Sarah et Pascal Bobillier-Matthey avec leurs filles Jade et Eva.

Adoption

Parcours du combattant L’adoption internationale est de plus en plus rare et de nombreux adultes doivent renoncer à devenir parents. Des familles qui ont adopté témoignent.

En Suisse, le nombre d’adoptions a fortement chuté ces trente dernières années (voir infographie). Si la demande reste forte, l’offre ne suit pas et les démarches prennent du temps. «La situation est très difficile. De nombreux couples infertiles essaient d’adopter. En vain. C’est un véritable parcours du combattant pour les familles qui désirent adopter», constate Nicole Binggeli, présidente d’Adoptons-Nous, association neuchâteloise avec une antenne fribourgeoise. «Paradoxalement, il y a toujours beaucoup d’enfants vivant dans des institutions ou en orphelinats, mais peu sont adoptables faute des papiers adéquats. De nombreux pays privilégient l’adoption nationale. Outre la Suisse, il reste les Philippines, la Thaïlande, Haïti, la République dominicaine et la Russie.»

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Nicole Binggeli soutient les couples en proposant des ateliers avec des professionnels: «On prépare à la parentalité adoptive en expliquant l’impact de l’abandon sur l’enfant et en donnant des outils pour construire cet attachement».

De l’Éthiopie au lac de Neuchâtel

Sarah (43 ans) et Pascal (46 ans) Bobillier-Matthey, de Cortaillod (NE), ont adopté leurs filles Jade (4 ans et demi) et Eva (1 an et demi) dans un orphelinat en Éthiopie. «Ça devient très difficile de trouver un pays pour adopter. Ils ont des règles restrictives. Par exemple, en Inde, on ne peut pas être divorcé. Au Maroc, il faut se convertir à l’islam.»
Le couple désirait fonder une famille mais n’a pas pu avoir d’enfant. Après Jade, adoptée en 2011, Eva vient de les rejoindre. «Jade est contente d’avoir une petite sœur!», s’exclame le papa comblé. L’aînée a fait le voyage en Éthiopie avec ses parents pour chercher Eva: «On s’est demandés si c’était bien d’aller avec Jade dans son pays d’origine. Mais tout s’est très bien passé. Elle a dit que c’était des vacances!» Lorsque Sarah a demandé à sa fille de quelle couleur était la peau de maman, Jade a répondu: «Grise!» Le papa souligne: «Je suis déjà d’une famille colorée! Ma belle-sœur est de Wallis-et-Futuna et mes neveux sont métis. C’est dans l’air du temps!»
Le couple apprécie les ateliers proposés par Adoptons-Nous. «C’est un outil très important, ça aide beaucoup!», affirme Sarah Bobillier-Matthey. «On ne peut que recommander ces cours. Il y a souvent des témoignages d’adultes qui ont été adoptés», ajoute son mari (lire en p. 29).
Des mamans qui ont adopté de petits Éthiopiens se rencontrent régulièrement: «Nos échanges sont très intéressants.
Nous partageons des expériences sur l’évolution et les réactions des enfants. C’est rassurant de se sentir entourées!»
Les parents connaissent l’histoire de leurs filles. Ils aident financièrement la mère biologique de Jade, qui est malade: «Nous parlons régulièrement à nos filles de leurs origines, de leur pays et de leurs mères biologiques. Il n’y a rien de tabou. C’est une chance d’avoir ces informations pour construire leur histoire et leur parcours», juge la maman, active dans l’horlogerie. Elle vient de prendre un an de congé pour accueillir Eva. Elle avait fait de même pour Jade: «C’est important de pouvoir consacrer du temps à ses enfants! Avoir des repères et créer un lien fort. Je suis reconnaissante envers mon employeur de me donner cette possibilité.» Et de conclure: «C’est extraordinaire! On a deux magnifiques petites filles. On est vraiment chanceux.»

Jade et Eva ont toutes deux été adoptées en Éthiopie.

«Un choix du cœur»

Autre famille, autre histoire. À Rue, en pleine campagne fribourgeoise, les Bondallaz vivent dans une ancienne ferme rénovée avec goût. Corinne (45 ans) nous accueille avec ses quatre adolescents: Margaux (19 ans), Emma (17 ans), Shobha (14 ans) et Arthur (13 ans). «Désolée, mon mari est dans les bouchons!»
Comme ses deux aînées sont nées grandes prématurées – «Margaux pesait 950 g à la naissance» –, Corinne Bondallaz et son époux Jacques (52 ans) ont renoncé à un troisième enfant biologique: «Nous avons envisagé l’adoption. On en avait déjà parlé avant de devenir parents. C’était un choix du cœur. Des connaissances avaient adopté en Inde dans un orphelinat de Mère Teresa.»
Une fois les démarches entreprises, le petit Arthur, aujourd’hui champion de ski, est arrivé en Suisse à l’âge de 18 mois. «Je me rappelle de l’orphelinat. Tous ces enfants qui jouaient dans la cour. J’avais 8 ans lorsqu’on est allés chercher Arthur en Inde», se remémore sa grande sœur Margaux, émue. Pour Arthur, «en Inde, il y a beaucoup de pauvreté. La Suisse est aussi plus verte.» Le petit garçon s’est donc retrouvé «avec deux grandes sœurs blondinettes», commente leur mère. «On pensait que pour l’équilibre, c’était bien d’adopter un autre enfant.» Shobha, elle aussi adoptée en Inde, est ainsi venue à 4 ans agrandir la famille. Aujourd’hui, à 14 ans, elle est très sportive et adore les agrès, un sport que pratique aussi Arthur.

Ouverture sur le monde

Quelles ont été les réactions au village lorsqu’ils sont arrivés? «C’est une situation naturelle, il n’y a pas eu de remarques négatives. Lorsqu’on prend le regard de l’autre comme de la curiosité et non de la malveillance, il n’y a pas de problème», souligne Corinne Bondallaz. La famille voyage beaucoup; elle a parfois eu droit à des remarques à l’étranger: «Les gens ne connaissent pas forcément l’adoption. Ils trouvaient bizarre qu’on soit différents», ajoute Margaux, future institutrice.
Est-ce que ça change quelque chose d’avoir un frère et une sœur adoptés? La réponse fuse: «Non, ça ne change rien! Ce sont mes frères et sœurs!», s’exclame l’aînée. Pour sa sœur Emma, qui se verrait bien éducatrice, «la question ne se pose même pas. Ça nous a plus ouverts sur le monde autour de nous. Je suis fière de mes parents pour ce qu’ils ont fait!»

«Peu de familles où tout roule»

«Il y a peu de familles adoptives où tout roule! Il y a pas mal de difficultés scolaires et de comportement», constate une mère de trois enfants, dont deux adoptifs, qui a souhaité témoigner sous anonymat. «Ce qu’un être vit in utero et dans la petite enfance, avant son adoption, peut laisser des séquelles. On ne peut pas faire une croix dessus! Il faut faire avec.» Manque de stimulations ou carences affectives peuvent entraîner anxiété ou problèmes de stress. «J’ai un fils qui souffre de syndromes post-traumatiques et connaît des troubles d’apprentissage sévères. Il y a beaucoup de problèmes mais toujours des solutions!», conclut la maman, positive malgré tout.

Les Bondallaz, une famille métissée et soudée en terre fribourgeoise.

«Je suis le fruit de quatre personnes»

Récit Leïla Fluixa (34 ans), de Gorgier (NE), adoptée bébé en Inde, témoigne pour Adoptons-nous.

«Mes parents sont vraiment mes parents. Mes parents biologiques m’ont aussi apporté quelque chose. Grâce aux ateliers, je réalise que je suis le fruit de quatre personnes. Il y a un échange très fort avec les parents adoptants. C’est intense, on arrive très vite dans les émotions. Au début, ça m’a scotchée. Je n’avais pas imaginé que mes parents étaient passés par ces étapes. L’enfant adopté a de la peine à s’attacher aux gens. Ma mère m’a dit qu’à mon arrivée, j’avais tendance à refuser ses gestes de tendresse alors que j’allais facilement vers mon père. Ce n’est pas un hasard. L’enfant a la mémoire d’avoir été abandonné par une femme, voire plusieurs. Avec ces ateliers, j’ai compris plein de choses sur mon fonctionnement et cela m’a donné un ancrage solide. Je peux parler d’adoption avec ma mère sans crainte de la blesser.»

L’adoption internationale en chute libre en Suisse

Source OFS

www.adoptons-nous.ch (Neuchâtel et Fribourg)
www.espace-a.org (Genève et Vaud)
www.adoption.admin.ch (Confédération)

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Basile Weber

Rédacteur

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 02.11.2015, 15:05 heure



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