Les chercheurs du FiBL travaillent dans les laboratoires, mais aussi dans les champs ou, comme Johanna Probst, à l’écurie.

À la pointe: la Suisse première de classe

Recherche biologique Le plus grand centre de recherche bio du monde se trouve à Frick (AG). Visite du «FiBL», l’institut qui regroupe sciences high-tech et agriculture.

Pour les Chinois, la culture biologique s’apparente à une nouvelle technologie», explique Urs Niggli. Ce jour-là, le directeur de 63 ans attend justement une délégation en provenance de Pékin. Ces scientifiques viennent à l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) de Frick. Pour apprendre. Dans sa catégorie, cet institut est le plus grand et le plus renommé au monde. Ici, théorie et pratique vont de pair.

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Rêves d’expansion

Créé en 1973 dans un petit garage d’Ober-wil (BL), le FiBL s’est transformé en un site de recherche de 40 hectares regroupant 160 collaborateurs, avec des laboratoires, une ferme, un domaine viticole, des serres, des terres de culture et des plantations de fruits. S’y ajoutent un bureau de coordination à Lausanne, deux filiales en Allemagne et en Autriche ainsi que plusieurs instituts de recherche bio que le FiBL a contribué à créer. «Au début des années 2000, je rêvais encore de faire connaître le FiBL sur la scène internationale – en tant que marque de référence», se rappelle Urs Niggli, lui-même éminent spécialiste en recherche biologique et à la tête de l’institution depuis 1990. Mais malgré un climat politique favorable, le sexagénaire a remis ses rêves d’expansion à plus tard. Il a en effet réalisé que la mise en réseau et la collaboration avec les institutions, les universités et les organismes de recherche seraient plus utiles qu’un monopole du FiBL.
En Suisse, outre le FiBL, l’Agroscope – centre de compétences de la Confédération pour la recherche agricole – se consacre au thème de l’agriculture bio. Mais il n’est pas le seul. L’EPFZ et d’autres hautes écoles (voir page 19) sont également de la partie. Au-delà de nos frontières, il y a l’International Centre for Research in Organic Food Systems au Danemark, une organisation qui s’est bien développée grâce au soutien de l’État. Toutefois, elle s’apparente plus à un service de coordination pour les subventions et les projets qu’à un véritable centre de recherche.
Autre institution, à près de 80 km à l’ouest de Londres, l’Organic Research Centre, connue sous le nom de Elm Farm. À la fin des années 1970, son fondateur, David Astor, avait été tellement emballé par sa visite au FiBL qu’il s’en est inspiré pour la créer.
Le Rodale Institute en Pennsylvanie, suivi par d’autres organisations et des universités américaines dotées de chaires de biologie, est un autre acteur essentiel du FiBL.

«

Lʼagriculture bio aura recours aux drones et aux robots»

Urs Niggli, directeur du FiBL

La recherche biologique coûte cher

Aucun des sites susmentionnés n’est en mesure de concurrencer le FiBL. Car ce dernier fait référence. Il est en effet l’un des rares instituts à se consacrer entièrement à l’agriculture bio. Le FiBL est réactif face aux problèmes urgents que rencontrent les agriculteurs bio. Il est à même de répondre aux questions brûlantes des consommateurs. De plus, il peut initier des projets de recherche en l’espace de quelques mois. À l’échelle mondiale, il est considéré comme donneur d’impulsion et chef d’orchestre. «On le voit aussi dans la répartition des fonds de recherche alloués par l’UE», explique Urs Niggli. «Notre institut est celui qui reçoit le plus de subventions.»
Le budget annuel de l’institut argovien s’élève à près de 19 millions de francs (2013), répartis sur 200 projets. La plus grande partie de l’argent doit être obtenue sur le marché libre. Ainsi, le FiBL reçoit chaque année près d’un million de francs du Fonds Coop pour le développement durable ainsi qu’un demi-million de francs de Bio Suisse pour différents projets. De son côté, la Confédération assure un financement de base de 4,7 millions.

Tester des nouveaux traitements bio exige une bonne protection. Jeremias Brand (à gauche) et Dominik Millner dans la pommeraie du FiBL.

Limiter les écarts de rendement

Le contrat-cadre signé par le FiBL et l’Agroscope à la mi-août montre bien combien il est important de renforcer la présence scientifique suisse. «L’avenir nous réserve des défis importants», laisse entendre Urs Niggli. «Notre principale préoccupation est de savoir comment accroître les rendements tout en respectant les règles en matière de protection de l’environnement et des animaux.»
Si, dans les années 1980, les écarts de récoltes entre agricultures bio et conventionnelle se situaient encore à 10%, ils atteignent aujourd’hui 20 à 25%. Les OGM, le recours généralisé aux engrais artificiels, les pesticides et les méthodes d’élevage axées sur le rendement sont perçus comme autant de garants du succès de l’agriculture conventionnelle. «Le revers de la médaille, c’est que cela fragilise davantage l’environnement que ne le ferait l’agriculture biologique. Et le jour où il sera vraiment détraqué, on ne pourra plus cultiver quoi que ce soit.»

Simon Tresch (26 ans), doctorant, examine une motte de terre à la loupe.

Les suisses sont les champions du bio

Consommation par tête en 2013 (euros)

Source: FiBL-AMI-OrganicDataNetwork Survey 2015, in «The World of Organic Agriculture – Statistics and Emerging Trends 2015»

Top 5 de la recherche

Agroscope et Cie

Ces instituts et hautes écoles apportent un soutien précieux à l’agriculture biologique.

Sis à Frick (AG), le FiBL est le premier centre de recherche à l’échelle mondiale en matière d’agriculture biologique. Coop travaille en partenariat avec lui.
L’Agroscope, le centre de compétences de la Confédération pour la recherche agricole, est le deuxième acteur important dans ce domaine. Il est présent partout en Suisse et œuvre pour une agriculture et une filière alimentaire durable ainsi qu’un environnement sain. L’Agroscope regroupe quatre institutions, dont l’Institut des sciences en durabilité agronomique qui coordonne également la recherche en agriculture bio.
Les écoles polytechniques de Zurich (EPFZ) et de Lausanne (EPFL) développent aussi des projets de recherche bio. Il n’existe toutefois pas de département explicitement et exclusivement dédié à l’agriculture biologique. Ces deux grandes écoles se consacrent toutefois à la durabilité prise au sens le plus large. Coop soutient le World Food System Center de l’EPFZ.
La Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL) de Zollikofen (BE), est la seule haute école spécialisée de Suisse à proposer un cursus complet en agronomie. Les principes de base de l’agriculture bio y sont enseignés, avec une spécialisation en agriculture biologique et protection des ressources en option. La HAFL s’investit dans la recherche biologique.
Le Haute école zurichoise en sciences appliquées (ZHAW Wädenswil) propose, à l’Institut de l’environnement et des ressources naturelles, un cursus de bachelor en ingénierie environnementale avec spécialisation en agriculture biologique et horticulture. Elle possède par ailleurs quatre groupes de recherche biologique.

Interviews de spécialistes

Daniel Bärtschi, directeur de Bio Suisse

«

Il faut continuer de développer la recherche biologique»

Daniel Bärtschi, 48 ans, directeur de Bio Suisse

Bio Suisse est la seule organisation agricole suisse qui participe au financement du FiBL par le biais d’un fonds de recherche. Combien investissez-vous?
Sur les 14 millions de francs de notre budget annuel, nous investissons près d’un demi-million par année dans la recherche biologique. Le FiBL reçoit 90% de cet argent. En 1981, le FiBL faisait partie des cofondateurs de Bio Suisse: nous sommes donc étroitement liés.

Dans quelle mesure la recherche profite-t-elle aux agriculteurs?
Les recherches du FiBL étant particulièrement axés sur la pratique, certaines familles d’agriculteurs voient leur ferme devenir un lieu d’études et d’analyses. Ils bénéficient ainsi d’une longueur d’avance sur leurs collègues. Les agriculteurs peuvent également adresser directement leurs requêtes au FiBL. Le plus souvent, les problèmes urgents sont rapidement pris en charge et traités par les chercheurs. Naturellement, les résultats de ces recherches sont librement accessibles et peuvent également être transmis lors de cours ou de consultations. La recherche biologique aide ainsi l’ensemble des agriculteurs.

Dans quel domaine voyez-vous encore des potentiels à développer?
L’agriculture biologique nécessite encore davantage de recherches. Nous sommes convaincus de pouvoir accroître encore la durabilité dans de nombreux domaines. Je pense notamment à une utilisation plus efficace des ressources, une amélioration de la fertilité des sols, une nette réduction de l’utilisation thérapeutique des antibiotiques. Ce à quoi j’ajouterais un volet socio-économique avec des salaires corrects, des échanges commerciaux équitables et une meilleure rentabilité. A long terme, l’agriculture doit parvenir à instaurer un équilibre entre les exigences liées aux hommes, aux animaux et aux plantes.

Simon Tresch, doctorant spécialisé dans l’environnement

Simon Tresch, 26 ans, doctorant, spécialisé dans l’environnement, FiBL

Simon Tresch, 26 ans, doctorant, spécialisé dans l’environnement, FiBL
Simon Tresch, 26 ans, doctorant, spécialisé dans l’environnement, FiBL

Recherche en cours: «Je fais partie d’une équipe qui effectue des analyses sur la biodiversité et la qualité du sol dans les jardins publics de Zurich. Nous voulons montrer combien les jardins sont essentiels au développement d’une grande diversité d’espèces au sein de l’écologie urbaine. Malheureusement, la pression urbaine menace ces derniers espaces verts citadins.»

Quels avantages pour la population? «Une majorité de la population est à l’aise dans un environnement vert. Les plantes filtrent les particules fines de poussières de l’air et contribuent à un climat plus frais dans les villes. De plus, une terre saine permet de purifier l’eau de pluie et de prévenir les inondations et les glissements de terrain.»

Votre rêve? «Que les gens encouragent la diversité des espèces en agissant également à leur niveau.»

Johanna Probst, spécialiste en recherche animale

Johanna Probst, 34 ans Spécialiste en recherche animale, FiBL

Johanna Probst, 34 ans Spécialiste en recherche animale, FiBL
Johanna Probst, 34 ans Spécialiste en recherche animale, FiBL

Recherche en cours: «Je travaille sur une publication qui traite des conséquences de l’écornage des vaches sur le développement de leur crâne. Nous pensions que la tête d’une vache sans cornes aurait une forme différente, mais nous n’étions pas sûrs; peut-être s’agissait-il d’une illusion d’optique? Aujourd’hui, nous pouvons prouver que ces différences existent. On savait déjà que chez les vaches, les cornes sont un organe de communication essentiel. Il nous reste maintenant à déterminer dans quelle mesure la forme du crâne a un impact sur leur bien-être.»

Quels avantages pour la population? «Mieux l’animal se porte, meilleure sera la qualité du produit d’origine animale acheté par le client.»

Votre rêve? «Que mon travail contribue à ce que l’élevage soit encore plus respectueux de l’animal.»

Jacques Fuchs, chercheur dans le domaine du compostage

Jacques Fuchs, 54 ans, chercheur dans le domaine du compostage, agronome, FiBL

Jacques Fuchs, 54 ans, chercheur dans le domaine du compostage, agronome, FiBL
Jacques Fuchs, 54 ans, chercheur dans le domaine du compostage, agronome, FiBL

Recherche en cours: «Nous souhaitons encore optimiser l’utilisation des engrais de recyclage, autrement dit le compost et les digestats (ndlr: les restes de fermentation des installations de biogaz). Nous cherchons à savoir quel engrais bio serait le mieux adapté selon le type de sol et de culture. Un bon engrais apporte des substances nutritives, une matière organique précieuse et des micro-organismes essentiels au sol.»

Quels avantages pour la population? «Toute personne qui trie et recycle ses déchets alimentaires et déchets verts de jardinage au lieu de les jeter favorise l’équilibre naturel du cycle des nutriments et ménage ainsi durablement les ressources. D’où une croissance plus saine des plantes.»

Votre rêve? «Que les gens reconnaissent la valeur du compost et des digestats et trient systématiquement les déchets organiques.»

Claudia Daniel, entomologiste

Claudia Daniel, 39 ans, entomologiste, agronome, FiBL

Claudia Daniel, 39 ans, entomologiste, agronome, FiBL
Claudia Daniel, 39 ans, entomologiste, agronome, FiBL

Recherche en cours: «Nous sommes en train de tester des solutions pour réguler efficacement la drosophile du cerisier. Cette mouche originaire du Sud-Est asiatique infeste les fruits en forme de baies déjà mûrs, si bien que les agriculteurs ne peuvent plus rien faire.
La mise en place d’appâts fabriqués à partir de vin rouge et de vinaigre de cidre, les pesticides biologiques à base de calcaire et de poussière de roche ou les opérations d’effeuillage dans les vignes et sur les arbres ont déjà porté… leurs fruits!»

Quels avantages pour la population? «Si nous ne faisons rien, la production suisse de vin et de fruits pourrait bien ne pas s’en relever.»

Votre rêve? «Rendre possible une production fruitière exempte de substances nocives, prospère et respectueuse de l’environnement.»

Christian Schader, spécialiste en durabilité

Christian Schader, 39 ans, agronome, spécialiste en durabilité, FiBL

Christian Schader, 39 ans, agronome, spécialiste en durabilité, FiBL
Christian Schader, 39 ans, agronome, spécialiste en durabilité, FiBL

Recherche en cours: «Nous menons une étude au Kenya et au Ghana à laquelle sont associés 1700 petits propriétaires. Une partie appliquent la méthode traditionnelle, les autres cultivent biologiquement. Chaque semaine, nous récoltons des données sur la culture, l’utilisation des engrais et pesticides, les récoltes, les espèces et le nombre d’animaux détenus, etc. Nous espérons pouvoir présenter les fondements d’une agriculture rentable.»

Quels avantages pour la population? «Offrir des perspectives économiquement, écologiquement et socialement durables aux petits propriétaires des pays en voie de développement relève de l’intérêt général.»

Votre rêve? «Que les conditions de vie des familles d’agriculteurs dans les pays en voie de développement puissent être améliorées.»

Quiz

 
01
sur
 

 

René Schulte

Rédacteur

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Photo:
Heiner H. Schmitt, Georgios Kefalas
Publication:
lundi 31.08.2015, 16:00 heure

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