Alain Claude Sulzer (60 ans): «Des parents m’ont dit que grâce à mes romans, dont plusieurs parlent d’homosexualité, ils ont une meilleure compréhension de ce que vit leur enfant.»

«Je veux convaincre cet inconnu qui me lit»

L’écrivain Alain Claude Sulzer est le seul Suisse à avoir reçu le prestigieux Prix Médicis Etranger. Rencontre chez lui à Bâle alors que son nouveau roman, «Une mesure de trop», paraît en français.

Coopération. Votre 10e roman vient de paraître, traduit de l’allemand en français. Pourquoi écrivez-vous?
Alain Claude Sulzer. J’écris des romans parce que c’est la seule chose que je sais faire et que j’ai voulu faire. L’envie d’écrire a toujours été là, avant même que je sache de quoi parler! J’étais un avide lecteur de livres d’enfants et le métier d’auteur, à mes yeux, signifiait la liberté. J’ai fait un apprentissage de bibliothécaire à la Bibliothèque universitaire de Bâle et à 18 ans, j’ai commencé à écrire des pièces radiophoniques puis des articles de presse. Lorsque mon premier roman a été publié, en 1983, j’avais 30 ans.

Dans votre nouvel opus, «Une mesure de trop», un pianiste mondialement célèbre s’interrompt et quitte la scène de la Philarmonie de Berlin en pleine sonate de Beethoven. «C’est tout», dit-il avant de s’éclipser. Comment a germé cette histoire?
Pour moi qui vais beaucoup aux concerts, tout est parti de l’idée de ce geste inouï: le pianiste s’arrête en plein concert et s’en va. L’événement va bouleverser l’existence apparemment bien rangée de plusieurs spectateurs, des secrets seront révélés… J’avais envie, pour la première fois, d’écrire une œuvre polyphonique, avec plusieurs romans en un seul.

Vous êtes passionné de musique classique, jouez-vous du piano?
Pas du tout. J’ai joué il y a longtemps de la flûte traversière, mais je ne trouvais pas très intéressant d’en jouer seul. Et je me suis arrêté après que mon chat m’eut tellement mordu quand je jouais!

Votre livre remporte un beau succès critique et public en Allemagne et en Suisse alémanique, le voici traduit en français, en anglais, italien, en hollandais et en finlandais. Vous êtes donc un écrivain heureux…
Oui, car pour moi c’est ça, le métier d’auteur: convaincre cet inconnu qui me lit.

Dans «Une autre époque», votre précédent roman (2011), il est question de secret familial, d’homosexualité et de tragédie. Des traces autobiographiques?
Non, mes parents ne m’ont jamais empêché d’être ce que je voulais être. Si je suis parti de la maison à 19 ans pour vivre seul à Bâle – on était au début des années 1970 – c’était pour mener ma propre existence, pour être libre, non pas parce que j’avais des problèmes dans ma famille. Bien sûr, quand j’ai amené mon ami à mes parents, cela a été un choc pour eux. Ils ont d’abord pensé que c’était juste une lubie… et puis ils se sont très vite habitués.

Vous avez eu beaucoup de chance. Etait-ce une famille idéale?
Non, bien sûr, d’ailleurs une famille idéale, ce serait tellement stérile!

Ce livre doit avoir suscité beaucoup de réactions de lecteurs…
J’ai reçu beaucoup de courrier de gens qui soit ont vécu ou vivent encore une expérience semblable. Des parents m’ont dit que grâce à mes romans, dont plusieurs parlent d’homosexualité, ils ont une meilleure compréhension de ce que vit leur enfant. Les parents rêvent de devenir grands-parents et quand un enfant unique est homosexuel, c’est difficile à accepter, voire impossible selon le milieu socioculturel. Je ne sais pas si aujourd’hui, parents et enfants communiquent davantage, mais je vois qu’il y a toujours des barrières même si la liberté est beaucoup plus grande.

L’homophobie a perdu du terrain, mais n’a pas totalement disparu. En avez-vous été victime?
Non. Je vis avec un comédien et dans ce milieu, il y a trente, quarante ou cinquante ans, il était déjà possible de vivre son homosexualité. Comme auteur non plus, je n’ai pas été l’objet de réprobations. Certains me reprochent plutôt de ne pas être militant! Je ne suis pas un écrivain gay et ça ne m’intéresse pas d’en être un.

A l’heure d’Internet et de Facebook, y a-t-il encore des jeunes qui lisent des livres?
Je l’espère. Il y a encore des passionnés de littérature. Mais ces jeunes qui sont maintenant devant un écran, j’ai du mal à imaginer qu’ils échangeront l’ordinateur contre un livre… Ou peut-être contre un iPad. Le livre numérique, pourquoi pas? Moi, pour la littérature, je préfère le papier, mais j’utilise beaucoup Internet pour d’autres lectures et informations.

Une mesure de trop, Alain Claude Sulzer, Ed. J. Chambon / Actes Sud.

Parcours

Des racines bilingues

Famille. Alain Claude Sulzer est né le 17 février 1953 à Riehen, près de Bâle. Le mariage de son père, instituteur protestant, et de sa mère, romande et catholique (elle vient de Domdidier dans le canton de Fribourg) n’a pas été sans causer de problèmes d’acceptation à la belle-famille bâloise! Mais leurs enfants ont pu baigner dans les deux langues et les deux cultures, ce qui était rare à l’époque.

Prix littéraires. Avec «Un garçon parfait» (Ed. Jacqueline Chambon, 2008), il a été le premier écrivain suisse – et le seul à ce jour – à avoir reçu à Paris le Prix Médicis Etranger. Le roman a aussi reçu en Suisse le Prix Schiller et le Prix des auditeurs de la Radio Suisse Romande. Puis «Leçons particulières», en 2009, a reçu le Prix Hermann Hesse.

Langues. Dans les années 1980-90, il a traduit en allemand plusieurs œuvres francophones. Il écrit aujourd’hui encore des critiques pour la «Basler Zeitung» et collabore avec la radio allemande «Deutschlandfunk».

alainclaudesulzer.ch

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Photo:
Heiner H. Schmitt
Publication:
lundi 21.10.2013, 10:30 heure

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