd qui pollue fortement nos décharges. En revanche, quand il est séparé, il redevient un métal de valeur qui peut retourner dans le cycle des matériaux. Mais les déchets sont aussi des mines de métaux précieux, comme l’or et l’argent. A Hinwil, on retire par exemple environ 10 kilos d’or annuellement du mâchefer! La construction d’une grande installation de retraitement devrait permettre d’extraire encore plus de métaux.

«

Les déchets sont des mines de métaux précieux, comme l'or et l'argent»

Daniel Böni, directeur de l’usine d’incinération de Hinwil (ZH).

Outre l’or, l’argent et le cuivre, la KEZO récupère de l’aluminium. Les métaux séparés sont recyclés. «Notre exigence est d’obtenir des matériaux d’une qualité suffisante pour être envoyés directement à la fonte», explique Daniel Böni, directeur de l’usine d’incinération de Hinwil. Ce qui est le cas de l’aluminium, suffisamment pur. En revanche, l’alliage de cuivre, d’or et d’argent doit subir un traitement spécial destiné à séparer les éléments. «Nous ne retirons pas d’or pur de nos déchets», ajoute le directeur. Consolation: le recyclage de l’or et de l’aluminium utilisant moins d’énergie que la production primaire de ces métaux, il est écologiquement pertinent.

De plus, la valeur des métaux sur le marché fait que le développement d’équipements de retraitement devient économiquement intéressant. La possibilité d’investir dans une nouvelle installation en est la preuve. Celle-ci entrera en service à la fin de cette année.

Des analyses externes ont montré que le potentiel de production d’or de la KEZO se situe à environ 80 kilos par an. Mais Daniel Böni relativise ce chiffre: «Nous pouvons certes mesurer ce que nous retirons des déchets. Mais ce qui reste dedans, nous l’ignorons.» Le kilo d’or se vend actuellement environ 43 000 francs. La nouvelle installation pourrait traiter environ un tiers du mâchefer produit en Suisse. Daniel Böni est persuadé que cette technologie va s’imposer dans tout le pays. Et à l’étranger, le «thermorecycling» suscite un grand intérêt.

«Cela n’empêche pas que papier, carton, verre, PET, déchets spéciaux et piles doivent continuer d’être collectés séparément pour être recyclés», rappelle Daniel Böni. Enfin, il ne faut pas oublier que les UIOM produisent de la chaleur, transformée en électricité et en eau chaude pour le chauffage à distance. À Hinwil, les rejets de chaleur – habituellement perdus – chauffent les serres des frères Meier où poussent tomates, concombres et salades. Coop est le principal acheteur de leurs légumes.

Les Suisses champions du recyclage

Le recyclage a du sens. Il permet d’économiser de l’argent et de l’énergie.

Le tri des déchets: une bonne habitude.

Le tri des déchets: une bonne habitude.
Le tri des déchets: une bonne habitude.

PET: en 2011, en Suisse, on a recyclé huit bouteilles de PET sur dix, soit plus d’un milliard d’unités. Le recyclage ne nécessite que la moitié de l’énergie nécessaire à la fabrication de bouteilles en PET neuf.

www.petrecycling.ch

Papier: en 2011, on a collecté environ 1,3 million de tonnes de vieux papier, ce qui représente un taux de ramassage de 91%. Quelque 69% des volumes de papier et de carton collectés ont été recyclés.

www.altpapier.ch

Verre: les Suisses sont également des fidèles du ramassage du verre: 349 858 tonnes en 2011. Soit un taux de collecte de 94,2%. Le verre collecté est transformé en bouteilles et verres neufs.

www.vetrorecycling.ch

Electronique: d’après Swico, plus de 60 000 tonnes de déchets électroniques ont été pour la première fois collectées en 2012. Ce qui correspond à un taux dépassant 90%. Parallèlement, la fondation Sens a annoncé en avoir recyclé pour sa part 74 700 tonnes.

www.erecycling.ch

Où déposer quoi? Recycler correctement

Les bouteilles en PET et les bouteilles à lait en PE peuvent être rapportées dans tous les supermarchés Coop et les Coop Pronto.

Les capsules de gaz pour émulsionneur Kisag et appareils à soda, les cartouches pour filtres à eau Coop et Brita, les piles, les appareils électriques, ainsi que les lampes à économie d’énergie et à LED peuvent être apportés dans les filiales qui vendent ces produits.

Coop brico+loisirs reprend les tubes lumineux, les peintures, les vernis et les produits chimiques.

Les déchetteries publiques recueillent les bouteilles et bocaux à usage unique, les boîtes de conserve, les emballages en aluminium ainsi que papier, carton et chaussures. Il existe aussi des centres de collecte privés pour le PET et l’aluminium, et pour les équipements électroniques (Swico, Sens).

Photo:
Prisma, Keystone / Texte: Noëmi Kern
Publication:
lundi 27.05.2013, 11:44 heure