Jeux, vidéos, messages... Le téléphone est omniprésent même sur le chemin de l’école.

Accros: génération smartphone

Prévention Grâce aux téléphones portables, il est plus facile que jamais d’échapper à la réalité. Il revient aux parents d’accompagner leurs enfants. Nos conseils.

Une soirée ordinaire dans la famille W.: la mère appelle son fils pour le repas. Au bout de la troisième fois, une réponse sans conviction émane de la chambre du garçon: «Tout de suite…», le jeune homme ne réagissant véritablement que lorsque ses parents énervés finissent par hausser le ton: «Pose enfin ton smartphone!» Cette scène est réelle. La même situation s’est déjà déroulée ô combien de fois chez nous. Et nous ne sommes manifestement pas les seuls. L’on entend partout des parents se plaindre que leurs enfants passent trop de temps sur leur téléphone portable. Des études représentatives ont révélé que chez les enfants de 6 à 13 ans, près des trois quarts des parents s’inquiètent de la consommation de médias de leurs rejetons, notamment en raison d’éventuels contenus pornographiques ou violents. Outre les conséquences sur le plan émotionnel et social, la durée d’utilisation et le risque de dépendance posent également problème.
Ces inquiétudes sont justifiées: selon  ces études, 13% des enfants affirment utiliser leur téléphone portable au moins une fois par semaine alors qu’ils devraient en réalité être déjà couchés. Ce chiffre s’élève même à un tiers chez les 12-13 ans. Près d’un enfant sur cinq de cette tranche d’âge a déjà regardé une fois des vidéos pornographiques sur un téléphone portable ou sur Internet; c’est le cas de plus de la moitié des adolescents de plus de 16 ans. Toutefois, l’intérêt pour ce sujet est surtout prononcé chez les garçons. Les filles sont pour leur part plus souvent victimes de harcèlement moral et sexuel sur la Toile.

Internet disponible partout

Depuis la première étude réalisée en 2010, la durée d’utilisation d’Internet est restée pratiquement identique: en moyenne, les adolescents se connectent à Internet environ deux heures par jour en semaine, et environ trois heures pendant le week-end et les vacances. En revanche, les téléphones portables se sont propagés de manière significative: leur proportion a grimpé de 50% à 98% en six ans. Les adolescents peuvent ainsi aller sur Internet partout et à tout moment.
Et ils en profitent: dès qu’ils se rendent à l’école ou dans leur entreprise formatrice, les jeunes échangent sur leurs derniers progrès dans le jeu en ligne «Pokémon Go» et parcourent les publications Facebook ou Instagram de leurs amis. WhatsApp s’avère indispensable: l’application permet de tout partager, des rendez-vous aux devoirs. De nombreux enseignants utilisent aussi l’application comme tchat de classe. Mais dans le flot de messages WhatsApp futiles, les informations importantes peuvent vite passer inaperçues.

Aux parents de montrer l’exemple

La compétence médiatique s’apprend comme ici lors d’un cours organisé pour les enfants et leurs parents. Des applications permettent de développer sa créativité. Le dialogue avec les enfants est primordial.

La compétence médiatique s’apprend comme ici lors d’un cours organisé pour les enfants et leurs parents. Des applications permettent de développer sa créativité. Le dialogue avec les enfants est primordial.
La compétence médiatique s’apprend comme ici lors d’un cours organisé pour les enfants et leurs parents. Des applications permettent de développer sa créativité. Le dialogue avec les enfants est primordial.

«Alors que nous étions partis un week-end et que notre fille se reconnectait pour la première fois après deux jours, plus de 300 messages sont parvenus d’un coup!» se plaint une mère lors d’une réunion de parents.
Comment gérer ces problèmes? Pour Christelle Schläpfer, directrice de Formation des parents CH, «l’approche à adopter avec les médias numériques est similaire à celle de la circulation routière. Nous ne pouvons bien entendu pas empêcher les enfants de traverser la route. Nous devons leur montrer comment s’y prendre.» En tant que mère d’une fille de 15 ans et ancienne enseignante, Christelle Schläpfer connaît ces problèmes pour en avoir fait l’expérience. Elle conseille de fixer des limites claires, et de les imposer en faisant preuve d’affection, mais aussi de manière systématique. «Impliquez votre enfant dans la prise de décision, notamment en discutant ensemble du sujet.»
Outre des accords contraignants, il est tout aussi important que les parents s’intéressent aux activités de leur progéniture sur leur téléphone portable ou sur l’ordinateur. «Laissez votre enfant vous expliquer le jeu ou l’application qu’il utilise, explique la pédagogue, cela permet de renforcer sa confiance en soi.» Autre point crucial, les parents doivent montrer l’exemple: «Les personnes qui consultent leur téléphone portable à chaque occasion ou postent des photos embarrassantes de leurs enfants sur Facebook ont elles-mêmes un certain retard à combler en matière d’éducation aux médias.»

«

Interdire le smartphone ne fait que renforcer son attrait »

Joachim Zahn, responsable de projets à l’association zischtig.ch

Ensemble sur les bancs d’école

Un cours pour parents et enfants constitue un bon moyen de remédier aux lacunes des deux côtés. C’est pourquoi nous en avons suivi un ensemble, père et fils, dans le canton de Zurich.
Joachim Zahn, responsable de projet, apprend notamment aux enfants que les photos publiées sur Internet via Instagram ne se trouvent pas uniquement sur leur téléphone portable, mais aussi sur un serveur situé au Canada, et ce même s’ils ont supprimé depuis longtemps les photos sur leur appareil. Les enfants apprennent qu’une photo d’un camarade pris contre son gré en train de faire l’idiot peut avoir des conséquences désagréables – notamment pour la personne qui a publié la photo sur la Toile. Les parents n’en sont parfois pas conscients non plus: l’affaire peut être portée devant le tribunal des mineurs – les enfants ont une responsabilité pénale limitée dès l’âge de 10 ans.
Après l’introduction, le responsable organise un quiz en ligne sur les thèmes abordés auparavant. On constate que les enfants n’ont pas été plus attentifs que leurs parents, mais qu’ils manient les appareils avec beaucoup plus d’aisance!
«La meilleure solution consiste à donner de bonnes habitudes aux enfants en matière d’utilisation des médias numériques dès le degré intermédiaire», ajoute Joachim Zahn, «avant qu’ils ne souhaitent tout essayer à la puberté et entrent en conflit avec les adultes.» Punition ou récompense ne sont pas de bonnes solutions: «Comme pour la cigarette, le fait d’interdire le smartphone ne fait que renforcer son attrait. Il est aussi contre-productif de promettre à son enfant plus de temps en ligne lorsqu’il aura fini ses devoirs. Cela augmente la valeur des activités sur le web.» En guise d’alternative, Joachim Zahn montre aux participants que les médias numériques peuvent aussi être utilisés à d’autres fins que la communication ou le divertissement. Enfants comme parents participent avec zèle à la création d’une BD sur tablette. «Nous devons encore apprendre à intégrer judicieusement ces nouvelles possibilités dans notre vie», indique le spécialiste. «Cette technologie est relativement récente et elle évolue si vite qu’il n’est pas surprenant que de nombreuses personnes se sentent dépassées.»

Le spécialiste Joachim Zahn observe l’évolution des pratiques des jeunes sur Internet et les conseille. Ceux-ci sont friands de jeux vidéo. Et «Pokémon Go» a leurs faveurs en ce moment.

Une protection lacunaire

Source Étude JAMES 2014

Source Étude JAMES 2014
Source Étude JAMES 2014

De nombreuses écoles organisent ainsi des cours sur le thème de l’éducation aux médias pour les élèves et des réunions obligatoires pour les parents. Le monde politique s’est lui aussi mobilisé. Le rapport «Jeunes et médias» du Conseil fédéral (2015) affirme que l’éventail des dangers dans le domaine des médias électroniques s’est élargi au cours des dernières années. Les jeunes devraient  être protégés «contre les contenus inappropriés, contre les messages préjudiciables dans le cadre de la communication en ligne et contre l’utilisation opaque de leurs données personnelles».  La conclusion du rapport? «À l’heure actuelle, la protection des enfants et des jeunes face aux médias est lacunaire et très fragmentée. Il est donc nécessaire de développer et compléter ce qui est déjà en place.» Dans la famille W., les smartphones et Internet seront vraisemblablement source de conflits encore quelque temps, le fils étant en pleine puberté. Mais un changement s’est produit: alors que, lors d’un événement, le fils observe comment les adultes autour de lui sont absorbés par leur téléphone portable, il ne peut s’empêcher de se moquer de ses parents avant de ranger son smartphone dans sa poche. Le père a aussi tiré un enseignement de la situation et sait désormais à quel point il est bon d’accompagner son fils au terrain de foot. Le sport permet non seulement de se maintenir en forme, mais procure aussi du plaisir au père comme au fils – le tout sans Internet!

Les smartphones sont plus utilisés pour surfer et s’échanger des messages que pour téléphoner.

Conseils: aide pour les jeunes

De nombreuses informations sont disponibles sur le site www.jeunesetmedias.ch, le portail de la Confédération. L’offre va du dépliant rappelant les «règles d’or» dans le cadre de l’utilisation des médias numériques – en 16 langues – aux informations détaillées pour les enseignants et spécialistes. La plateforme mediafute.ch de Swisscom a été développée en collaboration avec Formation des parents CH. L’ONG Action Innocence est très active dans la prévention contre les dangers d’Internet auprès des jeunes: www.actioninnocence.org.
En cas de menace liée au cyberharcèlement, au harcèlement sexuel ou en cas de signes de cyberdépendance, une assistance est disponible par téléphone au 143 («La Main Tendue», pour les adultes) et au 147 («Pro Juventute», pour les enfants et les ados), ou auprès de la police, qui propose son propre service de conseils aux jeunes dans certains cantons.

Carrefour addictions: jeux d'écrans
Gaming federation
La Toile et ses dangers

«Il faut des espaces de discussions familiales»

Gaming problématique Éclairage du psychologue Niels Weber (32 ans), spécialiste en hyperconnectivité et chargé de projets au Centre de prévention du jeu excessif de Genève.

À partir de quand le gaming devient un problème?
La plupart des enfants, des adolescents, voire même des adultes jouent et se portent très bien. La pratique du jeu vidéo peut devenir problématique dès le moment où le joueur ou son entourage éprouvent une souffrance, comme des tensions familiales, par exemple. Cela doit être considéré comme un signal d’alarme pour attirer l’attention sur un problème sous-jacent. On parle alors
de jeu excessif ou d’hyperconnectivité problématique, mais jamais d’addiction ou de dépendance.

Quelles sont les conséquences principales du jeu excessif?
Le surinvestissement d’un jeu se fait au détriment d’autres activités: scolaires, familiales, professionnelles, etc. Tout le temps passé en jeu est du temps qu’on ne consacre pas à autre chose, ce qui peut entraîner de mauvais résultats scolaires, par exemple. Dans l’autre sens, un décrochage scolaire, une perte de repères, un contexte familial ou social dysfonctionnel peuvent pousser à se réfugier dans le jeu pour y trouver ce que la réalité n’apporte pas. Le jeu est donc à considérer comme symptôme et non comme maladie.

Comment se passe la prise en charge des joueurs?
Il faut d’abord comprendre ce qu’il recherche dans le jeu particulier qu’il surinvestit. Puis de s’en servir comme indice pour comprendre ce qui dysfonctionne ailleurs. Il est souvent important de pouvoir travailler avec la famille car cela rend plus facile les liens à faire entre le jeu et la réalité.

Comment les parents peuvent-ils aider leur enfant?
Le plus important c’est de pouvoir instaurer des espaces de discussions familiales sur le sujet. Il apparaît que les seuls moments où l’on parle de jeux vidéo sont ceux où l’on se dispute. Quand nous jouons, nous vivons un tas d’émotions différentes et lorsque la partie s’arrête, s’il n’y a pas d’espace pour mettre des mots sur ces émotions elles peuvent devenir explosives.

Comment se déroulent les ateliers pour les jeunes et leurs parents?
Nous leur proposons de jouer ensemble à deux jeux différents, puis de débattre de ce que chacun en a pensé. Il faut apprendre aux parents à s’intéresser aux jeux de leurs enfants et apprendre aux jeunes que l’on peut parler de jeux, les critiquer comme n’importe quel objet culturel.

Le risque de mauvaise rencontre sur les jeux en réseau existe. Vos conseils?
Ne pas jouer en ligne seul, ou du moins avant d’en avoir bien discuté en famille pour encadrer la pratique avec des règles précises. Puis de régulièrement poser des questions sur qui sont les gens avec qui ils jouent, ce qu’il s’y passe, etc. Il est aussi important que les jeunes sachent que si quoi que ce soit leur déplaît, ils peuvent en parler à leurs parents.

Qu’est-ce qu’un jeu vidéo peut apporter à un jeune?
Tous les joueurs sont différents et on ne créera pas une génération de génies en leur collant des tablettes dans les mains dès leur plus jeune âge. En revanche, une pratique réfléchie et surtout accompagnée peut être tout à fait complémentaire à un tas d’apprentissages très riches.

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Martin Winkel
Photo:
Christoph Kaminski, Simon Hallström/Iconic Studio GmbH
Publication:
lundi 26.09.2016, 14:30 heure



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