Avec la médicalisation de l’accouchement, on a oublié l’autre acteur principal de la naissance: la femme.

Accouchement: naissance naturelle

Pour donner naissance à leur enfant, la plupart des femmes se rendent à l’hôpital, oubliant que l’accouchement est un acte naturel. Gros plan sur l’accouchement non médicalisé.

Pourquoi avoir envie d’accoucher ailleurs qu’à l’hôpital où naissent la majorité des enfants en Suisse? Les raisons objectives sont nombreuses. Pour choisir sa position d’expulsion – assise, accroupie, à quatre pattes, adossée à un mur, dans les bras de son compagnon ou dans l’eau tiède d’une baignoire. Pour rester actrice de la naissance de son enfant et ne pas se laisser immobiliser par tout un arsenal technique: ceinture abdominale reliée à un monitoring, perfusion intraveineuse où se distille de l’ocytocine, une hormone qui accélère la dilatation du col de l’utérus, et parfois masque à oxygène. Pour donner un cadre intimiste et douillet à la venue au monde de son enfant, sans
lumière crue, matériel médical et personnel anonyme.

Bref, rien de forcément idéologique, de sectaire ou d’archaïque dans ces arguments! C’est pourquoi en Suisse, les femmes peuvent se poser la question et décider – c’est légal – d’accoucher dans une maison de naissance. En France, c’est quasi impossible, puisque les maisons de naissance ne sont autorisées que depuis novembre dernier, à titre expérimental et sous conditions très strictes. Pourtant, ce choix, s’il est de moins en moins marginal, reste
minoritaire.

Le réflexe de la majorité des femmes est d’accoucher à l’hôpital. Résultat: alors que  seules 10 à 20% des naissances nécessitent une assistance technique, 30% des bébés suisses naissent par césarienne. L’accouchement étant progressivement devenu depuis un siècle un acte médical. Si Magali Ghezzi, sage-femme, a décidé d’ouvrir
une maison de naissance à Neuchâtel, c’est parce qu’elle ne pouvait plus exercer à l’hôpital son métier tel qu’elle l’a appris et le conçoit. «L’obstétrique est guidée par le souci de la sécurité maximale. Les médecins sont dans la peur du moindre risque et recourent aux forceps et à la césarienne dès que l’accouchement ne se déroule pas assez vite. Les sages-femmes sont au contraire dans la patience, la confiance et la réassurance de la femme qui accouche.»

Selon elle, une femme mise en confiance, bien accompagnée, durant sa grossesse puis durant l’accouchement, encouragée par des mots précis et rassurants, peut accoucher sans geste médical qui pique – péridurale et intraveineuse – ou qui coupe – épisiotomie, césarienne. Et la douleur? «Quand une femme peut choisir la position qui lui convient, qu’elle est rassurée et guidée, la douleur n’est pas aussi envahissante et insupportable qu’on le croit.» Discours de sage-femme qui défend sa corporation et veille au développement de sa maison de naissance (qui a accueilli en janvier, après quatre ans de fonctionnement, son 100e bébé)? Même pas!

Le gynécologue et obstétricien Jean-Paul Renner partage son avis. Lui qui a pratiqué son premier accouchement en 1973 a le recul nécessaire pour constater que l’accouchement a évolué vers une médicalisation injustifiée. «On est prisonnier de cette certitude qu’il faut que ça aille vite et que ce soit maîtrisable. Depuis la seconde partie du XXe siècle, on est tellement focalisé sur le fœtus qu’on a oublié que l’autre acteur principal de la grossesse et de la naissance, c’est la femme. Les représentations actuelles minimisent son rôle, alors qu’elle n’est pas qu’une spectatrice subissant des contractions et poussant quand on le lui dit.»

Spécialiste de l’imagerie obstétricale, éditeur d’un logiciel permettant de visualiser l’accouchement en 3D, ce médecin français a pu observer que l’accouchement dépend de principes mécaniques qui obéissent aux lois de la physique et ne peuvent être transgressés. Selon lui, les femmes ont la capacité d’agir elles-mêmes pour expulser leur enfant. C’est donc un tort de les immobiliser sur un lit d’hôpital et de les inscrire dans cette idée qu’elles ont besoin d’assistance médicale pour donner naissance à leur enfant.

Dans son livre Tout ce qu’on ne vous dit pas sur l’accouchement (éd. Favre), il déplore que nous ayons fabriqué un modèle d’accouchement standard auquel les femmes sont incitées, par la pression ambiante, à se soumettre sous peine d’être considérées comme des irresponsables. Images et explications à l’appui, il prône un retour au bon sens et à la pérennité de l’accouchement par voie basse. Il n’est pas normal selon lui que la césarienne soit en passe de devenir le mode majoritaire de naissance au niveau mondial.

Témoignage

«Mes deux enfants sont nés en maison de naissance»

Jessy Robert, 29 ans, enseignante, vit à Môtiers (NE).
«Lorsque j’étais enceinte de Maïwen, 3 ans, mon mari et moi avons pris des cours d’haptonomie auprès de Magali Ghezzi. Je me suis sentie en confiance avec elle, alors l’idée d’accoucher à la maison de naissance, accompagnée par elle, a vite fait son chemin. Au début, mon mari était réticent, pour des raisons de sécurité. Il avait intégré le discours de mon gynécologue. Mais il a fini par adhérer à ce projet: donner naissance à notre enfant dans un lieu qui ne soit pas médicalisé, qui ne sente pas l’hôpital et auprès d’une personne avec laquelle on avait tissé des liens. Nous ne l’avons pas regretté. Cette naissance a été un moment magique pour nous trois. Nous nous sommes sentis dans une bulle d’amour. Cela a donc été une évidence que notre fils naisse lui aussi dans ces conditions. Même si cela a été plus compliqué, car il était plus gros. Mais pour lui comme pour sa sœur, je n’ai eu ni péridurale, ni épisiotomie. L’accompagnement de Magali au cours de la grossesse et durant l’accouchement, sa façon de me relier à mon corps, et de me rassurer, l’aide d’un acupuncteur pour lâcher prise, canaliser la douleur, la présence active de mon mari et la possibilité de prendre toutes les positions dont j’avais envie – aller dans la baignoire, m’accroupir, me mettre à quatre pattes – ont été suffisants pour que je ne me sente pas dépassée par la douleur et que j’accouche par moi-même.» vc

Spécialiste

«Il faut penser naissance plutôt qu’accouchement»

Magali Ghezzi, sage-femme, fondatrice de la maison de naissance Tilia à Neuchâtel, formatrice en haptonomie pré- postnatale et mère de deux filles.

«Ce qui m’a motivée à créer une maison de naissance? L’envie d’offrir un lieu où les femmes peuvent prendre le temps d’accoucher à leur rythme, où un couple peut accueillir son enfant dans une ambiance d’intimité et de complicité avec la sage-femme qui les accompagne, où l’on peut se réjouir de préparer ce grand moment de la vie. Pour moi, l’accouchement, c’est d’abord la naissance d’un enfant. Je ne suis pas contre la médecine obstétricale évidemment. Mais elle ne concerne qu’une minorité de naissances. Décider d’accoucher dans une maison de naissance ne se décrète pas au dernier moment. Cela suppose qu’il y ait eu durant la grossesse un suivi particulier durant lequel la sage-femme et la mère, les parents, ont appris à se connaître. L’objectif est que la femme qui accouche se sente à l’aise, en confiance, et libre de ses mouvements. Que le père puisse s’investir et aider sa femme. Et qu’ils puissent vivre les premiers moments avec leur enfant dans un cadre intimiste et chaleureux.»

Liste des maisons de naissance par canton:

www.sage-femme.ch
www.maison-de-naissance.ch

«Les femmes apprécient nos visites chez elles»

Le collectif genevois de sages-femmes l’Arcade fonctionne de manière autogérée depuis vingt ans. Interview avec l’une d’elles, Viviane Luisier, avant la fête qui aura lieu ce samedi sur la plaine de Plainpalais.

Coopération. Comment expliquez-vous le succès de votre collectif, qui fêtera ses 20 ans samedi?
Viviane Luisier, sage-femme. On est arrivées à un moment opportun, en proposant le raccourcissement du séjour hospitalier en suivant les mamans à domicile. Les politiques trouvaient que c’était une bonne idée: on a rapidement été subventionnées. D’autre part, les femmes ont commencé à comprendre qu’il n’y avait pas besoin de rester le plus longtemps possible à l’hôpital quand elles avaient un bébé. L’accouchement ambulatoire s’est développé, ainsi que d’autres lieux d’accouchement, comme les maisons de naissance.

Avez-vous contribué à l’apparition des maisons de naissance?
Cinq sages-femmes de l’Arcade ont ouvert la maison de naissance La Roseraie, la plus importante de Genève. L’Arcade est un creuset d’idées. La quarantaine de sages-femmes que nous sommes discutons beaucoup.

Sage-femme, c’est une profession qui va bien au-delà d’accoucher les femmes…
Oui. Et les gens s’en sont aperçus! L’aide principale qu’on apporte aux femmes, c’est après
l’accouchement. On voit plus de 3500 femmes par an pour le post-partum. Elles nous disent apprécier ce service de visites chez elles, auquel elles ont droit selon la Loi fédérale sur l’assurance-maladie. Mais l’originalité de l’Arcade, c’est d’avoir pu développer des activités de santé
publique périnatale, qui n’existaient pas à Genève.

Par exemple?
Il y a la diététique du bébé, un groupe de parole pour celles qui ont vécu des difficultés pendant l’accouchement ou la marche mère et bébé. Ces activités préventives devraient faire en sorte que les parents accueillent leur enfant dans une bonne atmosphère et que la vie de famille soit la plus harmonieuse possible.
 
Quelles sont les demandes des parents les plus fréquentes?
Nous avons une permanence téléphonique et une d’accueil. Il y a énormément de questions sur les problèmes d’allaitement, pour lesquels on peut donner des coups de pouce importants. Et les parents sont très inquiets concernant les pleurs de leur bébé. C’est malheureusement normal qu’un bébé pleure. Mais on peut essayer de donner des conseils à partir du régime alimentaire de la maman, du rythme d’allaitement, des massages possibles sur le bébé ou des positions pour le porter afin de faire sortir l’air qu’il a dans le ventre.

Propos recueillis par  Joëlle Challandes

Fête des 20 ans de l’Arcade ce samedi 14 juin à Genève, de 11 h à 17 h sur la plaine de Plainpalais (côté skatepark). Le livre «20 bougies et 60 000 bébés. Histoire de l’Arcade sages-femmes 1994–2014» (collectif de rédaction) y sera vendu.

Programme sur: www.arcade-sages-femmes.ch

Brochure

Informer sur la césarienne

L’Association professionnelle des pédiatres et anesthésistes ainsi que la Fédération suisse des sages-femmes publient une brochure d’information sur la césarienne. Quand et pour qui est-elle nécessaire, quand est-elle recommandée, quand est-elle superflue? Les spécialistes rappellent les principes de base de la césarienne et expliquent le déroulement de l’acte. Les incidences sur la santé de la mère et de l’enfant sont détaillées, ainsi que le déroulement du séjour suivant l’intervention.

Brochure à télécharger sur: www.info-cesarienne.ch

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

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Photo:
Getty Images, Guillaume Perret, SP
Publication:
lundi 09.06.2014, 12:00 heure

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