Pour Raphaël, Julia, Jade et Théo (de dr. à g.) comme pour la prof Nadège Giroud: c’est la rentrée!

À l’école: le premier jour

Rentrée des classes Un rendez-vous important pour tout le monde, aussi pour les profs. Deux d’entre eux en parlent, ainsi que de l’évolution de l’enseignement.

Drôle de sensation que de revenir à l’école. On se souvient: la sonnerie qui met fin à nos jeux, la course dans l’escalier, le calme lorsque la classe est concentrée, ou la discipline des profs si elle ne l’est pas… Pour ces derniers, ce souvenir est leur quotidien. Chaque été, ils préparent leur salle de classe pour accueillir de nouvelles volées d’élèves qu’ils accompagneront toute l’année.

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Nadège Giroud (30 ans) et Didier Jacquier (59 ans) sont profs à l’école primaire de Vernayaz en Valais. Comme ses élèves, Nadège Giroud va vivre sa première rentrée avec des tout-petits: «Je ressens du stress, même si j’ai déjà fait des remplacements. C’est un saut dans l’inconnu!» Pour se rassurer, elle prépare sa journée demi-heure par demi-heure: «Tous les détails comptent. Cette première séparation avec les parents, c’est très fort pour eux. Je me demande si les élèves doivent mettre leurs pantoufles en arrivant le premier matin? Je pense que ça peut attendre, mais il faut se poser ce genre de question!»
L’expérience permet à Didier Jacquier d’être plus détendu: «Franchement, je ne ressens aucun stress. Depuis quelques années, je compte le nombre de rentrées qu’il me reste! Je suis bientôt à la retraite et je veux en profiter un maximum.» Selon lui, cette journée détermine toute l’année scolaire: «Il faut anticiper. Je prépare par exemple une belle salle de classe, accueillante. Les manuels scolaires sont rangés dans l’armoire, pas sur les pupitres. Les élèves découvriront au fur et à mesure ce qui les attend.»

Pour préparer sa rentrée, la jeune prof n’hésite pas à consulter son collègue Didier Jacquier.

Pas de leçon, mais une pelote

Pour ce premier contact, aucun des deux ne feront «du scolaire». Ils préfèrent faire connaissance avec leur classe pour créer une dynamique, casser les clivages et leur apprendre tout de suite à collaborer entre eux: «C’est l’enjeu de l’école d’aujourd’hui», commente l’enseignant.  Ce d’autant plus qu’à Vernayaz, l’école primaire compte plus d’élèves d’origine étrangère (voir infographie ci-contre), principalement portugaise, que de locaux. «Avant, on connaissait les parents, les situations familiales. Ce n’est plus forcément le cas», constate-t-il.
Pour rencontrer ses élèves, Nadège prévoit de faire avec eux le jeu de la pelote. Celui qui la reçoit doit se présenter, parler de ce qu’il aime faire, manger, regarder, et la lancer ensuite à quelqu’un d’autre tout en gardant le fil dans sa main. Au final, tous les enfants et le prof de la classe sont reliés ensemble. Au-delà du symbole, elle veut ainsi découvrir la personnalité de chacun. Pour certains élèves, il faudra prendre plus de temps: «Il est impossible que tout le monde aille à la même vitesse, observe-t-elle. L’école n’est pas une compétition. On ne met plus les premiers devant et les mauvais au fond. Enfin normalement…»
Cette image fait sourire Didier, qui se souvient des rentrées de son enfance qu’il appréhendait beaucoup. «Le prof était tout-puissant. Depuis, il est tombé de son piédestal et n’a plus toujours raison. La société a évolué, l’école aussi.»
Pourtant, l’image du prof sévère est encore présente chez les enfants: «Les parents leur disent: Tu verras quand tu seras à l’école! Le premier jour déjà, nous essayons plutôt de dédiaboliser notre rôle.» Supprimer le rapport d’autorité adulte-enfant? Il voit son rôle comme celui «d’un pilote sur le chemin de la personnalité de l’enfant». «C’est un beau métier, je l’ai choisi. Quand j’étais jeune, j’étais surtout beaucoup plus exigeant. À présent ma petite-fille a l’âge de mes élèves, je vois les choses différemment.»

«

Aujourd’hui on voit aussi des parents pleurer à la rentrée»

Didier Jacquier, prof à l’école primaire de Vernayaz (VS)

Les larmes des parents

Les deux enseignants veulent expliquer à leurs élèves pourquoi ils vont à l’école: «Je leur dirai qu’ils sont là pour apprendre, qu’ils ont le droit de se tromper et de poser des questions», explique la jeune Valaisanne. «Nous leur disons ensuite que nous aussi nous avons droit à l’erreur, complète Didier. Et que nous ne savons pas tout.»  
Ce qui a changé selon lui au niveau de la rentrée scolaire? «On voyait des élèves pleurer le premier jour. Aujourd’hui, on voit aussi des parents fondre en larmes.» (Voir interview p. 17) Durant l’été ou à la fin de l’année scolaire précédente, des portes ouvertes sont organisées à l’école. Il s’agit de se rencontrer et d’expliquer aux parents ce que leur enfant fera en classe l’année suivante. La relation avec eux a aussi évolué. Le recours à la punition est beaucoup plus rare et les sanctions doivent être bien comprises par les parents», explique Didier Jacquier. Tout comme il n’y a plus d’expulsion de la classe pour un moment, car tout ce qui peut arriver à l’enfant est de la responsabilité du prof. «On ne prend plus le risque.»
Tous deux s’étonnent de la sévérité avec laquelle certains parents jugent l’école obligatoire. Méconnaissance de leur travail, estiment-ils. «Nous devrions plus aller vers eux, propose Didier Jacquier. Nous pourrions les inviter à venir expliquer leur travail et partager leur savoir en classe. L’école doit être un lieu ouvert.»

L’école veut apprendre aux élèves à travailler ensemble.

Caisse à outils

Nadège Giroud a choisi son métier pour accompagner les enfants dans une étape  de leur vie: «Cette idée m’attirait. Ça me plaît de pouvoir participer à leur futur.» Didier Jacquier, lui, aime l’évolution de sa profession: «On apprend continuellement, il faut sans cesse se remettre en question.» Pas facile pour tout le monde, car à l’époque, on apprenait aux professeurs à «fermer la porte de la classe», à tout maîtriser. «Parler à un collègue d’un problème était un aveu de faiblesse.»
Le rôle même du professeur a changé: plutôt que de transmettre un savoir, il doit enseigner aux élèves comment apprendre, que retenir. Leur donner donc des outils pour qu’ils deviennent des acteurs, et non des spectateurs (voir article ci-dessous). «Avant, c’était uniquement à l’école que l’on apprenait, commente l’enseignant. Aujourd’hui, avec Internet, c’est partout et tout le temps. Il ne faut pas diaboliser ces outils, mais enseigner à les utiliser, à être critique.»

L’école obligatoire en Suisse

Plus de profs à temps partiel

Évolution Si la population en Suisse a augmenté entre 2003 et 2013, le nombre d’élèves inscrits à l’école obligatoire (préscolaire, primaire et secondaire I) a lui diminué.
Côté profs, il y avait 60 300 postes équivalents plein temps en 2003, et 59 100 en 2013. Donc il y a plus de personnes engagées pour moins de postes en 2013, ce qui explique l’augmentation du pourcentage de profs travaillant à temps partiel; 69% des profs étaient des femmes en 2003, 74% en 2013.
Les salaires du personnel enseignant représentaient 53% du budget de l’école obligatoire en 2003, 49% en 2012.

«

J'ai été le pire des élèves, à savoir celui tout juste dans la moyenne. Je n’ai donc ni le prestige des premiers ni l’aura des derniers. Ma scolarité a été d’une platitude affligeante.»

Lionel Baier, 39 ans (VD) – réalisateur
«

«J’étais un élève discipliné, mais j’amusais mes camarades à la récré. Un jour le prof m’a mis à la porte du cours alors que je n’avais rien fait. Je le lui ai dit après la leçon: Quand je te regarde, m’a-t-il répondu, je me mets à rire, alors... J’étais un de ceux-là.»»

Emil, 82 ans (LU) – humoriste
«

«J’étais hyperactive et adorais la gym, mais aussi l’histoire. Je n’avais que des amis masculins, on jouait au foot et au hockey. Lorsque la puberté est arrivée, les filles m’en voulaient beaucoup de ces amitiés. Nous n’étions pas dans la même optique.»»

Fanny Clavien, 28 ans (VS) - karatéka

Renversante, l’école de demain!

Innovation Apprendre seul à la maison et faire ses devoirs à l’école. C’est le concept de la classe inversée qui pourrait s’imposer dans les années à venir, grâce aux nouvelles technologies.

Ariane Dumont Responsable en innovation pédagogique à la HES-SO.

Ariane Dumont Responsable en innovation pédagogique à la HES-SO.
Ariane Dumont Responsable en innovation pédagogique à la HES-SO.

«Avec une vidéo, on peut apprendre à un enfant de 6 ans à compter, explique Ariane Dumont, responsable en innovation pédagogique à la HES-SO. Les élèves ont l’habitude de visionner des cours seuls sur une tablette. On estime que les 16–19 ans passent en moyenne 4,4 heures par jour sur Internet.» Les élèves seraient donc prêts à apprendre des leçons à la maison via des supports ludiques tels Internet, des vidéos, des tutoriels ou des podcasts audio. En classe, place à la pratique: les élèves expliqueraient ce qu’ils ont compris à leurs camarades et feraient des exercices. Serait-ce alors la fin des profs?
«Absolument pas. Ils devront accompagner les élèves en classe, leur expliquer ce qu’ils n’ont pas bien saisi, animer des discussions et bien sûr préparer les supports de cours. Surtout leur mission est d’apprendre à apprendre, à se poser les bonnes questions face à un problème, pour que les élèves puissent devenir autonomes et trouver eux-mêmes les réponses sur Internet.»
Depuis 2012, Ariane Dumont applique cette méthode dans ses cours d’anglais. Elle remarque que ses élèves s’impliquent bien plus en classe: «Ils se sentent plus concernés par le cours et posent des questions, dialoguent sur la matière. C’est très gratifiant!» Ainsi elle peut s’assurer que ses étudiants ont bien tout compris: «Avant, on partait du principe que ce qui était dit en classe était acquis. Ce n’était pas forcément le cas.» L’élève tire profit de la classe inversée: le taux de réussite y est 1,5 fois plus élevé.
Selon Ariane Dumont, cette méthode serait applicable à toutes les branches et à tous les niveaux scolaires: «D’une certaine façon, elle l’est déjà à l’école primaire où il y a beaucoup de travaux de groupes et de discussions. Ce qui pourrait changer, c’est l’utilisation des nouvelles technologies.» La méthode est en revanche absente dans les écoles supérieures, gymnases ou collèges, hautes écoles ou universités. «Les professeurs y répètent ce qu’ils ont vécu à l’école. Comme ils ont réussi avec l’ancien système, ils ne veulent pas modifier leur méthode. Mais c’est en train de changer.» En 2014, 150 professeurs ont été sensibilisés à cette méthode via des conférences. Les Écoles polytechniques fédérales de Lausanne et de Zurich s’y intéressent de près et la Haute école pédagogique du canton de Vaud a intégré la classe inversée dans les cours de formation des futurs profs. Ariane Dumont prépare avec son collègue Denis Berthiaume un livre théorique et pratique à ce sujet: «Il s’adresse aux profs de tous les niveaux.» Parution prévue au début 2016.

«C’est positif: il grandit!»

Rentrée scolaire Les parents appréhendent plus cet événement que leur rejeton. Coup de vieux? Les explications du pédiatre Yvon C. Heller, à Nyon (VD).

Quelle importance revêt la rentrée scolaire pour un enfant?
C’est un moment très important pour lui, comme un premier travail pour un adulte. Mais il n’a pas tellement d’inquiétude car c’est fondamentalement positif et excitant: il grandit.

C’est un événement important aussi pour les parents.
Peut-être même plus! Ce n’est pas évident de confier son enfant à quelqu’un d’autre: va-t-on bien s’en occuper et l’aimer? Certains parents craignent aussi que leur enfant ne reçoive pas les bons outils pour affronter notre monde de plus en plus compétitif.

Comment bien se préparer?
Une première socialisation via la crèche permet de se préparer à cette séparation. Il est recommandé de faire un contrôle médical préscolaire pour détecter d’éventuels troubles de développement qui rendraient l’intégration difficile. Ensuite, bien communiquer avec l’école, prendre le temps d’écouter et de répondre aux questions de son enfant. Faire les courses avec lui pour acheter le matériel scolaire est un bon moment de partage!

Et pour les profs, la rentrée, c’est aussi particulier?
Je suis plein d’admiration pour eux, ils font face à une très grande diversité d’élèves qui n’est pas facile à gérer et qui leur demande une grande flexibilité. Ils doivent les écouter, mais aussi entendre leur silence. Ils font un travail pour dépister les enfants qui n’arriveraient pas à s’adapter à l’école.

Tableau blanc

Sous la caméra du visualiseur, on peut placer n’importe quel objet, ou feuille de texte, qui sera projeté via l’ordinateur et le beamer sur un tableau blanc. Avec un stylo électronique, prof et élèves peuvent annoter la projection sur le tableau, dessiner, effacer… Une copie d’écran peut être faite, puis mise en réseau pour les élèves. Plus question d’oublier son devoir à la maison! Au panier craies et éponges? Pas encore, car le matériel scolaire est du ressort des communes. Donc… Les classes de la station de Zermatt seraient les mieux équipées.

Les tableaux noirs modernes: ordi, visualiseur et beamer.

Pour compléter notre article sur la rentrée, nous vous proposons de tester votre niveau de math avec quatre exercices tirés du livre de 6ème primaire (8ème harmos). Et rassurez-vous, on peut s’en sortir en étant nul en math… À vos stylos!

1 - Le plein

Didier désire acheter 50 litres d’essence. Au centre commercial situé à 5 km de sa maison, le prix est de 1,47 fr/litres. Son véhicule lui coûte 65 ct par kilomètre. A-t-il avantage à s’y rendre sachant qu’une pompe située à 1 km de chez lui vend de l’essence à 1,55 fr/litre et qu’il doit rentrer chez lui après avoir acheté son essence.

2 - La politique des petits pas

Pour parcourir les 36 mètres du pourtour de sa piscine rectangulaire, dont la longueur vaut deux fois la largeur, Paulette a compté 54 pas.

Combien de pas lui a-t-il fallu pour parcourir la largeur uniquement?

3 - Une famille d’artiste

Jean fait de la peinture. Pour obtenir du vert, il mélange 6 pots de peinture jaune avec 10 pots de peinture bleue. Anne-Marie, elle, aimerait refaire la même peinture mais en plus grande quantité. Elle a acheté 40 pots en tout. Combien a-t-elle de pots de peinture jaune?

4 - „Rien ne sert de courir...“

La tortue est à 20 pas de la ligne d’arrivée, mais le lièvre n’est plus qu’à 5 bonds de la tortue. Pendant que le lièvre fait un bond, la tortue avance de 3 pas, mais un bond du lièvre est égal à dix pas de la tortue. La tortue gagnera-t-elle la course, comme dans la fable?   Réponse: oui. Le lièvre est à 7 bonds de la ligne d’arrivée. Mais pendant que la tortue fait les vingt pas qui lui permettront de la franchir, le lièvre ne fait que 6,333... bonds. La tortue franchit donc la ligne avant lui, comme dans la fable!

Réponses

Exercice 1: non. Au centre commercial, aller-retour compris, Didier payera 80 fr. Tandis qu’à la pompe voisine, aller-retour compris, il payera 78 fr 80.

Exercice 2: 9 pas

Exercice 3: 15

Exercice 4: oui. Le lièvre est à 7 bonds de la ligne d’arrivée. Mais pendant que la tortue fait les vingt pas qui lui permettront de la franchir, le lièvre ne fait que 6,333... bonds. La tortue franchit donc la ligne avant lui, comme dans la fable!

Sage, géolocalisé prêt du radiateur, chahuteur du fond de classe, dites-nous vos souvenirs de classes primaires! Répondez à la question de la semaine!

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Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:
Heiner H. Schmitt, Keystone, Charly Rappo, SP
Publication:
lundi 17.08.2015, 16:00 heure

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Publication:
lundi 17.08.2015, 16:00 heure


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