Smog: quelque chose d'irritant dans l'air

Pour réduire les polluants dans l’air, la Suisse a été pionnière en introduisant un filtre à particules de suie. Explications avec un expert.

Martin Schiess, chef de la division Protection de l'air et RNI de l'Office fédéral de l'environnement.

Martin Schiess, chef de la division Protection de l'air et RNI de l'Office fédéral de l'environnement.
Martin Schiess, chef de la division Protection de l'air et RNI de l'Office fédéral de l'environnement.

Coopération. Quelle est la qualité de l’air en Suisse actuellement?
Martin Schiess. La pollution atmosphérique a diminué depuis les années 1980. Malgré cela, les valeurs de certains polluants sont encore trop élevées. Mais, en général, nous avons obtenu de bons résultats ces vingt à trente dernières années, en utilisant davantage les technologies propres.

Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire?
Des polluants tels que le monoxyde de carbone ou le plomb – un métal lourd – ne posent plus de problèmes majeurs. C’est parce que nos voitures sont en général dotées de catalyseurs et roulent avec de l’essence sans plomb. De plus, la désulfuration des carburants et des combustibles a entraîné une nette réduction de la charge en dioxyde de soufre. Nous sommes en dessous des valeurs limites pour neuf des douze principaux polluants.

Ces valeurs limites sont-elles assez sévères?
Oui. Si la concentration d’un polluant est inférieure à la valeur limite, cela signifie qu’il ne représente pas un danger direct pour l’homme ni pour l’environnement. Même pour les personnes particulièrement sensibles comme les enfants ou les asthmatiques. Au fond, il s’agit d’indicateurs qui montrent où nous en sommes, à quel moment nous devons réagir rapidement et quels sont les domaines où nous devons progresser sur le long terme.

L’ozone, par exemple…
L’ozone est un gaz irritant et pose surtout problème durant les chaudes journées d’été. Ce n’est pas un gaz émis directement. Il est produit lorsque des vapeurs de solvants, d’essence ou d’oxyde d’azote sont exposées au rayonnement solaire. Plus ces précurseurs sont présents dans l’air, plus la formation d’ozone est importante.

Qu’est-ce qu’on peut faire?
L’oxyde d’azote provient surtout des véhicules à moteur. Une mesure efficace consiste donc à doter tous les véhicules de systèmes – appelés catalyseurs DeNOx – qui retiennent l’oxyde d’azote. En outre, il nous faut envisager un durcissement des normes en matière de gaz d’échappement ainsi que des directives pour les installations de combustion. Le consommateur peut, à son niveau, apporter sa contribution: en choisissant par exemple des outils de jardin électriques plutôt que des appareils avec un moteur à deux temps. Il peut aussi utiliser de la peinture et des produits de nettoyage qui contiennent peu de solvants.
Toutes ces mesures doivent être appliquées au niveau international, pas seulement en Suisse. Cela vaut aussi pour l’ammoniac – qui s’échappe surtout lors de l’entreposage et de l’épandage du lisier et du fumier – et les particules fines.

Justement, qu’en est-il des particules fines?
Elles sont cancérigènes et restent un défi majeur. Ce phénomène se produit en hiver, quand les températures sont très basses en plaine et plutôt élevées en altitude. L’air chaud agit alors comme un couvercle qui empêche les particules fines et les autres polluants de s’échapper. Ceux-ci finissent par former une chape de brume: le smog hivernal. Nous ne pouvons pas agir sur la météo, il nous faut donc réduire les quantités de polluants. A cet égard, nous avons été des pionniers en dotant les moteurs diesel de filtres à particules de suie.

C’est-à-dire?
En 2000, le filtre à particules a été imposé lors de la construction de tunnels. En 2004, cette obligation a été étendue aux grands chantiers. Ces expériences pionnières nous ont permis d’être en 2009 le premier pays du monde à introduire, au plan national, l’obligation du filtre à particules pour les machines de chantier. Parallèlement, nous avons lancé un système d’incitation financière pour les bus diesel. Nous continuons donc à nous rapprocher de notre objectif: des moteurs diesel sans émissions de suie.

Pollution: que peut-on faire pour y remédier?

L’Office fédéral de l’environnement suggère des petits trucs pour ceux qui ont à cœur d’améliorer la qualité de l’air. Echantillon.

Trafic: éviter les trajets inutiles et les longs vols; partir en vacances à proximité; privilégier la marche, le vélo et les transports publics; faire du covoiturage; limiter la vitesse; conduire en roulant à bas régime; éteindre le moteur à l’arrêt.

Ménage: produire moins de déchets; composter les déchets organiques; trier les déchets: vieux papiers, verre, alu, métaux; éliminer correctement les déchets dangereux: piles, tubes fluorescents, huiles usagées, solvants; ne pas brûler ses déchets dans la cheminée/le jardin; préférer les produits régionaux qui ne sont pas transportés sur de longues distances; utiliser des peintures, vernis, colles, sprays et produits ménagers sans solvants.

Chauffage: abaisser la température des locaux (locaux d’habitation: 19 à 21° C, chambres et locaux annexes: 16 à 18° C); aérer brièvement en ouvrant grand les fenêtres; améliorer l’isolation; remplacer ou moderniser les vieilles installations de chauffage. Autres suggestions sur:

L’air est un élément vital

Un adulte respire chaque jour quelque 12 000 litres d’air, soit douze kilos. S’il fait du sport, ce volume peut vite atteindre 15?000 litres ou plus. Nous pouvons tenir des semaines sans manger. Sans eau, deux ou trois jours. Mais sans oxygène, on ne survit pas trois minutes.

L’air ambiant est donc notre élément vital principal. «Or, contrairement à la nourriture et à l’eau, l’air ne s’achète pas en magasin, rappelle Martin Schiess de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Nous n’avons donc pas le choix et sommes contraints de respirer l’air disponible.»

Cela signifie qu’à chaque respiration, notre organisme peut assimiler des gaz nocifs pour la santé, comme le dioxyde d’azote ou l’ozone, ou des particules fines. Selon l’OFEV, le niveau actuel de la pollution atmosphérique en Suisse entraîne chaque année entre 3000 et 4000 décès prématurés, dont 300 sont dus au cancer des poumons.

L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) et l'air
René Schulte

Rédacteur

Publication:
mardi 02.08.2011, 15:25 heure

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