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Aujourd’hui, la population apprécie ces milieux aquatiques.

Jusqu’à quarante espèces vivent dans une source et leur survie en dépend.



Sources: ces biotopes oubliés

Les sources procurent non seulement de l’eau pure, elles sont aussi des milieux de vie uniques. Or, en Suisse, on ne trouve ratiquement plus de sources à l’état naturel.

En y regardant de plus près, une source foisonne d’êtres vivants. Sur une surface très réduite, elle forme une véritable communauté de vie qui, quelques mètres en aval, n’existe peut-être déjà plus. On y observe entre autres la pisidie des sources, un mollusque bivalve qui ressemble à une lentille d’une dizaine de millimètres.

Un peu plus loin, voici une larve de mouche de pierre, un insecte extrêmement vorace au stade larvaire. Une fois adulte, elle ne se nourrit plus. Le dragonneau, un ver fin d’une trentaine de centimètres de long, vit aussi dans les sources. Son nom latin, Gordius aquaticus, est amplement mérité: au moment de l’accouplement, les mâles s’agglutinent autour de la femelle et forment un écheveau qui ressemble à un noeud gordien.

Il existe des types de sources très différents. Certaines donnent naissance à un filet d’eau, d’autres ont un débit de plusieurs milliers de litres par minute. Mais elles présentent toutes des caractères très constants. L’eau, par exemple, a toujours la même température, qui correspond à la température moyenne annuelle de l’air à cet endroit.

En été, elle donne une impression de fraîcheur tandis qu’en hiver elle semble plutôt tiède. A cette saison, les sources ne gèlent pas complètement et se distinguent ainsi de leur environnement. Les organismes qui y vivent – jusqu’à quarante espèces – se sont acclimatés à ces conditions. Si les sources disparaissent, toute cette faune disparaîtra aussi. Le cordulégastre annelé, à l’abdomen rayé jaune et noir et aux grands yeux verts, la plus grande de nos libellules indigènes, est tributaire des biotopes sourciers. Ses larves ne se développent qu’ici. Leur métamorphose peut durer sept ans. Pendant ce temps, les larves ne doivent pas être dérangées. Des bovins qui viennent patauger dans la source peuvent causer leur perte.

Les animaux qui vivent dans les sources doivent être armés pour survivre. Prenons le trichoptère à fourreau Agapetus: cet insecte, dont la larve vit dans des sources à fort courant, fi xe des graviers sur son fourreau pour peser plus lourd et ne pas être emporté.

La faune des sources pétrifiantes a des conditions de vie particulièrement diffi ciles. L’eau y est très calcaire. Quand elle émerge à la surface, le calcaire recouvre tout d’une fi ne pellicule. C’est le travertin.

Avec le temps, des terrasses calcaires en escaliers se forment. Plantes, mousses, pierres, bois, feuillage, tout est calcifié. Y compris les animaux qui ne muent pas ou ne peuvent se débarrasser du calcaire assez vite… Il y en a cependant un qui est assez rapide pour ne pas être pétrifié: la salamandre tachetée, qui dépose ses larves de préférence dans les sources. Elle figure sur la liste rouge des espèces menacées, tout comme d’autres habitants des sources.

En Suisse, la plupart des sources n’existent plus à l’état naturel. Nombre d’entre elles ont été captées et bétonnées. Les spécialistes estiment qu’il ne subsiste sur le Plateau que 1 à 2% des sources ayant conservé leur aspect d’origine… Toutes les sources captées ne l’ont pas été pour collecter de l’eau potable. Dans l’agriculture, elles constituaient une gêne tandis que dans les zones urbanisées, elles étaient indésirables. Aujourd’hui, la population apprécie ces milieux aquatiques. A certains endroits, on leur a rendu leur aspect naturel. Ainsi, elles ont pu se régénérer relativement rapidement.

«On pourrait faire beaucoup de choses pour protéger les sources»

Les sources sont des milieux très sensibles qui réagissent vivement au moindre dérangement. Elles ne sont pourtant pas protégées.

Stefanie von Fumetti est collaboratrice scientifique à l’Institut de biogéographie de l’Université de Bâle.

Stefanie von Fumetti est collaboratrice scientifique à l’Institut de biogéographie de l’Université de Bâle.
Stefanie von Fumetti est collaboratrice scientifique à l’Institut de biogéographie de l’Université de Bâle.

Coopération. Vous êtes une spécialiste des sources. Qu’est-ce qui vous a le plus frappée?
Stefanie von Fumetti.
Beaucoup ne savent pas comment se présente une source et qu’elle constitue un habitat. Une petite mare dans un pré ou en forêt est peut-être un biotope unique.

Il n’existe pour ainsi dire plus de sources naturelles.
Oui, et en plus, elles sont menacées par les engrais, le piétinement du bétail ou les branches coupées.

Peut-on les protéger?
On pourrait faire beaucoup de choses. Il suffirait de quelques personnes une demi-journée pour clôturer une source et lui permettre de se régénérer. Il faudrait aussi qu’une loi les protège.

Qu’étudiez-vous avec votre équipe?
Nous voulons savoir quel pourrait être l’impact du réchauffement climatique sur ces milieux sensibles. En comparant les données actuelles avec les résultats d’une étude réalisée il y a septante-cinq ans, on s’est aperçu que le nombre d’espèces vivant dans les sources a régressé. Nous essayons aussi de faire l’historique du peuplement de la Suisse pour savoir quelles espèces ont colonisé la Suisse et comment.

Pédagogie: cinq sentiers

Aujourd’hui, si l’on remonte un cours d’eau jusqu’à sa source, il est très rare d’y trouver un biotope ayant conservé son caractère naturel. Ce qu’on trouve, c’est en général une fontaine, un captage d’eau potable, une construction, des thermes. Parfois, on tombe sur une chapelle, car les sources ont souvent été considérées comme des lieux mystiques et mythiques. Les quelques sources naturelles qui existent encore sont difficiles à trouver. Dans la région de Bâle, on peut en voir plusieurs en parcourant cinq sentiers pédagogiques. En fait, il n’y a pas de panneaux mais les informations (en allemand) existent et peuvent être téléchargées.

Sentiers pédagogiques de la région de Bâle (infos en allemand)
Photo:
F. Infanger
Publication:
lundi 10.10.2011, 10:03 heure

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