Adolf Ogi et l’énergie spéciale que confère le cristal: «il invite aussi à l’humilité parce qu’il nous rappelle combien nous sommes petits comparés à la longue histoire de notre planète».

«J’étais proche de Mitterrand et de Clinton»

Adolf Ogi Il vient de fêter ses 75 ans et un livre lui est consacré. Il nous dit comment il a pu retenir le président chinois, évoque son travail, sa famille. Et sa célèbre citation.

Adolf Ogi, vous l’entendez encore souvent ce «C’est formidable!» que vous avez rendu célèbre?
Oui, très souvent, et cela me réjouit que cette phrase soit devenue aussi populaire. Elle m’est venue de manière spontanée et elle est positive!

Elle figure parmi les citations contemporaines les plus célèbres, mais en fait peu de monde connaît son origine…
C’était en 1992, à l’occasion de la mission de l’astronaute Claude Nicollier, le premier Suisse à conquérir l’espace. René Felber, alors président de la Confédération, était malade et se trouvait à l’hôpital. Je le remplaçais au pied levé en tant que vice-président. Au Musée des transports de Lucerne, où je devais m’entretenir avec notre astronaute, la NASA m’a sans doute confondu avec l’équipe de nettoyage. Quoi qu’il en soit, on m’a mis entre les mains un texte tout préparé en me disant: «Vous pouvez parler de ceci avec votre compatriote dans l’espace!» J’ai rétorqué que je dirais à Claude Nicollier ce qu’il me plaira. Je n’allais tout de même pas me laisser dicter ma conduite. Durant la conversation, l’expression «C’est formidable!» m’est venue spontanément. Aujourd’hui, les gens sont déçus lorsque je ne la prononce pas au moins une fois dans un exposé de 40 minutes.

«

J’ai bu encore un
 verre, mais c’était dans l’intérêt de la Suisse»

Qu’est-ce qui vous réjouit surtout en ce moment?
Mes fondations! La première s’appelle Freude herrscht (C’est formidable) en mémoire de notre fils Mathias, décédé en 2009. Nous voulons encourager les enfants à pratiquer des sports sains. Nous voulons qu’ils laissent leur ordinateur et aillent jouer dehors avec d’autres enfants. La deuxième fondation s’appelle swisscor. Au début, nous allions chercher des enfants victimes de conflits armés dans les Balkans et les invitions à participer à un camp de trois semaines en Suisse. Ce modèle semble dépassé. Il est plus utile d’apporter notre soutien sur place, d’autant que le prix des billets d’avion a fortement augmenté. Auparavant, nous bénéficions du soutien de Swissair, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

On vous connaît, on vous aborde sans cesse dans la rue. Comment gérez-vous votre popularité?
Si vous êtes conseiller fédéral, vous devez accepter cet état de fait et le prendre positivement. Les gens ont le droit de discuter avec vous. Et ils le font avec un grand respect. Lorsque je suis en randonnée, une personne sur deux me salue en m’appelant par mon nom. Et plusieurs me remercient. Aujourd’hui, la reconnaissance qui m’est témoignée est plus grande que lorsque je siégeais au Conseil fédéral. Mais je ne veux pas la surestimer.

Mais vous êtes constamment sollicité. Par exemple: combien de demandes à prononcer un dicours avez-vous reçues pour ce 1er Août?
Une bonne douzaine. Je les ai toutes refusées. J’ai cessé cette activité depuis que j’ai quitté le Conseil fédéral. Je souhaite éviter de m’immiscer dans la politique actuelle.

Il y aurait pourtant pas mal de choses à dire.
Certainement. En ce moment, il est question de la succession du conseiller fédéral Didier Burkhalter. Son successeur sera-t-il un Romand ou un Tessinois?

Qu’en dites-vous?
Je trouve normal que toutes les régions de Suisse soient représentées. Lorsque je faisais partie du Conseil fédéral, c’était le cas avec Flavio Cotti.

Retrouvez en vidéo Adolf Ogi dans son fameux discours de vœux pour l’an 2000:

Pensez-vous que le monde est devenu moins sûr qu’avant, ou notre perception a-t-elle changé ? Bonus web

Notre perception n’a pas changé: le monde est moins sûr qu’avant! Nous sommes tous appelés à construire un monde pacifique, un monde meilleur! C’est pourquoi je m’engage avec les jeunes d’aujourd’hui. Ils sont les leaders de demain.

Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance et de votre scolarité à l’École supérieure de commerce de La Neuveville? Étiez-vous d’accord avec ce choix de vos parents? Bonus web
Oui, j’étais très reconnaissant. J’étais conscient de tout ce qu’ils avaient fait pour pouvoir me payer cette école. Comme guide de montagne, mon père a sans doute escaladé 70 fois le Blümlisalp et il donnait des coups de main au paravalanche le samedi. Je me souviens qu’il partait le dimanche soir en cas d’urgence pour secourir des alpinistes en difficulté. Bien entendu, j’avais peur qu’il ne revienne pas. Cela m’a marqué. Ma mère et lui ont pris des décisions à un moment important, et cela me convenait.

Que seriez-vous devenu si vous n’étiez pas allé à La Neuveville? Bonus web
Peut-être skieur professionnel? Ou guide de montagne. Ou entrepreneur. À la fin de l’école de sous-officier de grenadiers, à Losone, j’ai fait le point sur ma vie. Du haut de mes 22 ans, je me suis demandé: qui suis-je? Quels sont mes capacités, mes forces, mes désirs? Je savais une chose: je voulais diriger et assumer des responsabilités! Si quelqu’un me donnait ma chance, j’étais déterminé à m’engager à fond. La Fédération suisse de ski m’a alors donné cette chance. Après les Jeux olympiques d’hiver de 1964 où nous n’avions récolté aucune médaille – une catastrophe pour le sport helvétique – la Fédération de ski m’a confié le mandat suivant: remporter des titres à Sapporo en 1972! Nous ignorions tout de Sapporo, c’était comme aller sur la lune. Tout était différent là-bas: la neige, les pistes, la langue.

Qu’avez-vous entrepris pour que ces jeux soient couronnés de succès? Bonus web
En 1971, nous sommes tous allés au Japon: Zurich-Rome-Téhéran-Bangkok-Hongkong-Tokyo-Sapporo, un vol de 36 heures! Bien entendu, pour les Jeux olympiques, cela n’aurait pas été possible. Les athlètes auraient été beaucoup trop fatigués et affaiblis par le voyage. Nous avons donc demandé à la Russie l’autorisation de décoller de Moscou et de traverser la Sibérie pour rallier directement Sapporo. Là-bas, nous avons fait probablement 250 essais de fartage. Sans oublier la nourriture: en 1971, un yogourt glacé distribué gratuitement était très populaire... Après l’avoir fait analyser, nous avons lancé la devise suivante: celui qui consomme ce yogourt retourne directement à la maison! Après avoir laissé échapper la médaille de bronze en relais au profit d’Edi Hauser, le champion olympique Sven Ake Lundbäk avait justifié son revers de la manière suivante: Because I had too many yoghurts! (Parce que j’ai mangé trop de yogourts!)

De quelles personnalités politiques étiez-vous proche?
François Mitterrand. Et Bill Clinton. Après ma visite en tant que vice-président, j’ai voulu lui dire au revoir et il m’a lancé: «Dolfi, you stay!» (Dölfi, tu restes!) Je suis donc resté pour la soirée et j’ai bu encore un verre, mais c’était dans l’intérêt de la Suisse. Pendant son mandat, Bill Clinton a fait une visite en Suisse, contrairement aux présidents Bush et Obama, qui ne sont jamais venus. Il ne faut pas s’étonner si la Suisse a eu du mal à régler les problèmes avec les banques.

En tant que conseiller fédéral, vous avez dû mettre entre parenthèses votre vie privée…
J’espère ne pas avoir négligé ma famille. Je savais que mon épouse s’occupait de nos deux enfants. Mais ils pouvaient venir me voir quand ils le souhaitaient à Berne, après l’école. Quand Mathias était au gymnase et qu’il s’entraînait le mardi, j’allais le chercher à 20h30 malgré la séance du Conseil fédéral, pour qu’il n’ait pas à retourner à Fraubrunnen en train. Je travaillais ensuite à la maison jusqu’à minuit. Pour Caroline, c’était la même chose.
Le week-end, j’essayais de consacrer deux demi-journées à la famille, mais le reste du temps, je devais travailler et lire des dossiers.

Yann Lambiel imite Adolf Ogi

À la retraite, avez-vous ressenti le fameux vide?
Non, ce qui est étrange, vu le programme que je m’imposais. Je n’allais jamais au lit avant minuit et le matin, je me levais à 5 heures pour faire mon jogging. Lorsque j’étais président de la Confédération, je n’allais plus courir à cause de la fatigue et me suis alors mis à la marche. J’avais atteint un tel degré de fatigue que je dormais presque debout. Mon fils Mathias a tiré la sonnette d’alarme. Avant les Jeux olympiques de Sydney, il m’a dit: «Papa, tu devrais te retirer, tu es moins en forme qu’avant.» Mon épouse était du même avis, et elle s’est montrée très convaincante.

Vous avez un cristal important sur votre bureau. Pourquoi?
Les pierres et les cristaux ont toujours joué un rôle important dans la famille Ogi. Enfants, nous cherchions le joli cristal jaune que l’on trouvait dans notre région, dans le Gasterntal près de Kandersteg. Lors de mon élection au Conseil fédéral, Kaspar Fahner, le célèbre collectionneur de cristaux du Haslital, m’a remis un cristal en guise de porte-bonheur.

Et ce cristal a valu son pesant d’or lors de la légendaire visite de Jiang Zemin…
Oui, tout allait de travers. Pour commencer, on lui avait assigné la mauvaise place lors du souper à Berne. Ensuite, lorsque Ruth Dreyfuss, alors présidente de la Confédération, a abordé la question des droits de l’homme, il s’est levé et a quitté la table en disant: «I’m leaving!» (Je m’en vais!) Je l’ai alors pris par le bras et l’ai remis sur sa chaise, lui, le chef de plus d’un milliard de Chinois. «No, you are not leaving!» (Non, vous ne partez pas!) Il a alors demandé du papier et un stylo et s’est mis à dessiner des fleurs chinoises pour se détendre. Ensuite, je lui ai tendu un cristal: «Listen, I do apologize for the sitting problems – not for the rest! Keep smiling and look at this, it’s my gift, it’s my crystal, take it, it brings you luck, goodwill and all you need in China!» (Écoutez, je vous présente mes excuses pour le problème de place à la table, pas pour le reste! Gardez le sourire et observez ceci. C’est un cadeau de ma part, c’est mon cristal. Prenez-le, il vous apportera chance et prospérité et donnera à la Chine tout ce dont elle a besoin!) Ça l’a réellement calmé. Son départ précipité aurait été une catastrophe pour notre pays.

Gagnez le livre d’Adolf Ogi

«Nous sommes tous appelés à construire un monde meilleur.»

L’ancien président de la Confédération Adolf Ogi parraine le 3 septembre à Berne la course «Race for Life» (www.raceforlife.ch) en faveur de la Ligue contre le cancer. Il vient de fêter son 75e anniversaire et un livre va paraître cet automne en français «Merci, Dölf» aux éditions Werd & Weber: 75 hommages de personnalités internationales et romandes. Participez et gagnez l’un des cinq ouvrages.

Participer au concours

Commentaires (6)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.










Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

texte:
Andreas W. Schmid et Reinhold Hönle
Photo:
Peter Mosimann
Publication:
dimanche 13.08.2017, 15:30 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?